Ta peau contre la mienne

Rémi Courgeon

Éditions Milan

Vengeance au féminin : il a tué son cheval. Il devra payer de son sang.

Fin de l’enfance, début de l’itinérance avec pour seule motivation : le retrouver. Mais elle n’est pas seule à le traquer. La tête du bandit est mise à prix. Il faudra être plus rapide, plus discrète pour arriver la première. Rémi Courgeon nous emmène dans l’Ouest Américain : vous les entendez les talons qui claquent contre le sol et l’écho de l’harmonica ?

Aaron Blake voulait la fille : c’est le cheval qu’il a tué. Pour la fille, le cheval était sa famille. Quand un lien aussi fort existe entre un humain et un animal, il ne peut être rompu brutalement sans générer une suite de conséquences. Après avoir offert à son frère cheval le repos de la terre, après s’être cousu un vêtement avec sa peau, elle commence sa longue recherche.

Le danger rôde. Il est partout. Il va falloir survivre au désert, aux hommes qui n’ont que faire de respecter une femme. Mais le sort en est jeté, elle ne peut pas reculer. Dormir dans les arbres, se fabriquer une arme, pister les traces du malfrat sans se faire repérer : tout cela est risqué d’autant plus qu’elle va à pied, et que le manteau en peau de cheval pèse sur ses épaules.

C’est « elle » qui parle. Elle qui dialogue avec l’arbre qu’elle déleste d’une branche pour se fabriquer un arc. Elle dont les sens sont en permanence aux aguets. Elle qui semble avoir basculé dans cette violence. Mue par son désir de vengeance, elle poursuit dont but. Un nouveau cheval sur sa route qu’elle libèrera du joug des hommes et de l’agression du harnachement : une jument. A cru sur son dos, elle avancera plus vite. Le western n’est pas fini…

Quand on aime profondément les animaux, chevaux ou autre, je comprends qu’on puisse avoir l’intention de devenir mauvais envers ceux qui par habitude ou sciemment les brutalisent. Dans les faits divers sordides de ces dernières années, il y avait ces chevaux mutilés, laissés agonisants dans leur pré avec une oreille coupée. Je crois que la bouffée de haine ressentie n’avait d’écho que la profonde incompréhension pour ce genre d’agissement. Que s’est-il passé dans notre société pour qu’on en arrive à mépriser à ce point le vivant, animal ou environnement ?

Que de suggestions à reconsidérer ce qui nous entoure comme un don et non comme un dû. Un peu d’animisme, de féminisme, une alternance bien orchestrée entre les paysages nimbés de cette chaleur écrasante propre au Far-West et les nuits glacées où le bruissement d’ailes des chauves-souris répond au crépitement des feux de camp : la lecture est addictive. La plus magnifique des revanches ne se trouve pas dans l’élimination du truand.

Le dénouement sera grand.

Plus puissant qu’une balle quand j’ y songe…

Ce livre me touche au cœur, aussi sûrement qu’une flèche.

Parce que depuis des années je trouve tellement réconfortante l’odeur des chevaux et la douceur de velours de leurs museaux.

Parce que pendant des années j’ai eu le privilège inouï de cheminer à côté d’une belle jument espagnole, au regard d’une douceur sans pareil. Son départ pour la voute céleste m’a laissée assurément orpheline. Probablement parce que je suis de ceux qui se sentent davantage eux-mêmes avec les animaux.

Et au passage, j’aime beaucoup ce que Rémi Courgeon dit de son livre, par ici : https://www.youtube.com/watch?v=zPXdPhGwPfw

Entre la force humaniste, la subtilité poétique et la réflexion philosophique, cet album est un véritable cadeau : stimulant et inspirant !

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