La Girafe

Véronique Cauchy et Valérie Michel

Le Grand Jardin

Une girafe s’introduit une nuit dans une maison. Au réveil ses occupants, un père et son fils, ont des réactions bien différentes. Du côté du père c’est d’abord le déni, puis de l’embarras : une girafe n’a pas sa place sous l’escalier. En douceur d’abord puis avec une franche colère, le père s’époumone, s’échine, s’arc-boute, s’acharne pour faire sortir la girafe de la maison…en vain !

Page après page, les tentatives échouent sous les yeux de l’enfant. La présence de la girafe interroge l’enfant qui la regarde, l’observe avec amusement et bienveillance.  

Le père excédé va tenter l’ultime solution : pour la girafe c’est raté, pour la maison en revanche c’est gagné. L’animal est dans le jardin : le problème s’est déplacé. Pendant ce temps la maison part en fumée.

Le père est découragé.

L’enfant peut enfin essayer.

Parfois des choses déplaisantes arrivent. Des choses qu’on aimerait voir partir, disparaître, s’effacer. Pour accélérer un retour à la normale on dépense des quantités d’énergie. Or l’histoire nous le montre bien : ça ne sert à rien, hormis de se compliquer fabuleusement la vie. Ce père qui se laisse happer par un acharnement extrême va perdre beaucoup à cause de son obstination à vouloir changer ce qui ne peut l’être. Apprendre à lâcher-prise ne va pas de soi. Pourtant y a-t-il une autre option ?  

La vie est une succession d’évènements. Certains changements sont accueillis à bras grands ouverts, aussi l’adaptation qu’ils suscitent passe facilement. Et puis il y a les autres évènements, tragiques ou juste incommodants. Dans tous les cas, cela rime avec remaniements. Avec simplicité, Véronique Cauchy campe une situation sacrément cocasse. Vous vous imaginez avec une girafe sous l’escalier ? (A côté l’anguille sous roche fait figure de petite joueuse). Le tragicomique enfle graduellement mais à chaque tentative du père, l’autrice place un chauffe-trappe qui laissera ce dernier partiellement déshabillé.

Avec des illustrations qui permettent au regard d’essayer différents points de vue, Valérie Michel donne au regard de l’enfant une présence et une belle intensité. La passivité de la girafe contraste la nervosité du père dont on ne voit que les pas pressés et les doigts serrés. La vérité sort de la bouche des enfants paraît-il…Cette histoire rend grâce à leur capacité d’adaptation. Ici le père n’a pas le beau rôle et j’avoue, je suis séduite par le fait que la sagesse vienne de l’enfant.

Le lâcher-prise est le premier pas vers l’acceptation. Quand on n’y peut rien, quand les choses arrivent, quand un retour à la situation d’avant est manifestement impossible, un peu d’adaptabilité, quelques graines de souplesse, un soupçon d’observation…Peut-être que la nouvelle situation finira par devenir vivable voir agréable (je rêve ? Oui peut-être, optimisme quand tu me tiens !).

Accepter les choses comme elles se présentent, les gens comme ils sont : qu’est-ce qu’ils en pensent les enfants – et les plus grands ?

(Tout ceci me rappelle l’album Les Dragons ça n’existe pas, chroniqué il y a quelques mois : https://clarasurlalune.com/2020/03/01/les-dragons-ca-nexiste-pas/ )

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