Quelle est la couleur du ciel aujourd’hui

Marilou Rytz

Les Éditions du Pourquoi Pas

La saveur de la vie se niche dans l’infiniment petit de notre sensorialité.

Ce plat délicieux l’est-il grâce à l’équilibre subtil entre les textures, l’assaisonnement, et son apparence ?

  • Ou grâce à celles ou ceux avec qui on le partage ?

Cette musique est-elle touchante de par la perfection des accords, l’équilibre entre ligne mélodique et rythmique, ou peut-être l’émotion de la voix ?

  • Ou bien cela dépend-il de l’endroit, de l’heure, des gens avec lesquels on partage (ou pas) une écoute complice ?

Ce ciel toujours le même, jamais le même : son inconstance est-elle rassurante ou terrifiante ?

Le questionnement jour après jour est un rituel quasi obsessionnel : quelle sera la couleur du ciel ce matin, ce soir, demain…

Le ciel sera-t-il clément, tendrement caressant ?

Le ciel sera-t-il en vigilance orange, rouge, frappante ? C’est que c’est douloureux un orage qui frappe. D’abord ça serre les bras ou les poignets, puis ça secoue et quand enfin ça s’arrête, ça laisse des traces. Des traces que l’on dissimule habilement sous des manches un peu longues même quand il fait chaud. Ces traces que l’on justifie ou excuse au nom d’une trop grande étourderie ou pugnacité au travail. Ces traces qui apparaissent quand le huis clos est en place, quand la porte de l’appartement est refermée. A clé.

Marilou Rytz crée une brèche, perce un trou dans le mur d’un tabou : la violence conjugale commise par une conjointe. C’est dans l’infiniment petit d’un E placé à la fin d’un adjectif lui-même placé stratégiquement à la presque fin du texte que le pot aux roses se dévoile. Et c’est bien.

Parce que la violence ne connaît pas les frontières de genre, d’âge, de couleur de peau, de niveau social. Elle est partout, infâme bâillon, et encore plus là où l’on pense mordicus qu’elle n’y est pas. Parce que la violence n’a pas de sexe mais elle affichera coupable sur n’importe quelle main se levant pour pleuvoir sur un.e conjoint.e.

Alors je me répète (j’aime bien me répéter, ressasser, radoter) mais c’est bien de l’écrire, de le lire, de transmettre. C’est bien car dans la simplicité de ce mot, « bien », je place toute ma reconnaissance, mes espoirs, mes révoltes, mes colères, mon désarroi, ma solitude, mes peurs, mes contemplations de cette voûte céleste que j’aime autant dans sa sérénité que dans ses tourments à condition qu’elle ne gangrène pas le fond des yeux d’une personne proche et aimée.

Marilou Rytz et les EDPP : merci BIEN !

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