Le chat sans nom

Fumiko Takeshita et Naoko Machida

Traduit du japonais par Alice Hureau

Le Cosmographe

Dans une rue du Japon, un chat nous raconte qu’il n’a pas de nom. Personne n’a pris la peine de le nommer. Jamais. Hormis par le biais d’un déterminant et d’un substantif passant de « le chaton » à « le chat ». Pourtant dans cette rue commerçante, tous les chats ont un nom. Certains ont même des surnoms affectueux. Dans les commerces et même au temple, les félins pavanent, se prélassent, sont appelés par leur nom, caressés même. Ils regardent les humains dans les yeux, sauf s’ils sont occupés à roupiller. Le chat sans nom les observe, dubitatif. Lui dont le corps porte les stigmates de la vie dehors regarde ces chats bien nourris, empreints de confiance, identifiés : Grigri, Heidi et Clara, Bouton, Léo, Riku, Cracotte…

Pourquoi certains chats bénéficient de ce traitement de faveur et pas lui, le chat sans nom ? Alors qu’on lui suggère de se nommer lui-même, selon l’adage qui suppute qu’on n’est « jamais si bien servi que par soi-même », il réalise une chose extrêmement importante : il veut qu’on le nomme. Il veut être nommé, appelé, baptisé par un humain. Pour le chat sans nom, se faire nommer tient de la consécration. Qui pour le consacrer en tant que chat aimable ? Car des sobriquets voire des insultes, il en a soupé. Mieux vaut encore ne pas avoir de nom que d’en avoir un qui est mauvais.

Être nommé pour commencer à exister… pour refuser des qualificatifs désagréables. C’est l’espoir de la sécurité, accéder à un autre destin que celui d’animal de la rue. Si le chat sans nom se nomme lui-même, il renonce à la possibilité qu’on lui offre un nom, une reconnaissance et peut-être… une vie ?

Que de tristesse dans ce petit cœur de chat. Sous la pluie, tout paraît plus morose, sauf la voix de cette fillette qui, très spontanément, lui fera cadeau d’un nom.

Tombe la pluie et enfin un nom, pour un chat heureux.

Comment résister aux illustrations de Naoko Machida ? Quand l’illustratrice habille avec tant de réalisme la vie d’un chat des rues, il n’y a que l’empathie du lecteur qui puisse lui répondre. Le texte se lira comme un poème : les phrases sont courtes, efficaces et rythment la quête du petit félin. J’ai traversé cette lecture le cœur un peu serré, débordant d’empathie pour ce félin orphelin. Mon cœur a fondu devant ses grands yeux tellement semblables à ceux de mon compagnon nommé Jack. Encore plus en lisant la réconfortante simplicité de la fin… Cet album se conclue sur un ronronnement, j’en suis sûre !

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