M comme la mer

Joanna Concejo

Éditions Format

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la mer.

Je la porte dans mon cœur, dans mon âme. Je ne suis jamais aussi apaisée et ressourcée que quand je suis au bord de l’océan.

Mes maux semblent s’y diluer.

Énergie et espoir m’emplissent, me nourrissent telle la marée haute. Mes pieds plongés dans l’eau, même glacée, sont ancrés comme nulle part ailleurs.

Lire…surtout avec la musique du ressac !

Alors que dire, alors que je plonge dans cet album qui réveille via mes oreilles les émotions que Baudelaire puis Rimbaud ont suscité avec leur poésie, jadis, à l’école…

D’abord avec le si célèbre l’Homme et la mer :

Homme libre toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer (…)

Puis avec L’éternité :

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil. (…)

Je croyais que tout était dit et puis vint cet ouvrage…et puis vinrent Joanna Concejo et Margot Carlier, les éditions Format. Quand je l’ai tenu en main, le temps s’est suspendu un instant, comme lorsqu’en voiture je guette ce moment où la grande bleue va apparaître.

Immersion progressive…

Des photos accueillent le lecteur, superposées, souvenirs heureux. M arrive.

Ce matin n’est pas le sien.

C’est un matin sans…

Ça arrive.

Il est chagrin, irrité, mélancolique. Les lieux suscitent les souvenirs de promenades avec son grand-père. Qu’est-il devenu ce jouet enterré un jour dans le sable ?

Se pourrait-il que de l’autre côté il se trouve un autre « comme lui » ?

Avec la brise marine, les mots s’envolent et la voix de se perdre, emportée jusqu’où ? L’enfant s’interroge : quel peut-être le quotidien de cet autre : ressemble-t-il au sien ?

La mer c’est le passé, les photos d’enfance comme témoins de la douceur d’une main passée dans les cheveux…faire signe, se retourner sur un cliché.

La mer, c’est le présent, mouvement perpétuel depuis la nuit des temps qui accueille les cailloux jetés comme les confidences, avec la même constance. C’est construire, créer, et devoir recommencer après chaque marée !

La mer, c’est le lendemain annoncé par le scintillement des vagues au soleil couchant.

La mer, c’est la rencontre du présent avec l’origine de toute vie. Regardez bien, les creux de vagues laissent entrevoir un peu du trésor abrité par ce bleu teinté de noir et d’écume.  

L’eau qui dort…

C’est là que tout commence et tout fini. Sur la plage il y a ces petits trésors : morceaux d’algues, de coquillages, devenant tour à tour éléments du château de sable ou souvenirs précieusement conservés dans une boîte.

Les miens, mes petits trésors autour de celui du livre…

J’ai la gorge serrée par l’émotion et mes yeux s’embuent quand je contemple M, baignant sur une serviette qui réunit toute chose vivante. Simple est l’abolition des frontières, surprenante est la redécouverte des liens absolus entre toute chose animale et végétale.

A l’heure où elle est si malmenée par une partie de l’humanité, je vous sais gré, Joanna Concejo, de nous offrir ce cadeau. Vos mots se font écho de la filiation, qui fait que de la « mer » à la « mère », le pas est si petit à faire. Il ne reste qu’à contempler les illustrations, comme on le ferait depuis la plage ou en surplombant la falaise, ces illustrations qui nourrissent ma fascination presque comme « si j’y étais ». C’est sobre, authentique, lumineux, captivant. C’est rétro et réel, entre l’éternité de Rimbaud et l’instant présent. Photos ou pleines pages pour accueillir ce que chacun voudra y rencontrer, le miroir de Baudelaire, nos abîmes personnelles ou l’irrésistible appel du large !

Je vis dans le Grand Est, beaucoup trop loin de l’océan à mon goût. Incroyable, c’est comme s’il s’était soudain rapproché. Il me manque toujours, mais je n’ai qu’à parcourir ces pages pour soudain le retrouver.

Alors l’équipe des éditions Format, à Élisabeth T, à l’autrice, à la traductrice, et à ceux et celles qui ont pu me voir dans ces moments de transe totale que me procurent les embruns et le vent du large : du fond du cœur : MER-ci … !!!

M sera bien accompagné !

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