Avec des lettres – Nonna et Marta

Anne Cortey

Carole Chaix pour les illustrations de Avec des lettres

Thomas Baas pour les illustrations de Nonna et Marta

Définition de « surprise » : truc, chose, objet ou évènement qui arrive alors qu’on n’a rien demandé et dont la conséquence est plaisante (parfois ce n’est pas le cas – j’en conviens – mais là, oui !).

Donc, il y a quelques jours j’ai eu une jolie surprise dans ma boîte aux lettres : une enveloppe avec à l’intérieur Nonna et Marta. O joie (et étonnement : qui me fait ce présent ?) ! Signe du destin ? Alignement des planètes ? Avec des lettres était sorti de son étagère car j’avais l’intention ferme et résolue d’écrire un petit billet à son sujet. Qu’à cela ne tienne, j’écrirai donc mon ressenti sur ces deux livres d’Anne Cortey en même temps !

Les relations avec les grands-parents sont mises en lumière.

  • Pile : Camille initie un échange de courriers clandestins avec son grand-père qui vit très loin et qui n’a plus de contact avec sa fille (la mère de Camille).
  • Face : Marta passe ses vacances d’été chez Nonna, sa grand-mère championne de baignades et de siestes !

Les relations avec les aïeux sont des fondations pour la construction de soi. La transmission qu’ils font de leur histoire, de leur confiance, de leurs représentations du monde et à fortiori, des zones d’ombres qu’ils cultivent sont autant de pierres sur le chemin qui se nomme « grandir ».

Que la vie permette de profiter du cocon de la forêt ou qu’elle ait frappé l’âme des atrocités de la guerre d’Algérie, Camille et Marta cherchent, questionnent, observent, s’imposent, s’encolèrent et s’affirment, quitte à bousculer un peu les adultes. La transgression passe par des lettres qu’on tape au vu et au su de sa maman, ou par une expédition dans le lit du ruisseau. Les enfants ont grandi. Ils explorent leur monde, observe ce qui les entoure : une vie de quartier animée qui fleure bon le couscous, la menthe, le miel et autour de la maison de la forêt, l’opiniâtreté des fourmis, le repos des tritons et les différentes couleurs des haricots.

Avec des lettres ouvre la fenêtre historique. Dans le monologue épistolaire à sens unique se niche le tragique de la guerre d’Algérie. La rupture entre Papipa et sa maman sont une fracture supplémentaire pour Camille, orpheline de son papa. En bousculant le silence de Papipa, Carole Chaix gratte, croque, tisse pour laisser une chance aux assauts colorés de Camille de s’imprimer dans le quotidien tristement grisâtre du grand-père. Les pages sont habités d’un foisonnement mêlant l’ambiance carnet de croquis, mosaïque historique et flashbacks. Le présent se déguste, se danse, se photographie, se partage…

Nonna et Marta offre une plongée dans la parenthèse enchantée des vacances. L’imagination se déploie, la nature s’observe, s’explore. Les sens aux aguets dans la lenteur imposée par la chaleur, la fascination naît des petites choses au sol et s’élève à mesure que l’on ose grimper aux arbres. L’imagination côtoie le réel, l’un nourrissant l’autre. C’est intemporel, loin de la rapidité numérique ou citadine et de vous à moi : ça fait du bien ! (Probablement que les illustrations au vert dominant de Thomas Baas y sont pour quelque-chose également).

Dans ces deux ouvrages, la force du lien est évidente. Nécessaire. C’est beau et touchant. Et puis, parfois aussi les adultes ont besoin des enfants… pour dépasser quelque vieille querelle rouillée ou petit jugement hâtif. Qu’on se le dise… n’est-ce pas Anne Cortey… les pieds dans l’eau ou la bouche pleine de cornes de gazelle !

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