Claude Clément et Clémence Monnet
Dadoclem éditions

Quand j’écoute Erik Satie, je suis traversée par des émotions étranges, où se mêlent, se tissent puis se dénouent quelque mélancolie, de la nostalgie et une certaine espièglerie. Les Gnosiennes convoquent irrésistiblement une transe, comme un écho auréolé de brume juste avant l’aurore, éveillant mes sens par leur hypnotique déroulé…


Comment résister au magnétisme de cet enfantin compositeur ? Entrons, le temps de quelques pages, chez ce singulier personnage… Claude Clément nous prend par la main et nous dépose dans un coin de l’appartement de Satie. C’est le petit matin, et le réveil sonne à « six heures, six minutes et six secondes précises. ». Le petit déjeuner sera blanc, car Satie ne mange « que des aliments BLANCS ». Rigide, le musicien calibre son quotidien mais sa musique, elle, s’envole et se joue des injonctions et autres codes.


Tantôt adulé, tantôt délaissé… Un jour colérique, le lendemain neurasthénique… Le matin sur scène, l’après-midi reclus chez lui, Erik Satie composait au gré de ses tempêtes internes. En sa détonante et fantasque compagnie, Claude Clément nous fait cheminer dans la vie de l’homme, décoller, planer, trébucher puis elle nous déroute carrément : il ne faudrait pas que Satie devienne prévisible.

Imprévisible : tel est le maître mot du spectacle que René Clair, Picabia et Satie mettent sur pied. Mais plus imprévisible encore que les artistes est la maladie, qui frappe sans préavis. La première représentation est annulée car le chorégraphe ne peut sortir de son lit. Relâche est reportée : c’est fâcheux mais le drame enfle et crève quand Satie découvre qu’on lui a abîmé son parapluie chéri !

Clémence Monnet nous immerge dans un surréalisme esquissé, fondu, anguleux, malicieux… Je ne sais si je trouve ses illustrations davantage poétiques ou fantastiques de par le nombre de clins d’œil et autres références qu’elles y a semées, saupoudrées, dissimulées à l’ombre d’une coquille de moule ou par le trou d’une serrure… Quant au noir, il claque, enveloppe, se répand, menace puis cède en explosion de couleurs au triomphe du spectacle ! C’est juste magnifique…

Erik Satie était un solitaire qui ne goûtait que modérément à la solitude, un précurseur non assumé, un généreux égocentrique qui avait quitté sa Normandie pour un petit studio proche de Paris. Les vagues de sa musique ont ceci de fascinant : de rassembler sur un clavier toutes les facettes de l’artiste une note à la fois…
Alors chut, Pas comme tout le monde Monsieur Satie, non, surtout pas comme tout le monde, et c’est très bien ainsi…
Chapeau bas, bravo et merci Claude Clément et Clémence Monnet pour cette étonnante rencontre avec Erik Satie ! Pour celles et ceux qui se promèneront dans ces pages, rendez-vous à l’écoute des morceaux cités dans l’album, si vous êtes curieux et gourmand.s (peut-être) de valse du chocolat aux amandes… par exemple !


Merci infiniment pour cette analyse si subtile, et dans un style si délicat, Clara !
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