Camille Monceaux et Virginie Blancher
Éditions Robert Laffont, collection Inari

Que dire de cet ouvrage ?
- Que sa lecture a été alternativement acidulée, amère, suave, abrupte, émouvante, réconfortante comme un thé pendant l’orage… ?
- Que le format roman graphique abrite un récit choral familial subtilement complexe… ?
- Qu’il donne une place magnifique aux femmes ?
J’ai succombé au titre qui abrite trois mots magiques : secret, bonbons et pamplemousse. Cependant, il s’agit de mettre le mot « secret » au pluriel.

Des secrets : chaque protagoniste en a. Certains ont une saveur dramatique. Dans un Japon rural, il y peu voire pas d’épanchement émotionnel. Souffrances et frustrations sont tues, ravalées, dissimulées. Chacune des trois générations abritent les siens, dont les échos retentissent discrètement.

Ce qui rassemble indéniablement cette famille, c’est la confiserie de Chikako et Yasuo. Dans une ambiance aux tons pastel, les non-dits, les tabous, la violence d’un mari, le rejet de parents, une fausse-couche, un adultère et du harcèlement ricochent sur les murs. Chacun s’interroge en son for intérieur, n’osant aborder frontalement les sujets. Soit. Pour adoucir l’ambiance, les couleurs de Virginie Blancher saupoudrent comme un baume sucré sur les douleurs.

Il y a des deuils impossibles à faire :
- celui d’une vie dans laquelle on s’est perdu
- celui d’un amour éteint
- celui d’une grossesse non souhaité
- celui d’un mariage raté
- celui d’un adultère ayant donné un fruit…

Témoin muet mais bienveillant, Camille Monceaux offre un espace à Shiro, le chat gourmand des lieux. « Si les chats pouvaient parler… » mais peut-être est-ce mieux qu’ils gardent pour eux toutes les larmes épongées dans leur fourrure… A travers son regard perçant, les drames silencieux et les petites joies s’imbriquent. La famille prend corps dans ce qu’elle a de beau et de terrible. Des questions se posent en filigrane :
- Peut-on mal aimer ?
- Est-ce que ça se répare, une relation mère-fille ébréchée ?
- Comment ouvrir les bras aux cœurs brisés ?
- Comment consoler le chagrin d’un enfant qui fait semblant de sourire ?
- Faire son deuil sans rompre le lien, est-ce possible ?
- Peut-on se pardonner à soi-même ?

Entre pudeur et poésie, confidence et résilience, il y a quelque-chose de si doux dans Le Secret des bonbons pamplemousse que je ne peux que vous souhaiter de rentrer dans la confiserie Itô Konpeito. Vous y mangerez peut-être quelques douceurs, à moins que vous ne préfèreriez boire un thé fumant dans le jardin, à la nuit tombée…


belle découverte, merci
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