L’étrange garçon qui vivait sous les toits

Charlotte Bousquet – Christine Féret-Fleury – Fabien Fernandez

Slalom éditions

Lecture avec la compagnie de Jack !

Où comment camper une fiction dans le réel de l’actualité sanitaire de Mars 2020…

Petite précision : ce n’est pas un roman sur le confinement….hé hé, ça sera trop simple. Alors alors, qu’a bien pu nous concocter le trio Charlotte Bousquet – Christine Féret-Fleury – Fabien Fernandez ?

Prenons le confinement, une distorsion temporelle pour la touche fantastique, un grand-écart générationnel où les atomes crochus fleurent bon l’infusion au gingembre et une valise pleine de photos d’un autre temps…

Le confinement est déjà une tuile en soi. Pour Nina, le sommet du pompon est atteint quand son urgentiste de père la confie à Arlette, une ancienne infirmière nonagénaire flanquée d’un chat et d’un lapin. C’est sûr, comme baby-sitting, ça ne vend pas du rêve. Surtout quand on a au creux du cœur le rejet maternelle (qui n’a pas voulu que sa fille vienne chez elle sous prétexte de protéger le petit demi-frère…). Heureusement Arlette en a vu passer moult des oiseaux déconfits au cours de sa vie. C’est même en partie sa raison d’être.

Tant qu’à avoir trois auteurs, c’est parti pour suivre trois personnages. La narration s’alterne entre Nina et Arlette et Natan. Ce dernier, Nina l’a croisé dans les escaliers, puis elle le découvre par hasard dans la pièce qui jouxte l’escalier de service, sous les toits.

Natan…que Nina ne retrouve pas sur le film pris avec son smartphone…

Natan…qui figure sur une photo datée de 1942 que Nina a sorti d’une vieille valise exhumée de la cave d’Arlette. (C’est là que j’ai un flash-mix avec La Cafetière de Théophile Gautier et Georgia de Timothée de Fombelle)

Natan qui n’est pas confiné : lui le juif se cache de l’antisémitisme, des rafles de la seconde guerre mondiale.

Natan, Arlette l’a connu. Quand elle raconte à Nina leur morceau d’histoire commune, nous voilà spectateur des heures sombres de l’occupation. Se cacher pour avoir une chance de vivre, tel était l’enjeu pour Natan et Line, sa sœur jumelle. La vie cachée ou la mort à bout portant : le choix semble vite fait. A 15 ans, comment supporter cet inacceptable ?

La rencontre avec Natan vient bouleverser les conceptions rationnelles de Nina. Si la situation lui échappe, l’adolescente accueille la situation, factuellement j’oserais dire. Sans chercher trop longtemps le pourquoi du comment du « je peux voir et toucher un garçon qui a un pied en 1942 et l’autre en 2020 », elle se fait trait d’union entre lui et Arlette…car il se pourrait que ces deux-là aient un dossier sensible en attente depuis très longtemps.

Et Arlette au fait : comment accueille-t-elle les révélations de Nina (question légitime) du haut de ses 93 ans ? (parce qu’à son âge, on ne lui fera plus prendre de la bétadine pour du sirop au caramel). Ça sent l’appel pour demander une consultation psychiatrique au motif qu’une ado décompense sec. Le coup de pouce sera….un coup de patte, donné par le chat et le lapin ! Tant qu’à réveiller les douleurs du passé, autant que ça ne soit pas vain.

Faut dire qu’ils ont les noms de l’emploi les compagnons poilus !

Du dossier en question, je peux vous dire qu’il y a de l’amour dedans (je vous laisse la surprise de découvrir lequel…si vous connaissez un peu le trio qui porte ce roman, vous vous doutez qu’ils réservent quelques déroutes à leur lectorat). En filigrane de ce qui lie Arlette et Natan, ce roman vient titiller la conscience citoyenne à travers la question de la dénonciation, des préjugés. D’ailleurs quand il est question d’intolérance, laquelle remporte la palme : celle qui suintait lors de la guerre ? Celle que l’on croise punaisée anonymement dans les halls d’immeuble ?

(Des faits divers de cet ordre tristement lâches, comment oublier qu’ils ont saupoudrés l’actualité du printemps 2020 d’un arôme au goût de bile ?)

Au-delà du devoir de mémoire, repenser aux mécanismes qui ont conduit à la rafle du Vel d’hiv alors que collectivement, nous sommes liés par le vécu partagé du confinement, pose, en ce qui me concerne, la question de la mise sous contrainte de l’humain ; et ce qui en découlerait de beau ou de profondément laid dans nos rapports les uns aux autres.

L’air de rien, L’étrange garçon qui vivait sous les toits interroge sur la tolérance, les liens familiaux, l’amitié, les traumatismes, l’homophobie, le premier amour, la fuite en avant, la liberté de choisir sa vie…et comment même 78 ans après, le passé peut révéler une quintessence douloureuse…puis s’ouvrir avec une implacable détermination vers l’apaisement, avec le petit coup de pouce de la geek-attitude made-in-2020 ! (elle a un petit côté Melinda Gordon Nina, vous ne trouvez pas ?)

Merci pour le cadeau de ce livre (ceux qui me l’ont offert se reconnaîtront) : je l’ai lu d’une traite. C’est ainsi quand les écritures sont fluides et addictives !

Un avis sur « L’étrange garçon qui vivait sous les toits »

  1. quel bel ouvrage, cela donne vraiment, mais alors vraiment envie de se plonger dedans avec avidité. Merci pour cette belle découverte.

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