Raiponce

Paul Geai et Yukina Ieda

Le Cosmographe

Le conte s’ouvre sur monde froid, noir. Derrière le « il était une fois », un pays sans couleur vivote tant bien que mal. Où sont passées les couleurs ? Nul ne le sait.

Et les rires d’enfants ? Bonne question. Des naissances, il n’y en a plus depuis longtemps. Aussi quand un couple découvre qu’ils attendent un heureux évènement, c’est une once d’espoir qui se répand parmi la population. Cela n’est pas du goût de la cruelle souveraine. Cette reine un peu sorcière offre un présent à la future maman : un bouquet de raiponces. Le cadeau empoisonné se met immédiatement à l’œuvre et dès la chute du dernier pétale, la jeune femme sombre dans une profonde mélancolie.

Désespéré, son mari se résout à donner son enfant à la reine-sorcière en échange des fleurs qui sauveront son épousée. Ainsi fut fait, et la fillette aux cheveux d’or quitta le ventre nourricier pour une prison dorée. Partout où ses pas la portent, la nature semble se réveiller. Les fleurs et les fruits abondent alentours jusqu’à vouloir s’échapper de l’enceinte du château de la reine. Si vous connaissez le conte, la suite ne vous surprendra pas : Raiponce sera enfermée dans une haute tour dépourvue de porte. Ainsi coupée du monde, la sorcière s’imagine garder pour elle seule le don de l’extraordinaire enfant.

Le conte revisité par Paul Geai sous le prisme écologique se pare des somptueuses illustrations de Yukina Ieda. Dans un onirisme tantôt glacé, tantôt époustouflant de lumière, des ombres chinoises tranchent sur le flou de l’environnement. Le secret de la disparition des couleurs nous sera finalement révélé et bien sûr que Raiponce sera libérée. Au-delà de l’absolue fascination que ce conte exerce sur moi, j’y perçois un avertissement : n’oublions pas de regarder la magie qui s’exerce autour de nous dans chaque arbre et fleurs. Nous avons le pouvoir en nous de restaurer ou préserver ce que d’autres sorciers-sorcières détruisent sans état d’âme. Nous avons le pouvoir d’entretenir la couleur de ce monde. Extraordinaire n’est-ce-pas ?

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