Julie Rey
L’école des loisirs, Médium +

Après les turpitudes adorées des premiers émois à la sauce collégienne dans Le cœur, le corps et tout le reste , j’ai plongé dans le labyrinthe émotionnel de Benjamin Prade, 16 ans.
La vie de Benjamin rime avec une mère dans le gouffre du burn-out, un père qui roucoule en Argentine, un skate sur lequel il danse, les deux potes Enzo et Taieb, Djam la quasi frangine et des attaques de panique qui lui tombent régulièrement dessus. Parentalisé un tantinet trop tôt, Benjamin est écartelé entre des responsabilités vis-à-vis de sa mère et l’insouciance qui a foutu le camp. Le quotidien de lycéen pourrait s’avérer extrêmement inintéressant s’il n’y avait pas Alicia. Alicia qui est en première et qui ne calcule pas d’un iota Benja… lequel se consume sur pied dès qu’il l’aperçoit. Imaginez le drame intérieur quand Benjamin aperçoit Alicia dans le parc alors qu’il est en plein rencard foireux avec Laura.

Sans ambages, Julie Rey nous raconte le fossé entre un virilisme à la dent dure et féminisme (porté par un garçon qui s’ignorait féministe). Quand le porno montre un certain chemin vers la sexualité… quand les seules discussions entre gars tournent autour d’une sexualité détachée de sa part émotionnelle… quand une fille se passe du consentement pour toucher un garçon… quand l’éconduite fait courir des rumeurs aux relents de vengeance… quand un garçon est intimement troublé par une fille qu’il juge inaccessible… quand page après page, il découvre la réciprocité de l’attirance et le souhait de la demoiselle d’y aller doucement…

À l’âge où les relations amoureuses et la sexualité commencent à fusionner, à l’âge où il est plus facile de poser des questions à ChatGPT qu’à ses proches, comment répondre ? Comment donner confiance ? Que faire d’une sensibilité hors case ? Où trouver des adultes sécures ? (Big up à la documentaliste. J’aurais aimé en croiser une comme elle jadis…)
Julie Rey fait plus que nous offrir une énième bluette adolescente. Elle évoque le trouble de la naissance de l’amour et la prise de risque qu’il suscite : se mettre à l’écoute de l’autre. Parce que, parfois, le résultat peut se révéler si beau que ça mérite de se pencher un peu plus intensément sur l’effet slow love.
Merci beaucoup Julie Rey et L’école des loisirs. Quelque chose de beau n’est pas seulement beau : il est doux, magnifique, inspirant… J’espère que les lecteurices seront en nombre à le considérer comme d’utilité publique !
