Le brouillard

Kyo Maclear et Kenard Pak

La Pastèque

Une fauvette nommée Fauve observait les humains. Elle en profitait car ils étaient nombreux à venir à Glace-Terre, son île. En observatrice précise et avisée, elle avait répertorié nombre d’humains et était ravie d’en découvrir régulièrement de nouveaux spécimens.

Ses observations auraient pu continuer mais le brouillard en décida autrement. Difficile d’observer quoi que ce soit dans la purée de pois. Le brouillard s’était installé et rien ne semblait pouvoir le dissiper. Jusqu’à ce jour où Fauve distingua dans l’opacité une fillette de rouge vêtue.

Fauve observa la fillette, la fillette observa Fauve. Tous les deux s’approchèrent, s’apprivoisèrent, apprirent à communiquer. Ils s’interrogèrent sur ce brouillard : est-ce que d’autres qu’eux deux le voyaient ? Comment savoir… L’enfant et Fauve envoyèrent un bateau en papier comme on envoie une bouteille à la mer. Puis ils en envoyèrent un deuxième sur l’eau, puis un troisième, puis dix…et attendirent…longtemps. Une réponse leur parvint, puis deux, puis dix…des réponses flottantes qui petit à petit dissipèrent les brumes pour révéler aux yeux la beauté du monde.

Dans un monde où l’on perd de vue l’essentiel, il est logique que le brouillard s’installe. Ce qui est surprenant c’est l’inertie des autres oiseaux devant ce brouillard. Hormis Fauve, personne n’est choqué, interloqué par l’apparition de ce phénomène. La vie se réorganise sans qu’aucune inquiétude se manifeste. Des clins d’œil chargés d’humour allègent l’ambiance mornement sombre. Bientôt c’est presque comme si cela avait toujours été…peut-être était-ce le cas. On peut vivre autocentré et entretenir son propre brouillard et, pire que tout, ne pas s’en rendre compte. Y a-t-il un moyen de remédier à cela ?

Heureusement que Fauve et la Capuchonnée rouge à lunettes font preuve de bon sens. Puisque qu’eux deux le voient ce brouillard, peut-être que d’autres aussi…Pour le savoir, il faut demander. Comment dépasser les limites de la brume ? Voilà l’oiseau et l’enfant qui trouvent le moyen de créer du lien avec d’autres en envoyant des petits mots via les courants de l’océan.

Et ça marche puisque des réponses arrivent ! Qu’est-ce que cela signifie ?

Que d’autres se sont rendus compte que la vie dans le brouillard n’avait rien de plaisant. Que pouvoir échanger avec autrui c’est précieux quelle que soit la nature de l’être vivant, humain, oiseau, phoque, chat ou bœuf musqué de Norvège.

Le brouillard qui isolait n’est plus une limite.

Curieusement, dès lors que des liens sont recrées par tous ces petits bateaux chargés de réponses, le brouillard commence à se dissiper. Se pourrait-il que l’astuce soit dans la communication ? Cela pose question…

Dès que le soleil darde à nouveau ses rayons sur l’île, c’est l’occasion de regarder, contempler, admirer les petites et grandes beautés que les brumes dissimulaient. Le simple fait d’être ensemble semblent augmenter significativement la valeur des plaisirs simples.

Avec ces volatiles humanisés, comment ne pas sourire ?

Se reconnaître dans ces pages : possible. Cet album questionne notre rapport à notre planète, notre rapport aux animaux et notre rapport aux uns les autres…

Merci Kyo Maclear et Kenard Pak pour ce petit rappel subtil, de ne pas perdre de vue les essentiels de la vie : être ensemble et regarder avec conscience ce qui nous entoure. Ecologique, philosophique, on chemine dans les brumes de nos limites et on entrevoit l’espoir, toujours présent derrière les moments de brouillard : il faut y croire !

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