Ma Sœur-Étoile

Alain Mabanckou et Judith Gueyfier

Seuil Jeunesse

Parfois on rencontre des livres qui laissent tout chose, genre « Gloups » la gorge se coince, les yeux se figent et les mains se crispent sur l’album en mode « pas-question-que-je-le-pose-je-pars-avec ». Ma Sœur-Étoile est de ceux-là pour moi. On y suit des tranches d’enfance d’un « devenu-grand ».

Direction le Congo pour suivre les souvenirs de l’auteur. De son enfance, Alain Mabanckou partage avec nous les trous dans le toit de la maison, les nuits de pluie et la nouvelle paire de bottes, le gris-gris anti-voleurs de billes, l’école, le copain Nestor…Les soirs quand la voûte céleste est allumée, il raconte à sa Sœur-Étoile ses journées, ses parents, ses lectures. (Sa mère lui a expliqué que sa sœur, morte deux ans avant sa naissance « habitait au ciel »). Il sait que c’est elle car elle brille plus que les autres étoiles.

Face au ciel, soir après soir, l’enfant confie ses joies ou ses peines, ses déveines et ses espoirs à sa Sœur-Étoile. Elle lui répond à sa manière, comme le soir où elle lui dessine un mouton dans le ciel. Pour le jeune Alain qui lit et relit (et relit encore) le Petit Prince, ce cadeau de sa sœur renforce leur lien fraternel au-delà de toutes les séparations. C’est leur secret, et l’enfant le garde pour lui, précieusement.

La vraie vie est faite de comparaison : être riche ou pauvre, être fort ou faible, être fils unique ou avoir une grande fratrie. C’est parfois amer d’avoir une maison moins belle que celle de l’oncle René. C’est poignant de lire le deuil périnatal. C’est questionnant de lire le pouvoir des sorciers ou des dents de vipères. C’est vibrant de sentir la force du lien fraternel comme pont entre la terre et le ciel.

La vie c’est piquant aussi, surtout quand Nestor doute tout haut de l’existence de la Sœur-Etoile. Et non content d’en avoir mis une couche, il en remet encore et encore, espérant faire mouche et blesser. Raté ! Quand on a pour confidente sa Sœur-Etoile, on apaise plus vite ses émotions. Et comme elle est bienveillante, elle pourrait même apaiser celles de Nestor (qui cherche son petit frère parmi les étoiles). Comment ? En lui dessinant un mouton par exemple…

Judith Gueyfier nous emmène avec délicatesse dans des nuits rassurantes et propices aux promenades sur les nuages. Sœur-Étoile est un ange-gardien qui apparaît via la finesse d’un trait blanc sur le ciel bleu. Le voyage en Afrique est réussi : on entendrait presque les éclats de rire des enfants dans la cour de l’école.

Cet album abrite un récit autobiographique qui place dans le présent, avec douceur, une sœur qui brille par son absence. Depuis longtemps je me disais lors du départ définitif d’humains ou animaux chers à mon cœur : « ils ont rejoint les étoiles ». Je ne leur ai jamais demandé de me dessiner quoi que ce soit, mais je reste persuadée, comme Alain Mabanckou, de leur bienveillante présence.

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