La Kahute

Donatienne Ranc et Kam

Les éditions du Pourquoi Pas

Chamarrée, bigarrée, bariolée de tant de formes, couleurs et matières… ainsi est cette île, cette place, ce continent. Le septième paraît-il. Serions-nous dans quelque conte merveilleux, dans une contrée mystérieuse recelant quêtes et secrets ?

Peut-être.

Ou pas.

Le secret est que cette terre étrange est née de la convergence des courants marins. Loin d’être une parente d’Ys ou de l’Atlantide, les hommes l’ont créé à force de jeter aux flots malheureux leurs bouteilles en plastiques, boîtes métalliques, filets de nylon, t-shirts élasthannisés, pneus en ersatz de goudron. Quelques milliards d’humains inconscients sont devenus les sculpteurs d’une abomination, malédiction des océans. Un septième continent d’ordures, déchets, détritus, preuve que rien ne se perd sur terre, tout se transforme. C’est ici que Donatienne Ranc nous présente Vick, celui qui a fuit ses congénères humains, préférant la solitude sur le monticule de cochonneries. Avec de jolies couleurs trompeuses Kam lui a dessiné un logis : faite de bric et de broc, voici la Kahute.

La seule compagnie de Vick se prénomme Sara. Dans sa bassine, la sardine veille, rompt silencieusement la solitude de l’homme. Elle l’observe alors qu’il pêche depuis le ponton. Quels déchets remontera-t-il aujourd’hui ? Un enfant…. Voilà qui est peu banal, voire carrément dérangeant, abominable. Un enfant que le vent et les courants ont amené ici, au milieu de cette mer de débris. Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond pour qu’on en arrive à cela ?

Comment concevoir ce que l’autrice écrit ? Les cris voudraient sortir mais dans le fond de ma gorge, ils restent coincés. La stupeur l’emporte. Là où je n’avais pas osé relier les flux d’humains désespérés à la poubelle géante qui git dans le Pacifique, Donatienne Ranc l’a fait. Kam l’illustre avec une lumière qui pique car le regard ne peut plus fuir. Devant cette absolue factualité, comment ne pas être sidéré ?  L’Humain en est-il réduit à rejeter ses semblables, à s’en détourner comme il le fait pour les monceaux de plastiques qui gangrènent les eaux de la planète ?

Au fait, il reste une question en suspens : que décidera Vick pour l’enfant qu’il vient de pêcher (sauver) ? Pour le savoir je vous invite à lire, à regarder, à plonger dans La Kahute. Vous y trouverez une réponse mais pas que… Quelle occasion, quelle chance en OR de s’interroger sur la part individuelle prise inconsciemment (ou non) à cette terrifiante réalité. Discussion nécessaire en vérité : depuis combien de temps jouons-nous à l’autruche ? Sauf qu’à ce rythme, si je spécule un peu en lisant entre les lignes et les illustrations, ce n’est pas dans le sable qu’on enfouira nos yeux…  Je suis curieuse, absolument curieuse (au moins autant qu’Alice) des futures réactions des enfants et adolescents. Je soupçonne beaucoup de révolte, et d’activisme concret. Ai-je raison ? S’il vous plaît, donnez-moi raison, espoir, air et eau propre et rires d’enfant…

Vous lirez la Kahute ? Je vous en prie, dites « oui »…

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