Merveille des merveilles

Jennifer Dalrymple et Nathalie Novi

Didier Jeunesse

L’hiver a recouvert le paysage. Tamsine, la fée, trépigne derrière sa fenêtre. Comment résister à tant de beauté. N’y tenant plus, elle s’élance mais pas pour longtemps. Les ailes de fée n’aiment pas le froid hivernal. Sous la morsure du gel, elles se brisent et la fée chute. Quand elle se réveille, elle se découvre un curieux sauveur : mi-bougon, mi-grognon, Tompta Gudhi la sermonne pour son imprudence et l’exhorte à rester au chaud. Le lutin n’a rien d’affable. Rester avec lui tout l’hiver : Tamsine n’y tient pas. Quand elle découvre une fente dans un mur par lequel circule une ribambelle de souris, elle s’y faufile. A petits pas, elle avance dans l’obscurité et de découvrir au bout du passage un gigantesque atelier de couture !

Le taciturne lutin est un couturier de grand talent. Les placards regorgent de vêtements somptueux, augurant du futur printemps. L’enthousiasme et l’admiration de la petite fée poussent dans ses retranchements son grincheux sauveur. Comme une ritournelle, elle s’extasie en disant « Merveille des merveilles » et ce faisant, aussi sûrement que l’hiver s’incline toujours devant le printemps, la morosité de Tompta Gudhi s’évapore grâce à la joie de Tamsine.

Pour le lutin et la petite fée, l’hiver rimera avec amitié et créativité. S’il faut que les frimas incitent à préférer la sécurité d’un intérieur chauffé, autant que cela soit en créant main dans la main. Si Jennifer Dalrymple a brodé pour nous cette histoire onirique et charmante inspirée du folklore nordique, Nathalie Novi l’habille de la lumineuse poésie qui caractérise son œuvre. Sous ses pinceaux, elle brode cape de nuit, robes verdoyantes et fleuries, prairies magnifiques… D’ailleurs, il semblerait que les pages tournées ne fassent pas entendre le bruit du papier, mais plutôt celui des étoffes qui bruissent telles les feuilles nouvelles au printemps.

Quand on conjugue le talent d’une conteuse exceptionnelle à celui d’une illustre-artiste, cela crée un ouvrage des plus remarquables. On y retrouve les ingrédients du conte : l’évènement fâcheux, la désillusion cruelle, la découverte de ressources chez chaque protagoniste et le dénouement « merveilleux ». L’hommage à la nature est célébré, de même que la fonction de la saison froide trouve ici une métaphore subtile… et si parfois il fallait accueillir la pause hivernale comme une occasion de refaire des bourgeons d’amitié… pour mieux rompre la solitude et réveiller nos trésors intérieurs ?

Avec un tel ouvrage, je me sens parée pour laisser se dérouler la suite de l’hiver. Qui sait quelles surprises (ou quelles ailes) m’attendront au bout du chemin ?

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