Les jardins Divari

Caroline Hurtut et Loren Bes

Rêves bleus, éditions d’Orbestier

Dans le jardin de Monsieur Divari poussent toutes sortes d’instruments de musique. Vocation depuis sa lointaine jeunesse, au fil des années Monsieur Divari a acquis une réputation exceptionnelle : les virtuoses viennent de partout lui acheter des contrebasses, des clarinettes, des grosses caisses et bien d’autres instruments encore pour leurs sonorités incroyables. Mais les années passent et avec elles, le poids de l’âge se fait sentir. Or pour gérer un jardin tel que le sien, il faut le dynamisme des jeunes années. Monsieur Divari se sent fatigué, aussi il publie un avis : il recherche quelqu’un pour prendre sa suite auprès de son précieux jardin.

Les prétendants au poste sont nombreux, la file d’attente est impressionnante devant les grilles, jusqu’à cette épouvantable averse. Curieusement l’eau de pluie a réduit à peau de chagrin certaines vocations…(ça me rappelle la tempête au début de Mary Poppins…). Restent quelques candidats, tous plus qualifiés les uns que les autres. Les visites du jardin s’enchaînent, les arguments égocentrés sont avancés, les flatteries aussi : Monsieur Divari commence à désespérer. Toutefois, il reste une dernière personne à interroger. Serait-ce le bon ? Ludwig, un long jeune homme visite le jardin sans mot dire. Avec des gestes empreints de délicatesse, il prend contact avec les instruments, du bout des doigts et sourire aux lèvres. Il est sourd : et alors ? C’est lui que Monsieur Divari choisit…

L’idée d’un jardin musical me plaît beaucoup ! De la même manière qu’il n’y a pas deux légumes pareils, on ne trouvera pas deux instruments rigoureusement identiques. A chacun son identité, sa sonorité, sa personnalité : les meilleurs placés pour en parler seraient les facteurs et luthiers. Elle est intéressante la comparaison de ces métiers avec celle de jardinier. Dans un jardin, il faut du temps pour faire pousser quelque-chose, fruits, légumes ou fleurs. Ça ne s’improvise pas, cela demande du temps, du savoir-faire et…de l’amour.

On peut être un bon technicien dans un domaine. On peut être le meilleur, être celui qui a eu les notes les plus hautes, celui qui a eu les félicitations du jury, mention hyper maxi honorable. On peut être un cador en théorie, qu’est-ce qui se passe quand les qualités requises sont simplicité et modestie ? Ludwig est sourd. On pourrait croire qu’il part avec un handicap (voilà le gros mot est lâché) de taille. Vraiment ? Parce qu’il est sourd il ne pourrait pas prendre soin d’un jardin d’instruments ? Celui qui répondrait oui, je lui dirais qu’il fait preuve de préjugés. Que la situation soit originale, peut-être. Ludwig irradie de passion. Les instruments le mettent en transe. Il n’entend pas la musique : il la ressent. Par le toucher, le souffle, les vibrations, il éprouve la nature profonde de la matière qui devient son.

Subtilité et délicatesse pour un texte accordé par Caroline Hurtut. L’auteure devient avocate de la différence. Elle offre un poste prestigieux à un jeune homme modeste. Le parfait successeur pour Monsieur Divari est celui qui vit avec empathie. L’hyper-qualification ne rentre pas en ligne de compte. On peut faire les choses bien quand on les a étudiées longtemps mais il semblerait qu’en y ajoutant du cœur, le résultat soit meilleur. Avec ses illustrations poétiques, ondulantes et sinueuses, feuillues et pétillantes, où la fleur de trompette côtoie le pistil métronome, Loren Bes nous invite dans un jardin merveilleux où le parfum des notes enivre celui qui lui prête l’oreille. Ravissement pour les yeux, on plonge dans l’exploration des mille et uns détails de cette ambiance musicalo-végétale. Sûr qu’il est un peu Ludwig des pinceaux !

(Un Ludwig, musicien célèbre et sourd, ça ne vous rappelle personne par hasard ? )

La prochaine fois que je flânerai dans un jardin, soyez sûrs que je tendrai l’oreille pour en capter les vibrations et la musique…magique !

Un avis sur “Les jardins Divari

  1. magnifique, magique, poétique à souhait. Oh celui ci je me le note pour qu’il fasse partie de ma bibliothèque à l’occasion. Il est tellement beau, et l’univers de Loren est toujours aussi superbe. Merci pour cette très très belle découverte, elle fait un bien fou.

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