L’uranium enrichi.t
Dans le froid qui mord
Nathalie et Yves-Marie Clément
Les éditions du Pourquoi Pas

Entrons, le spectacle commence. Dans le théâtre de la vie, les spectateurs n’ont pas tous tiré le gros lot du carré or. Sur scène, un discours lissé, engagé, humaniste tente de convaincre les gens que la tapette est une bénédiction pour la souris. Mais dans l’envers du décor, dans les bas-fonds, l’ouvrier meurt à petit feu à cause de cette poudre jaune qu’il doit extraire jour après jour. L’Occident en a grand besoin et en échange d’un quignon de pain envoie cent gars dans les tréfonds de la Terre.
Pile, les jolis discours de propagande industrielle – face, la misère d’un enfant qui voit mourir son père.
Que faire ?
Vivre sa vie à pile ou face ?
Face : fuir. Survivre à la fuite est une gageure. Survivre dans les pays occidentaux aussi. Le remède serait-il pire que le mal ? Que disent-ils tous ces étrangers échoués, planqués, désespérés ? La provocation des puissantes voix n’a de limites que le plafond de leur compte en banque. Parce que le pauvre gars qui ne veut pas crever dans la mine, ici il n’y a pas de place pour lui. La voix puissante se veut paternaliste, engagée, responsable, mielleuse à souhait pour mieux planter son poignard dans les mains enfarinées du pauvre gars qui apprend à être boulanger.
Avec un tissage d’intentions, les voix s’enchaînent. Elles laissent se dessiner plusieurs réalités : celle qu’on vend, celle qu’on persuade, celle qu’on veut, celle qui est, celle qui endort, celle qui ouvre sa porte…
« Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son » dit le proverbe. Nathalie et Yves-Marie Clément en font sonner plusieurs et qu’on se le dise : celle qui sonne le plus beau le plus fort avec paillettes et arcs en ciel vaut-elle son pesant de cacahuètes ?
Tant qu’à se retrouver dans le pétrin, je choisis les mots aux illusions, le pain à la poussière, la tolérance à l’exclusion. Et demain ? Que ces textes, ces poèmes-pamphlets fassent entendre leurs voix aux enfants et à quelques adultes de maintenant.
