Mathilde Chèvre
Le port a jauni

Sur les routes et les chemins, au fond des bois ou dans un bocal à bonbons, dans une chaumière ou accroché au ciel, le père Albert cherche Gudule, son poisson rouge.
Quand on est un poisson coincé depuis longtemps dans un bocal, on a peut-être envie de prendre la clé des champs (ou de la rivière) ?

Son poisson a disparu et désespéré, le Père Albert bat la campagne, les boutiques, les routes jusqu’à la grande ville. Plusieurs fois il a cru le voir mais le mirage dissipé, ce qu’il prenait pour Gudule devenait tantôt rouge-gorge, pomme ou feuille rougie par l’automne. Que nenni, ce n’était pas lui. C’est le douloureux moment où l’on croit voir partout l’être qui nous manque… Alors Albert marche jusqu’à arriver à la mer. Quand l’hiver en est enfin terminé, Albert se décide à rentrer chez lui. Au bout du chemin, dans sa belle robe rouge, Marguerite l’attend…


Recto-verso, avant la fin, avant le retournement de situation c’est l’ouvrage qui nous met la tête à l’envers ! Tant qu’à être un album bilingue français/arabe, autant donner aux lecteurs la chance de changer un peu ses habitudes. Albert a dû faire un long voyage pour déposer ses illusions aux flots ; nous, nous avons quelques pages pour nous initier à une autre lecture.

Quand une tuile, une infortune, une déveine arrive : que faire ? Se plaindre, se lamenter, se laisser dépérir ? C’est Marguerite qui incite Albert à partir, à arrêter les lamentations, à se remettre dans l’action. Avec une douceur et une subtilité d’une finesse absolue, elle comprend qu’Albert a un deuil à faire avant de pouvoir poser à nouveau regard sur la vie. Le baiser est un doux aboutissement. Il « titre » et il conclue l’histoire, laquelle est le démarrage d’une suivante… quelle chance ! Les illustrations faites de collages, encre noire et peinture se jouent des illusions d’Albert. L’espoir est permis quand bien même la vie se charge d’épreuves et de chagrins. Pour tant d’espoir et de lumière, pour cette flammèche amoureuse prête à s’enflammer posée sur la joue de l’homme jadis meurtri, je dis OUI !


très très touchant, émouvant ce bel ouvrage. Merci pour cette découverte. Et le choix des couleurs, parfait, c’est fort.
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