Le cheval volant

Jihad Darwiche et Françoise Joire

Traduit par Hassan Bourkia

Éditions du Jasmin et Éditions Marsam

Un savant présente sa dernière invention au roi de Perse et à sa cour le jour de la fête du Nourouz (l’équivalent de notre Nouvel An) : un magnifique cheval en ébène. L’animal semble être un bel objet, sans aucune autre fonction que la décoration, ce que le roi ne manque pas de faire remarquer à l’inventeur. C’était sans compter sur la petite cheville fixée sous l’oreille gauche de l’animal. Une fois juché sur le cheval et la cheville droite actionnée, le destrier s’élève dans les airs et obéit à son créateur. Le public en reste bouche bée.

Le roi est prêt à offrir une fortune au savant en échange de l’animal magique. Mais le vieux savant veut la main de la princesse. Les vizirs se moquent. Le prince héritier est furieux. Pour le calmer, on lui propose d’essayer l’animal. Il l’enfourche mais il n’écoute pas les explications du vieux savant jusqu’au bout et le voilà parti dans les airs. Le roi est furieux et jette le savant en prison.

Jihad Darwiche et Françoise Joire nous transportent dans les airs et dans une réécriture du Cheval Enchanté ou L’histoire du cheval d’ébène, le 130e conte des Mille et une nuits. Le conteur et l’illustratrice ouvrent une lucarne merveilleuse sur un Orient merveilleux, impitoyable, épique, fantastique !

Les rebondissements s’enchaînent aux rythmes des envols de la monture magique. Le prince atterrira loin de son pays, tombera amoureux, s’enfuira avec l’élue de son cœur et devra la retrouver dans un autre pays après qu’elle ait été kidnappée par le vieux savant… Même quand on dispose d’un cheval volant, il faut réfléchir un minimum pour duper la folie des puissants ou des rancuniers. Avant-gardiste, il est aussi question d’amour, de consentement, de la femme qui refuse d’embrasser un vieux fou puis un mariage forcé quitte à se faire passer pour folle… le temps nécessaire pour que son prince la retrouve.

Après les bottes de sept lieues et le tapis volant, on retrouve dans ce conte la thématique de l’objet qui permet de se déplacer rapidement. Avec un cheval volant, se situerait-on dans le fantasme de Pégase ? La soif de liberté habite cette histoire, quel que soit le personnage qui fasse usage du cheval d’ébène.

Un certain hommage aux évolutions technologiques se niche derrière le fait que le cheval volant soit né d’un savoir-faire manuel (même si on peut s’interroger sur les intentions profondes de son créateur). Le fantasme de voler habite les hommes depuis la nuit des temps. Mais s’envoler simplement dans les hautes sphères, réelles ou imaginaires, perdrait son sens si redescendre sur terre était impossible. Heureusement, pour que l’extraordinaire se ne transmute pas en drame, il existe l’antagonisme ou la petite cheville située sous l’oreille gauche…

L’ouvrage doit beaucoup de sa superbe aux délicates illustrations orientalistes de Françoise Joire. Afin de parfaire le pont entre les cultures orientales et occidentales, Le cheval volant affiche une écriture en français et en calligraphie arabe.

J’aime les contes, particulièrement ceux qui me font voyager jusqu’en Orient. Ils sont empreints de chaleur, de la fraîcheur des fontaines des palais, du sucré des dattes, de la douceur du thé à la menthe… Quel délice !

Laisser un commentaire