La petite fille et le temps

Louise Greig et Ashling Lindsay

Gallimard Jeunesse

Dans la ville, tout est pressé, occupé. Les gens sont dans leur bulle. Les transports font entendre leur voix : ils se bousculent, il faut se dépêcher. Spectatrice de ce triste spectacle depuis l’horloge de la ville : Lise.

Lise voit bien que les enfants ne jouent pas ensemble, que les murs sont tristes d’être gris, qu’un doudou a été perdu ou qu’un chat miaule car il est coincé sur une branche, et encore d’autres choses.

Alors Lise arrête le temps, entre le tic et le tac précisément. Soudain la ville retient sa respiration, les choses s’immobilisent, le silence revient. Lise en profite : des couleurs pour dessiner un jardin sur un mur gris, pour secourir le chat et le petit merle tombé du nid.

Elle en profite pour créer lien entre les enfants, protéger un papillon, solutionner une dispute. Mais le temps reste le temps. On peut le suspendre un peu, à un moment il faut qu’il reparte. Avant de le remettre en route, il y a encore quelqu’un qui a besoin qu’on fasse attention à lui : le petit chien abandonné que personne ne regarde. Hop, Lise a besoin d’un compagnon pour tout le temps.

Le tic rejoint le tac, la ville suspendue se remet en route comme on s’étire après une bonne nuit. Les enfants jouent ensemble, le papillon s’envole, le cerf-volant aussi, les gens se regardent, se parlent. La ville ne grogne plus, elle vit. Là-haut, Lise veille et au cas où, elle saura quoi faire…

Découvrir, lire cet album en période de confinement : cela pose question et raisonne différemment. Je suis toute émotionnée : Louise Greig et Ashling Lindsay ont eu du nez. Peut-être que notre vie occidentale était à l’image de cette ville : pressée, bruyante, stressée. Est-ce qu’on a encore le temps de porter notre attention sur les petites choses ? Sur ceux qui ont besoin d’un petit coup de pouce ? Lise porte attention aux humains et aux animaux, dans le respect de toute créature vivante de la ville (et oui les animaux c’est important).

Au début dans cette ville c’était chacun pour soi. Est-ce que la vie c’est vivre seul, tracer sans regarder ? L’homme est un être de contact, d’échanges. En perdant de vue les autres, est-ce qu’on ne perdrait pas soi-même. Lise remet du présent et du lien entre les gens. Finalement, ça a du bon cette pause entre le tic et le tac.

Parfois, mettre le temps en suspend pour souffler, pour apaiser les sens c’est important. On voit les choses différemment. Vous pouvez vous amuser à jouer au jeu des « sept différences » entre la première illustration de la ville et la dernière. L’illustratrice y a glissé quelques changements, des petits clins d’œil à ceux qui prendront le temps de les repérer.

Je suis charmée par cette histoire toute simple en apparence. Je vois Lise comme une petite fée : gardienne et bienveillante. Sous les traits d’une enfant, avec fraîcheur et innocence, elle accomplit une mission. Un peu comme dans la Belle au bois dormant, on s’endort pour mieux se réveiller. Sur le chemin, des graines ont été semées. Sauront-nous les repérer ?

Vous l’aurez compris, cet album a fait mouche. On pourrait disserter longtemps sur le thème du temps (en avoir trop, pas assez…). Puisque du temps nous est donné, plutôt que de m’impatienter je vais poser mes yeux et mes oreilles sur ce qu’il y a de joli et léger, en attendant que tic et tac se remettent en marche.

Vivre ici et maintenant 😉

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