Cerise Noire

Patricia Reznikov et Laurent Corvaisier

Thomas jeunesse et Amnesty International

C’est une histoire de gens d’ailleurs.

Cerise vit dans une roulotte avec sa famille. Entre ses parents, ses frères et sœurs et sa renarde, l’enfant témoigne de sa vie. A chaque saison son rythme sur le campement où cinq autres familles vivent. Pourquoi – comment sont-ils arrivés là ? Le déracinement est suggéré : la vie n’a pas toujours été ainsi pour les ascendants. Les enfants font des suppositions (pas très gaies il faut avouer) puis ils rêvent à les ailleurs lointains qu’ils verront un jour…quand ils seront grands.

La solidarité est le ciment de Cerise et sa famille. La seule ombre au tableau est la question des enfants : « Est-ce que c’est parce que nous sommes des étrangers que nous n’allons pas à l’école ? ». Cerise a conscience qu’il y a une différence cuisante entre ceux qui vivent en roulotte et ceux qui vivent en maison. Heureusement pour apprendre il y a Asia : sa roulotte est comme une école. La transmission est active, chantée, nécessaire. Être sédentaire n’est pas une fin en soi. Avec sa sagesse d’enfant, Cerise le dit : elle aime sa vie comme elle est.

Dans son campement les enfants jouent ensemble, rêvent à demain, imaginent de nouveaux chemins, construisent des cabanes. Le jour où Peter (le futur amoureux de Cerise) trouve un livre, s’ouvrent les horizons de l’imagination, et les enfants de plonger dans la jungle de Kipling à la rencontre des loups et de Mowgli. Avec eux ils ont joué, ils se sont racontés leurs vies.

Comme dans Gipsy (dont j’ai parlé il y a quelques jours : https://clarasurlalune.com/2020/05/19/gipsy/ ), je suis positivement touchée par cette ambiance où hommes et animaux vivent ensemble sans se poser de questions. L’animal sauvage a été recueilli, protégé, nourri et est devenu un membre de la famille. Kalinka la renarde accompagne Cerise tout au long du livre…Mowgli vit avec les loups…les barrières entre espèces n’ont plus cours devant tant de respect. La proximité avec la nature est réelle et terrain pour l’imaginaire. Pourquoi est-ce que tant d’hommes ont perdu cela de vue ?

La soif de connaissance est prégnante. Elle galvanise Cerise quand enfin les portes de l’école s’ouvrent. Les connaissances par l’instruction, c’est un ticket pour le futur, pour les projets, et pour l’intégration. Cerise rêve, anticipe ses nouveaux amis tout en profitant des joies du moment présent.

D’emblée Cerise n’a pas accès à l’école. Pourtant elle est une enfant comme les autres. En quoi sa non-différence implique qu’elle ne puisse pas y aller ?

Quand on lit ce livre en France, impossible d’échapper à la question de l’accès à l’éducation : qui n’y a pas droit ? Est-ce que je côtoie des gens qui n’ont pas été à l’école ?  Est-ce que près de moi il y a des enfants qui ne passent pas les portes de cette institution ? Cela ouvre la possibilité d’une discussion avec les plus jeunes sur ce droit qui pourtant n’est pas permis à tous les enfants de la planète.

Au-delà de la question de l’instruction, ce livre interroge sur les droits des enfants dans une dimension plus globale.

Qu’est-ce qui est important pour les enfants ? Avoir une famille protectrice, aimante, jouer, nourrir la soif de connaissance, avoir de quoi manger, cultiver des projets…du simple et de l’essentiel. Avec des mots simples, Patricia Reznikov sème des paroles de tolérance au nom de l’enfance, ce trésor d’innocence et d’espoir. Les illustrations vives et expressives de Laurent Corvaisier nous proposent de considérer avec plus de couleurs et de chaleur les vies différentes. Vous entendez les notes de l’accordéon et le crépitement du jeu de camp ?

Cet album m’a émue, touchée, fait cogiter. Il éclaire différemment une chance que j’ai eue : celle d’aller à l’école. Jamais je ne m’étais posée de question : c’était obligatoire, OK. Pourtant si j’en suis là aujourd’hui, avec mon métier et la possibilité de partager les livres que j’aime, si j’ai appris la tolérance, la non-peur de la différence, probablement que les années passées sur les bancs y sont pour quelque-chose…

Un avis sur “Cerise Noire

  1. très très belle découverte. Merci. Moi aussi, en commençant la lecture de ton post, j’ai tout de suite pensé à Gipsy 🙂 pour la relation avec les animaux. Le thème est très fort, j’aime.

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