Le conte de Sidi

Annick Combier et Bénédicte Nemo

Éditions Cépages

Sidi n’a pas appris à lire.

Sidi rêve de lire….

Sidi quitte un jour son village au cœur de la Mauritanie. Il y laisse Fatou la griotte, sa grand-mère. Il espère en la ville la promesse d’un avenir différent. Nouakchott la capitale du pays se révèle débordante, bruyante, impressionnante. A peine descendu du taxi, le destin place un jeune garçon en fauteuil roulant sur son chemin : Sidaty. Compagnon providentiel, avec lui Sidi découvre la ville, trouve des petits boulots et du réconfort quand le doute l’étreint.

La vie se déroule au rythme de rencontres. Sidaty lui présente Jean-Jacques et sa famille. Dans leur fraîche spontanéité, Myriam et Olivier les enfants questionnent Sidi sur sa vie. Sidi raconte son village, Fatou sa grand-mère et les contes dont il a été bercé. Avides d’histoires, les enfants attendent que Sidi raconte…et Sidi raconte !

Visite après visite, profitant de la bienveillance de la famille toubab, Sidi raconte comme sa grand-mère le faisait au village. Les récits de tradition orale animent la curiosité et l’imagination des enfants. Un jour la petite Myriam tend un livre à Sidi. Elle voudrait qu’il lui lise une histoire. Sidi, embarrassé, tente une pirouette en encourageant la fillette à lire elle-même. La ruse ne prend pas et Sidi – qui ne sait pas lire – donne le change en inventant un récit à partir des images.

Parfois on oublie que sur notre planète, tous les enfants n’ont pas accès à l’apprentissage de la lecture.

Parfois j’oublie que je suis née dans un pays qui m’a offert cela.

Parfois j’oublie que le bonheur que je trouve dans la lecture n’est pas accessible à tous.

Parfois j’oublie que certains auraient terriblement envie d’apprendre à lire et qu’ils ne le pourront peut-être pas…

Si le soulagement envahit Sidi à la fin du livre, il est de courte durée. Le garçon cogite, gamberge. Sa grand-mère serait de bon conseil. Sidi reprend le taxi-brousse. Quand il arrive, la joie les étreint Fatou et lui. Au village le temps semble suspendu. Au cœur de ses racines, Sidi vient chercher les encouragements qui lui manquaient : Fatou approuve et plus encore l’envie d’apprendre à lire de son petit-fils. L’importance de la filiation est souligné sans qu’il rime avec limite, bien au contraire ! Rassuré et gonflé à bloc, Sidi repart vers la ville. En chemin un songe le prend, un message lui est délivré : on peut apprendre sans oublier d’où on vient.

Quelle merveilleuse illustration !!!

Choisir sa vie n’implique pas forcément de renoncer. Un monde s’ouvre à Sidi, cependant il est riche de tout ce qu’il sait déjà. La tradition orale ne démérite pas devant l’écrit. Les griots et griottes sont les gardiens des mémoires et des passeurs, traits d’union entre passé et présent. Ce seront toujours les mots qui feront vivre les histoires.

De retour à la capitale, Sidi rassemble son courage et demande de l’aide à Jean-Jacques. Toute la famille s’implique, l’épaule, le rassure. En quelques mois, la soif de lire s’étanche avec tous les ouvrages que le garçon ouvre. Vient ce soir au village où Sidi le griot raconte, sous les yeux admiratifs de ses amis et de Fatou. Le feu brille dans la nuit et tous n’ont d’oreilles que pour lui. Si pour le lecteur le livre s’achève, pour Sidi, l’histoire continue…et j’espère qu’il a pu réaliser tous ses autres rêves.

Je prends une leçon d’humilité avec Annick Combier, qui nous transmet par l’écrit cette tranche de vie. Cet album c’est un billet pour plusieurs « ailleurs ». Le voyage en Mauritanie est sensoriel, auditif et linguistique : quel dépaysement !

Côté illustrations, Bénédicte Némo nous embarque complétement dans les différentes strates de cette histoire à tiroirs. Nous voyageons à travers la Mauritanie, de jour ou de nuit, nous plongeons dans les images nées des contes : représentations réelles et imaginaires s’alternent dans une palette de couleurs éclatantes.

Je mesure ma chance. La gratitude pointe pour tous les merveilleux magiciens des mots qui ont donné naissance aux histoires qui me passionnent, me transportent, m’émeuvent ou me font rire !

Le petit plus du conte de Sidi est que cette histoire est vraie !

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