Pandora

Victoria Turnbull

Les arènes

Une couverture tissu douce à caresser, un renard et un oiseau bleu : il ne m’en fallait pas plus pour repérer  Pandora.

Pandora vit dans un monde qui évoque aussi bien une décharge que la planète de Wall-e. Des amoncellements d’objets hétéroclites jonchent le sol. Au milieu de tout ça, Pandora vit en solitaire. Les journées s’écoulent à rafistoler ce qui peut l’être. Un jour un oiseau bleu tombe du ciel. Il est sonné, blessé et vivant. Comment répare-t-on un être vivant ? Pandora ne sait pas donc elle décide de le veiller.

Petit à petit l’oiseau se rétablit. Tant et si bien qu’un jour il s’envole et Pandora ne le voit pas revenir. La solitude retrouvée a un arrière-goût insupportable : Pandora seule à nouveau et désespérée s’abîme dans le sommeil. Le passage de l’oiseau a pourtant laissé des traces, des traces qui se révèlent progressivement, lentement et avec détermination.

Quelle surprise aura Pandora quand elle sera prête à ouvrir les yeux ?

L’histoire de Pandora c’est une métaphore de la résilience. C’est un album aux notes d’espoir, de patience. C’est l’acceptation d’une situation, puis la vague de désespoir qui parfois déferle quand la déception génère un écho sans fin.

Comment Pandora est-elle arrivée dans ce monde en ruine ? On ne sait pas.

Pourquoi répare-t-elle ce qui est brisé ?  Pour donner un sens à sa vie, peut-être…

S’accommode-t-elle de cette vie isolée ? Peut-être que oui, peut-être que ce n’est pas si simple de répondre à cette question. Ce que je remarque c’est qu’elle ne se détourne pas de l’oiseau (en plus un oiseau bleu, c’est un signe d’espoir il me semble…). Sa compagnie lui procure de la joie et cela crée une rupture dans son quotidien solitaire. Les journées ne se passent plus en réparations mais en soins. Quand l’oiseau peut de nouveau voler, Pandora se réjouit de le voir revenir auprès d’elle. Aussi la détresse est à la mesure inverse de la joie nouvellement découverte : privée de compagnie, Pandora sombre. Pandora a mal, si mal que c’est dans l’oubli du sommeil qu’elle se réfugie…

Parfois dormir, se terrer, ça participe à atténuer la douleur. En réalité seul le temps qui passe permet aux émotions de s’apaiser. Pandora n’y croit plus donc à quoi bon rester debout ? Un temps de sommeil, une hibernation, se donner du temps…et quand le moment sera venu d’ouvrir les yeux, Pandora et son regard apaisé pourront voir ce qu’il y a de beau dans ce nouveau présent.

Même quand on est dans le brouillard intérieur le plus total, le monde continue d’avancer. Nous sommes des êtres d’émotions et ces dernières ne vivent pas au même rythme que les saisons. Parfois elles passent rapidement, et d’autres fois elles s’éternisent dans nos esprits. En revanche dehors le rythme est constant, immuable. Dans le cas des petites graines laissées par l’oiseau, le temps botanique leur permet de pointer, croitre, se développer, s’étendre, allant jusqu’à redessiner les environs.

N’y aurait-t-il pas là un petit gros clin d’œil écologique? (je dis ça, je dis rien)

Quand Pandora est prête, elle découvre une nouvelle déco sur son monde précédemment ruiné. Quant à son ami, il se pourrait qu’il n’ait pas eu l’intention de partir définitivement… Quand elles sont nourries d’amitié, les graines les plus petites peuvent changer le monde et la vie.

Victoria Turnbull nous offre une histoire porteuse d’espoir, de « rien n’est figé même si ça en a l’air ». Le texte concis accompagne des illustrations foisonnantes, opulentes, merveilleusement lumineuses. Même si le terrain est chargé, encombré de choses brisées, rien ne peut empêcher la vie d’y revenir.

Il semblerait qu’on gagne toujours à faire preuve de délicatesse avec ceux qui en ont besoin. Alors je vais assaisonner cet article d’un « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir » doublé d’un « petit à petit l’oiseau fait son nid ». Cet album murmure un message subliminal, telle une petite graine qui nous rappelle qu’il y a toujours quelque-chose vers la lumière.

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