Au creux de la noisette

Muriel Mingau et Carmen Segovia

Milan jeunesse

Un matin Paul se lève et trouve sa mère mourante. L’enfant se révolte devant la résignation de sa maman face à l’inévitable. Il se dit que des remèdes remettront sûrement sa mère sur pied, et le voilà parti pour le village. En chemin le hasard lui fait croiser la Mort en personne. Elle se dirigeait vers sa maison pour « faire son travail » …(vous aurez saisi le sous-entendu).

Tout à son chagrin et sa révolte, Paul l’attaque : il brise la faux et frappe la Mort jusqu’à la faire devenir toute petite, si petite qu’il peut la tenir dans son poing fermé. Que faire d’elle maintenant ? Une coquille de noisette vide par terre lui apporte la solution : il enferme la Mort dedans. Puis il jette la noisette dans l’océan. Il cache les restes de la faux près de sa maison, et rentre auprès de sa mère « comme si de rien était ».

L’insouciance ne dure pas. Paul s’aperçoit rapidement que le monde ne tourne plus rond. Impossible de se nourrir : les œufs ne cassent plus, les légumes restent en terre, les paysans n’arrivent plus à faucher et que dire des pêcheurs qui rentrent bredouillent au port. Les gens s’interrogent : où est passée la mort ? Paul comprend et penaud, raconte toute l’histoire à sa mère. Consternée, elle lui explique qu’en supprimant la mort, il a aussi condamnée la vie car l’existence de l’une dépend de l’autre. Paul part donc à la recherche de la noisette pour réparer son erreur. Mais comment la retrouver dans l’immensité de l’océan ? Avec l’aide des animaux de l’océan, il la retrouve coincée sur la plage où il l’avait jetée. Paul la libère de sa prison coquille, et attend le cœur gros qu’elle prenne sa mère, ainsi que prévu. La leçon est amère, et comprise. Pour cette raison, la Mort accorde un sursis : elle ne prendra pas la maman de Paul aujourd’hui.

La vie est ainsi : elle marche main dans la main avec sa stricte opposée : celle avec qui tout s’arrête. Tout s’arrête : vraiment ? Tout continue en réalité, tout est cycle, tout est lié.

Cet album m’a été présenté il y a quelques années par mon amie Stéphanie : je l’en remercie !!!

Je le trouve percutant, pertinent pour dépasser l’aspect stricto-émotionnel lié à la mort. Certes elle fait peur, essentiellement par anticipation : on a peur de se retrouver seul, peur de l’inconnu, peur de souffrir, peur de l’absence. Avec son regard adulte, la mère aborde avec sagesse l’autre facette de la mort. Car l’aperçu d’une vie figée n’est guère engageant.

En ouvrant la discussion, on se place sur une dimension Méta : on prend de la hauteur et on se questionne soi-même. En la regardant en face cette mort, on commence à comprendre. Tout n’est pas noir ou blanc. L’idée s’apprivoise. Toutefois il va de soi que je fais la part des choses entre l’idée de la mort et les implications émotionnelles : ces dernières, je le sais, ne peuvent faire l’objet de prédictions, prédications ou injonctions. Si on peut accepter l’idée du rôle de la mort dans la vie, on peut aussi concevoir le pack émotionnel qui va avec (ou pas mais là, c’est entre soi et soi).

Cet album a le mérite d’ouvrir le débat. Le point de vue change, le regard s’ouvre. Sur un sujet aussi délicat que celui-là, la métaphore du conte est la bienvenue. Avec l’identification à Paul, le lecteur est plus à même de comprendre qu’il n’y a pas d’alternative : seul le retour de la Mort permettra le retour de la vie.

Comme dans les contes il n’est point d’erreur qui ne puisse être réparée, Paul s’attelle, se met en quatre pour un retour à la normale (même si ça signifie qu’il doit affronter sa plus grande peur).

Comme dans les contes tout est possible, la Mort, magnanime devant l’humilité de l’enfant, lui laissera finalement sa maman pour longtemps.

Merci Muriel Mingau et Carmen Segovia pour cet album où la gravité du sujet devient discussion philosophique : qu’est-ce que la vie ?

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