Le joueur de luth enchanté

Marie Diaz et Carole Hénaff

Gautier Languereau

Le joueur de luth était âgé, aveugle et pauvre. Installé tous les jours à l’entrée du souk, le vieil homme enchante les oreilles des passants et des commerçants. Sa musique semble embellir tout ce qui se trouve à proximité : le chant des oiseaux, le goût du thé à la menthe, la saveur des dattes. Les soucis s’allégeaient un instant, et le pas des passants pressés s’autorisait à ralentir pour mieux profiter de ces notes enchantées.

La musique du vieux musicien faisait aussi le commerce malhonnête des pickpockets, ravis de détrousser les poches des badauds. Rire aux dépends d’autrui étant leur passe-temps favori, quel tour à jouer à un musicien aveugle ? L’abandonner dans un quartier mal famé, réputé pour être hanté par les djinns et les éfrits après lui avoir fait miroiter une belle récompense, quelle belle plaisanterie. C’est alors qu’une voix de femme lui a murmuré de continuer à jouer ; alors le musicien a joué, joué, joué jusqu’à l’aurore pour les filles du roi des djinns. Aux premiers rayons du soleil, elles se sont évaporées, après lui avoir promis que « A compter d’aujourd’hui, tout ce que tu joueras sonnera d’or… ».

Le conte nous transporte dans une ambiance orientale propice à la poésie, au rêve, aux esprits malins qui récompensent les braves gens. Comme quoi, d’une mésaventure peut découler une bénédiction. La musique du luth n’est plus seulement belle, elle est magnifique, envoûtante et fait bientôt la renommée du vieil homme. De l’ombre du pont dans le souk aux riches salons du Sultan, il offre son art avec la générosité qui le caractérise.

Quelqu’un l’observe, intrigué : le chef de la bande de pickpocket. Le jeune homme ose un jour traverser la rue pour faire amende honorable auprès du musicien. Cette initiative sera le premier pas du retour vers l’honnêteté. Reste à lui souhaiter que la fille du sultan y soit sensible… Inch’allah…

Avec cette ambiance qui fleure bon les Mille et une Nuits, les couleurs vives posées sur fond blanc sont un ravissement qui enivre les yeux égarés dans ces pages. Carole Hénaff nous offre des illustrations de rêve, où la musique devient un bouquet diapré. Pour un peu, les effluves de fleur d’oranger et d’amande émaneraient du conte. C’est un beau cadeau que Maria Diaz nous fait, de poser des mots aussi doux sur cette parabole. D’un mauvais tour peut découler une bonne chose. Lutter contre ce qu’on ne peut changer serait peine perdue : le musicien accueille l’infortune de la farce, et se retrouve miraculeusement récompensé. Le petit voleur corrige son destin, à force de travail et de patience cultivée. Le maître s’efface, l’élève prend son envol, le livre s’achève mais pas la douceur de son empreinte dans mon cœur de lectrice…

Un avis sur « Le joueur de luth enchanté »

Répondre à Christine Annuler la réponse.