Le prince Soufi

Selma El Maâdani et Françoise Joire

éditions Marsam

Cette histoire correspond à la 401e nuit des Milles et une Nuits.

Shéhérazade raconte au roi Shahrayar l’histoire de ce prince qui a renoncé à tout le faste de sa vie pour travailler comme maçon dans une humilité et une modestie absolue.

Le calife Haroun Al-Rashid vit luxueusement en Bagdad la splendide. Un de ses fils se démarque en refusant d’apparaître vêtu comme son rang l’exigerait. Irrité par les reproches de ses ministres à l’encontre de son fils, le calife le somme de se justifier, lui faisant valoir le défaut de crédibilité que cela engendre pour celui qui est le Commandeur des Croyants. La réponse ne laissera pas de surprendre le père : il se confronte au départ de son fils, blasé et révolté par cette vie inutilement luxueuse.

A Bassora le fils du calife devient maçon. Il accomplit un travail soigné pour presque rien. Sa vie se déroule dans un dénuement quasi-total. Quand on lui confie un chantier, il demande un dirham et une obole pour tout paiement et du temps pour la prière collective. Il travaille ainsi du lever au coucher du soleil. Son attitude est remarquée par Abu Amir Al Basri, un notable de la ville. Il observe attentivement ce jeune homme étrange qui ne semble vivre que pour travailler et prier.

Un jour le jeune homme tombe gravement malade. Abu Amir Al Basri se rend à son chevet. Sentant la délivrance de la mort imminente, le jeune homme lui demande de remettre au calife de Bagdad, après les rituels d’ensevelissement, ce qui se trouve dans la poche de son froc. Abu Amir Al Basri fera comme il le souhaite. Cette hyacinthe précieuse trouvée dans la poche du froc sera le choc absolu pour Haroun Al-Rashid, qui seulement là, comprendra la sagesse de son enfant disparu.

Le riche calife vit une leçon bien amère. On peut tout posséder matériellement. Mais quand on perd un être cher, on perd tout. On se retrouve dans un dénuement affectif qui dépasse par son abîme tout ce que les biens matériels peuvent remplir. Il aura fallu la mort d’un fils pour ouvrir les yeux du père.

Ce conte questionne notre propre rapport à ce qui est matériel. Dans quelle mesure suis-je attachée aux objets qui m’entourent ? Est-ce que je pourrai vivre dans moins de confort ? Quelle importance est-ce que j’accorde au regard des autres pour justifier ma propre position sociale – celle que j’ai – celle que je souhaite avoir – celle que je pense avoir…

Le conte interpelle aussi la question de l’apparence : dans quelle mesure est-ce que je juge les autres en fonction de ce qu’ils ont comme vêtements, comme chaussures ? Bim, et hop me voilà comme Haroun Al-Rashid, confrontée à certaines croyances limitantes…du moins tant que je n’en ai pas conscience.

Une autre dimension nous attend dans ce conte : un dépaysement merveilleux qui est conduit par les illustrations délicatement persanes de Françoise Joire. Arabesques et écriture arabe participent à poser l’ambiance orientale tantôt somptueuse, tantôt humble. L’album est bilingue : français et arabe se côtoient comme une évidence.

Selma El Maâdani n’a pas choisi de nous transmettre le plus aventureux des contes des Milles et une Nuits. Ici point de rebondissement, de trésor caché, de voleur, d’épreuve ou de princesse en détresse. Le conte crée un doute. L’identification au héros emprunte un chemin inattendu. L’empathie s’éveille plus tard, quand l’étincelle glissée dans l’esprit laisse place à une flamme plus intense. Entre philosophie et initiation au soufisme, cet album pose sa pierre sur le chemin de l’éveil spirituel.

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