Méphisto

Bernard Villiot et Antoine Guilloppé

Gautier Languereau

Méphisto m’accompagne toujours en vacances. J’ai une relation particulière avec ce livre. Sûrement parce que les chats noirs que j’ai aimés sont passés trop rapidement dans ma vie. Peut-être parce que j’ai une tendresse particulière pour ces chats…Peut-être parce que Cachou et Réglisse faisaient partie de ce que j’appelle « les chats les plus gentils du monde ». Et parce qu’aujourd’hui j’ai trois chats-choux adorables dont un noir et blanc qui s’appelle Diabolo…

Mes chats lecteurs !

Toute rêveuse que je sois, parfois les aspects les plus noirs de l’humain me reviennent en pleine face. Je cite les préjugés, l’exclusion, le harcèlement, le racisme, l’ignorance passive…

Méphisto est un chat noir. Cela lui vaut au mieux ignorance, au pire insulte et déconsidération. Las de subir quolibets et agressivité, un jour il part. Discrètement. Sans tambours ni trompettes. Il marche plusieurs jours, en espérant trouver ailleurs une herbe plus verte que dans la ville. Loin des humains ça ne peut qu’être meilleur.

Peut-être l’eldorado sera chez les vaches noire et blanche ? Ou pas…Alors ce pré, riche de mulots pour le dîner, de papillons et coquelicots pour jouer ? Un temps cela sera…mais la nuit les fantômes envahissent de son esprit. La sérénité ne va pas de soi quand on a pris l’habitude d’être chassé où que l’on soit.

Petit à petit, Méphisto s’apaise, revit, jusqu’à ce que les frimas de l’hiver le repousse vers la ville. Peut-être qu’il pourra, en tapinois, rejoindre un grenier chauffé et plein de souris ? Raté ! Même couvert de neige, quelqu’un le reconnaît. Tout le monde sort et Surprise : on l’accueille, on le respecte. C’est que depuis qu’il est parti, prolifèrent souris et autres vermines. Les chats domestiques ont autre chose à faire que de les chasser…aussi le retour de Méphisto est célébré !

Qu’à cela ne tienne, Méphisto se met au travail. Les merci affluent. La reconnaissance déborde…il était temps. Attention, pas question de se galvauder, de faire preuve d’amnésie. Méphisto restera dans la ville, conscient de sa chance, lucide sur sa force et chérissant le plus précieux : sa liberté !

Une couleur pour des superstitions : ah bon ? Un chat noir porterait malheur…c’est la conclusion de siècles d’obscurantisme. C’est facile de charger un animal de tous les maux. Ça dispense l’humain de prendre ses responsabilités…ou d’admettre que parfois, il n’y a pas de bouc émissaire qui vaille.

L’homme est versatile. Il insulte un jour et acclame le lendemain. En partant Méphisto s’affranchit. Vous m’insultez – vous me battez – vous pensez que je n’ai aucune utilité : et bien Ciao ! Ce faisant, il va confronter les gens de la ville à son absence. Peut-être qu’il était plus utile qu’on ne voulait le voir. Peut-être qu’il faisait partie du système et que sans lui comme rouage, la machine déraille. Dommage que parfois il faille un départ pour que les évidences soient admises.

Il ne vous rappelle personne Méphisto ? Un être vivant qui part sur les chemins parce qu’il est en mal de vivre là où il était… Le parallèle avec les migrants est par trop évident. Choquant. Parce que soudain par le biais d’une histoire métaphorisée avec un chat, on se prend dans la figure le chemin qui conduit à cette décision désespérée : celle de quitter son pays. Avec les illusions que peut-être la chance fera que la vie sera belle au bout du chemin.

Partout il y a des gens qui jugent les autres. Le racisme n’est pas loin. Dans l’actualité on parle de cet extrême qui pousse des milliers de personnes à fuir leur pays. Plus insidieux, plus « subtil », il y a aussi le harcèlement ordinaire. Je n’ai pas envie de me taire sur ce sujet dérangeant. Il se passe au travail, dans la rue d’à côté. Il s’attaque à toutes les différences ; couleur de peau, religion, façon de se nourrir, de marcher dans la rue, être une fille, être transgenre…Je charge – je force le trait ? Oui, peut-être…non. La vie est méchante. « T’es différent : va voir ailleurs« . Ça vous rappelle sûrement quelque-chose…

Antoine Guilloppé met son talent au service de cette histoire contrastée. Noir et blanc, deux valeurs qui s’opposent et se complètent. Noir et blanc à égalité : aucun ne domine l’autre. L’équilibre y est. Les mots de Bernard Villiot riment, suggèrent, révèlent l’injustice du drame ordinaire – fait divers auquel on ne prête guère attention si on n’y est pas confronté directement. Le thème est dur. L’histoire est forte. La résilience possible. Gagné : je suis émue, encolérée, j’ai envie de changer le monde…pour les hommes et pour les chats !

Brassens a chanté dans l’Auvergnat « elle est à toi cette chanson… ». A la lecture de cet album résonne au creux de mon oreille « il est pour toi ce p’tit ronron, toi l’être humain qui sans façon, m’a donné quatre bouts de gras, quand dans ma vie il faisait froid…Toi qui n’m’a pas houspillé quand, la faim le froid la peur des gens, toute cette pseudo liberté, était en train de m’affamer…Ce n’était rien, qu’des bouts de gras, pour calmer mon p’tit estomac, mais ta bonté me porte encore, merci pour ce grand réconfort… »

(hem…oui oui ça me prend des fois comme ça…)

Hey ho, y a encore du boulot…pour tous les Méphisto.

2 commentaires sur « Méphisto »

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