Petite fleur sauvage

Larissa Theule et Sara Palacios

Kimane éditions

Lily-Rose est une enfant réservée, timide, peu à l’aise en société. Grâce à sa discrétion, elle arrive à se fondre dans le décor, tel un caméléon. Auprès de la plante verte, contre le papier peint ou sur un tapis, elle est passée maître dans l’art de se faire oublier.

Ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est se poser dehors au milieu des fleurs. Elle admire les couleurs du monde végétal, observe les insectes. Inlassablement leurs va et vient suscitent son admiration, et que dire de l’habileté de l’araignée. L’immobilité respectueuse de Lily-Rose la rend accessible aux insectes les plus timides : leur confiance est un cadeau merveilleux !

Le jour où Mamie Violette fête ses 100 ans, c’est encore une fois l’occasion pour Lily-Rose de mettre en pratique ses talents de dissimulation. Heureusement qu’il y a des buissons où se réfugier. Peu à l’aise dans les grandes assemblées, Lily-Rose est spectatrice de la fête et de la joie des invités. Pourtant il va se passer quelque-chose qui va lui faire baisser sa garde de camouflage. Une libellule volette et se pose sur le gâteau de Mamie Violette. Oubliant sa prudence, l’enfant applaudit et devient le point de mire de l’assemblée. Elle qui travaillait intensément le fait de ne pas se faire remarquer, on peut dire que c’est raté. Son monde semble s’écrouler quand une alliée inattendue la rejoint : la libellule se pose sur sa main.

Quand j’étais petite, on disait de moi que j’étais sauvage, ou extrêmement timide. Je redoutais les repas de famille car à plusieurs reprises, j’ai eu droit aux recommandations d’usage : « tu ne feras pas ta sauvage hein : ». Aussi c’est un soulagement de rencontrer Lily-Rose, dans le genre « euh mais comment se fait-il que ce livre raconte ma vie ? ». Le processus d’identification fonctionne parfaitement sauf que me concernant, c’était plutôt les escargots, les chats ou les papillons qui captaient mon attention.

Lily-Rose est une enfant introvertie. Elle ne trouve pas sa place quand il y a du monde. Elle a mis en place une stratégie pour se rendre invisible et éviter de subir de plein fouet la difficulté à prendre une posture en société. Jusque-là ça a marché. Comme elle a développé ses dons d’observatrice, même en présence de beaucoup de gens elle repère LA libellule qui s’est invitée. Dans une société qui valorise l’extraversion, je trouve réconfortant de rencontrer une fillette qui assume son goût pour les ambiances calmes, propices à l’observation des fleurs et du vivant. Je suis ravie que la libellule soit venue se poser sur sa main. Sûrement qu’il y a un peu de communication animale derrière tout ça…

Pour oublier les gens qui se rapprochent d’elle pour mieux regarder, pour ne pas céder à la panique qui monte qui monte, Lily-Rose se concentre sur la demoiselle. Elle l’observe intensément. En même temps, elle ressent la fraîcheur de la brise, ses oreilles capte la musique des cigales et miracle, le calme intérieur revient. Après la stratégie caméléon, la stratégie auto-apaisement (et un peu auto-hypnose…hi hi…magique). Sa voix sort claire et nette quand elle énonce le nom scientifique de son amie. Exit le masque : on peut être discrète sans être dénuée d’assurance. Plutôt que d’acquiescer au qualificatif « timide », Lily-Rose préfère se dire « fleur sauvage », libre, forte et portée par le vent !   

Personne ne fait remarquer frontalement que Lily-Rose est timide. L’adjectif arrive non pas comme un reproche, mais comme une reconnaissance. Surprise : sa prise de parole dévoile un peu les ressources de cette si discrète enfant. Je note l’attendrissement palpable de la grand-mère et l’admiration de l’assemblée. Nul doute  qu’elle aura encore bien des occasions de surprendre son entourage…

Larissa Theule nous permet de rencontrer une enfant portée par l’amour de la nature et qui préserve sa bulle. Les illustrations de Sara Palacios, avec leurs couleurs vives et fraîches, sont comme une promenade dans jardin florissant et animé par les petites bêtes. Lily-Rose, l’enfant au prénom doublement fleuri, peut y cultiver son authenticité.

Après la rencontre avec cet album printanier, je goûterai différemment la promenade d’une coccinelle sur ma main ou le volètement des papillons au soleil. Je prendrai un peu de mon temps présent pour observer la danse des fleurs sauvages, en particulier celle de mes préférées : la knautie et le bleuet 😊

Pour tous les timides, réservés, complexés, anxieux et autres sauvages…alias petites graines prometteuses.

Un avis sur “Petite fleur sauvage

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :