Rose Blanche

Roberto Innocenti

Texte de Christophe Gallaz

Gallimard Jeunesse

Ce livre m’a pétrifiée au sens propre comme au figuré.

Je l’ai ouvert pleine d’espoir, étant une admiratrice totale des illustrations de Roberto Innocenti. Le thème est dur : normal pourrait-on me faire remarquer, quand on aborde un sujet aussi terrible que la Seconde Guerre Mondiale. Et bien…dire que je n’ai pas été déçue relèverait de l’euphémisme. Larmes aux yeux, j’ai été cueillie au-delà de mes espérances. La claque fut décoiffante, oppressante. Quelques minutes de sidération plus tard, je l’ai reposé sur son présentoir. Au moment de payer, je suis retournée le chercher, comme mue par une absolue nécessité.

Le livre nous emmène dans l’Allemagne nazie. Les croix gammées sont de sortie, les hommes partent à la guerre dans des camions. D’autres camions arrivent, avec d’autres soldats. Ils vont dans la campagne, puis en reviennent. Un jour, Rose Blanche aperçoit un petit garçon qui saute du camion : la tentative de fuite est vaine…

Rose Blanche suit le camion. La fillette sort de la ville, traverse prés et forêts pour découvrir une abomination : un camp de prisonniers…Il y a des enfants parmi les détenus, il y a des avec étoile et des sans étoile.

Ils ont faim.

Ils ont froid.

Jour après jour Rose Blanche leur apporte à travers les barbelés tout ce qu’elle peut : sa propre ration de nourriture et ce qu’elle peut prendre en plus chez elle. Sa mère s’étonne de la voir maigrir…

Un jour c’est la panique : les habitants quittent la ville, les soldats aussi. Rose Blanche ne quittera jamais la ville. Ami ou ennemi se confondent dans le brouillard qui enveloppe le camp. Le coup de feu part…

Rose Blanche : est-il fleur plus représentative de la pureté et l’innocence ? Une enfant seule contre tous ? Je ne peux qu’imaginer le trépas de l’enfance quand on se retrouve face à l’inhumanité. D’abord quand on voit un enfant être rattrapé comme un criminel, puis quand on découvre le traitement infligé aux prisonniers. Par cet album, c’est aussi un peu de mes illusions qui tombent. Passé présent, quelle différence ? Aujourd’hui encore on traite des gens comme lors de cette sombre époque.

Sans comprendre le pourquoi du comment, mais en se gardant bien de demander la permission, la fillette entreprend une résistance. Il n’y a pas d’âge pour avoir conscience de la cruauté de la situation. Rose Blanche n’a pas l’âge de rejoindre des forces plus influentes mais à son niveau, elle agit.

Courageuse ? Certainement.

Maligne ? elle a compris qu’il lui faudrait rester le plus discrète possible.

Pire que les mots, il y a toutes les inférences dont cet album est truffé paradoxalement par des faits. TOUT est factuel. Les émotions sont à la responsabilité du lecteur. A aucun moment le mot « juif » n’apparaît dans le texte de Christophe Gallaz. On ne parle pas de dictature, de rafle, de Gestapo, de la Shoah ou des camps. Sobriété des termes au service d’illustrations d’un réalisme incroyable, Roberto Innocenti nous donne à voir des faits. A nos souvenirs d’Histoire de compléter ce qui n’apparaîtrait pas.

Pouvoir de la suggestion concrète : on ne nous dit pas que l’enfant est tuée. A nous de concevoir l’inconcevable par le biais des inférences. A nous d’accepter que la générosité ne rime pas cette fois avec récompense. Je suppose que pour mettre cet album entre les mains des enfants, il est préférable qu’ils aient déjà abordé le programme d’histoire ou vu quelques films. J’ai le souvenir d’une lecture qui émerge : Mon ami Frédéric de Hans Peter Richter…et les images du film Au revoir les enfants : des histoires terribles qui n’ont pas fin en « happy end ».

La fin est comme cette balle qui claque. Dans ma grande naïveté je n’ai pas anticipé un seul instant que la fillette trépasserait. La végétation qui reprend ses droits sur les ruines du camp est une loi implacable de Dame Nature. Le temps passe et efface, en apparence, les horreurs. Nausée. Vertige. Révolte. Révolte devant les épaules courbées, les ventres qui engraissent, les yeux qui se baissent. Saisissement en comprenant le revers de la Rose Blanche, en découvrant que c’était le nom d’un mouvement de résistance formé par des étudiants au printemps 1942 à Munich. On a oublié qu’en Allemagne aussi, il y avait des résistants.

En faisant des recherches sur cet album, j’ai appris que la première édition date de 1985. De l’épouvantablement glaçant par du sublime : c’est du grand ART sans aucun doute.

Je suis contente qu’il soit réédité. Contente d’avoir été secouée dans mes œillères car la liberté est encore bafouée sur la planète et ce qui semble un droit absolu doit faire l’objet de discussions. C’était hier, c’est aujourd’hui. Je ne prêche pas pour le fatalisme. Ne pas se bercer d’illusions face au potentiel obscur de l’homme pour réveiller la révolte, l’empathie, la force de l’action contre l’acceptation passive : à suivre…j’espère !

Ce livre est analysé dans nombre d’articles. C’est passionnant à lire et si le cœur vous en dit, allez jeter un œil à ces articles :

http://vivrelivre19.over-blog.com/2017/05/rose-blanche.christophe-gallaz-et-roberto-innocenti-1985-des-8-ans.html

https://jademillseducation.wordpress.com/2014/11/03/rose-blanche-book-review/

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