Le chant de l’imzad

Malika Halbaoui et Marc Ingrand

Cipango

Quelque-part, dans ce monde, quelques hommes ont décidé d’interdire aux femmes de chanter.

Quelque-part, dans le monde touareg, il y a une tradition : celle de l’imzad, cet instrument dont seules les femmes jouent. Transmission séculaire, son histoire nous est aujourd’hui transmise par les mots de la conteuse Malika Halbaoui et les illustrations enchanteresses de Marc Ingrand.

Partons dans le désert voulez-vous. Tarzag joue de l’imzad et sa voix chante les secrets du jour et de la nuit dans ces pays chauds parcourus par les nomades. Elle donne son cœur à Baly, l’éleveur de chèvre, de chevaux et de dromadaires. La poésie qui sied dans son regard et ses manières la conquièrent.

De leur union heureuse naît Hassen. La colère et l’amertume semblent alimenter cet enfant davantage que les notes de musique de sa mère. Alors que la musique de Tarzag s’étiole, la force combative d’Hassen se renforce. Sa cruauté aussi à mesure qu’il constate le déclin de fierté dans le regard de sa mère. Amer, le jeune homme part en quête de la joie. Il l’a vue jadis animer sa mère. Il en veut sa part. Mais grande est la désillusion quand le marabout lui fait comprendre qu’aucun pillage ni exigence ne lui amènera cette étincelle. Le chemin jusqu’à la joie, il devra le trouver à l’intérieur de lui, seul.

Dans ce conte, la voix des femmes tient un rôle prépondérant. Elle transmet, donne de l’amour, chante les petits bonheurs de chaque jour. Elle élève, sème des graines de confiance mais aussi, et là est la subtilité, de doute. Quand une voix de femme se tait, c’est tout le système qui vacille. Quand Hassen constate le mutisme de Tarzag, il se prend à envisager un autre chemin. Mais comme dans tout parcours initiatique, il lui faudra expérimenter l’erreur en profondeur avant d’accéder à un autre chemin intérieur.

Aux oreilles attentives, le conte offre une palette sonore rare. Les silences en disent aussi long que les chants. Au cœur du désert, dans la société Touareg, les hommes écoutent les femmes, lesquelles tiennent une place qu’elles n’ont pas à défendre. Comment ne pas sentir poindre quelque onde de colère et de tristesse devant le musèlement assumé des femmes ? Quelque-part dans ce monde, la force brutale l’emporte sur la poésie, sur la musique du fond des mémoires. Alors il reste la transmission des contes pour prendre le relai. La beauté de l’ouvrage où mots et illustrations vibrent d’un même élan transcende la cruauté pour laisser poindre paix et espoir de prospérité. C’est pour moi, un magistral et émouvant coup de cœur…

Puissions-nous tous et toutes être reliés au-delà des frontières pour chanter la voix de celles (et sûrement ceux) qu’y n’en ont plus le droit…

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