Anne-Claire Lévêque et Nicolas Zouliamis
Saltimbanque éditions

Approchez Mesdames et Messieurs. L’étrange boutique de Viktor Kopek n’attend plus que vous. Dans ces pages à la parenté criante avec Lewis Carroll, point de lapin blanc, mais un matou taquin qui apparaît et disparaît au gré des portes secrètes et valisettes qui jonchent les lieux. Ma passion pour Alice et le pays merveilleux n’étant plus à démontrer (j’en parle un peu par ici : Passion Alice ), il est temps d’entrer dans cette surprenante et hétéroclite boutique.

C’est l’album aux mille et un détails : l’œil croit suivre l’histoire mais bientôt il se perd, s’égare, dérouté par l’odeur de la cannelle sur la tarte aux pommes et par la danse du mètre ruban. Quand Viktor Kopek apparaît en face de l’enfant curieuse, la curiosité du lecteur est déjà plus qu’harponnée. Quelle est la mission de ce personnage fantasque aux allures d’Humpty Dumpty transformé en dandy ?
Mais déjà le rythme s’accélère, les objets prennent vie. L’orgue fume tandis que la panique gagne la fillette. Quand la colère monte, le calme revient. Et le chapelier fou, euh pardon, le magicouturier s’en est allé. Dans la boutique trône maintenant cinq valisettes contenant cinq panoplies liées aux potentielles personnalités de l’enfant. Pour déterminer la sienne, il lui faudra toutes les ouvrir. En trouvera-t-elle une à son goût ? Vous, que choisiriez-vous ?

Les indices visuels répondent au chemin de devinettes déposé par d’Anne-Claire Lévêque. Nicolas Zouliamis nous offre un cabinet de curiosité où le singulier de la situation trouve écho dans les contes. Les rouages des babioles donnent envie de les actionner afin de vérifier s’ils sont à la hauteur de leur intrigante apparence. A moins que vous ne préfèreriez vous laisser tenter par un biscuit « jolis mots » ?



L’ouvrage est un grand format : merveilleux pour plonger dans cette boutique fantastique. Il me semble qu’il pose, en filigrane, une question d’importance : dans la vie, faut-il suivre les chemins tout tracés … ? S’en tenir aux recettes toutes prêtes, c’est faisable. Ça a quelque-chose de rassurant bien que conventionnel. Cependant… tout le monde s’y retrouve-t-il systématiquement ?
Peut-être que pour s’y retrouver (et se trouver), on peut s’autoriser à piocher ci et là ce qui nous plaît, pour devenir un soi à part entière… Mon petit doigt (qui sait beaucoup de choses) est sûr et certain que Mary Poppins ne me contredira pas !

Évidemment, tant de clins d’œil aux contes associés aux illustrations qui me rappellent le trait de Gustave Doré (réhaussé cependant d’une gamme de couleurs un tantinet surannée), je ne pouvais que craquer !
