La lionne, le vieil homme et la petite fille

Nathalie et Yves-Marie Clément, Madeleine Pereira

Éditions du Pourquoi Pas

Tout est dans le titre, ou presque. Un roman, deux auteurs, et le regard de trois personnages sur la guerre qui se répand en Syrie.

Il y avait la vie d’avant pour Maya, Hamid et celle encore d’avant pour Labiwa.

Labiwa est une lionne. Arrachée à la savane elle doit dorénavant subir la captivité du zoo, la curiosité oppressante des visiteurs, leurs regards condescendants et l’absurdité d’une cage bétonnée. Quand la guerre arrive jusqu’à elle, la fatalité de son destin devient insupportable à lire…Qui se soucie d’un zoo quand les bombes pleuvent et que les routes sont des champs de mines ?

Fort peu de monde en réalité, sauf pour venir faire provision de quelques précieux litres d’eau de la citerne. C’est bien ce qui a conduit Hamid à braver le danger de l’extérieur. Un peu d’eau, ce breuvage indispensable à tout être vivant et dont les animaux sont privés. Au milieu des carcasses, Hamid croisera Labiwa et il ne détournera pas le regard.

Pour moi, quelques larmes à la lecture de l’eau qu’Hamid donne à la lionne : la simplicité de ce geste n’a d’égal que la grandeur d’âme qu’elle recouvre. Oh que cela m’a émue…Quand le chaos règne, quand l’humanité semble en totale déroute, pourquoi continuer à vivre ? Hamid est vieux, malade et sa famille a fui la guerre. Le malheur de la lionne et l’injustice de sa situation sont parvenus jusqu’à lui. Humain, animal, tout à la même enseigne sous un ciel de guerre. Vraiment ? Vraiment, est-ce que la captivité n’est pas déjà l’infortune suprême ?

Maya échoue auprès de Labiwa après un accident. En voulant aider sa mère, en sortant malgré l’interdiction, en espérant ramener un peu d’eau, c’est arrivé. Une mine a explosé. Maya se réveille à l’hôpital, dont on la laisse partir seule malgré son amnésie. Commence l’errance dans la ville en guerre, à la recherche de soi-même et où le seul point d’ancrage devient la lionne survivante.

S’émouvoir du sort des animaux en général en dit long du respect que l’on porte au Vivant. Probablement que je retiendrai de cet ouvrage que la solidarité peut prendre bien des formes. Point n’est besoin d’exclure des considérations les animaux sous un fallacieux prétexte de suprématie humaine. (oups, voilà que je m’enflamme…le sujet m’est cher, ceci explique sans doute cela).

C’est encore un déferlement de sentiments qui m’a traversée tout au long du roman. Impossible ne pas songer à l’actualité, ni de relier le désespoir d’Hamid et Maya à celui qui est relayé en permanence par les médias. La guerre semble être un catalyseur de survie mais tout le monde ne paye pas le même tribut. Il y a ceux qui fuient, ceux qui restent, ceux qui comprennent, ceux qui insultent. Il y a ceux qui partent à la guerre, comme le père de Maya. Il y a ceux qui soignent jour et nuit les blessés. Il y a ceux qui en profitent pour mettre en place des trafics peu scrupuleux. Et il y a ceux qui n’oublient pas les animaux à leur funeste sort.

L’insupportable flotte. L’indicible rôde. Au milieu du chaos, un peu d’espoir s’accroche. Plus fort que tout, il repousse la fatalité. Nourrir une lionne devient un acte de résistance contre l’inhumanité. Merci Nathalie et Yves-Marie Clément, d’avoir puisé l’inspiration dans le sauvetage des animaux du zoo d’Alep par l’ONG « Four Paws ». La réalité a précédé la fiction, et la fiction permettra peut-être de ne pas oublier. Pour accompagner le texte, Madeleine Pereira suggère le terrible quotidien par une lorgnette qui ouvre chaque prise de parole de Maya, Hamid et Labiwa. Il lui revient de nous offrir le scénario dessiné de la presque fin, où la poussière des gravats ne saurait être plus forte que le parfum des figues du jardin…

3 commentaires sur « La lionne, le vieil homme et la petite fille »

  1. bravo, chronique émouvante, parfaite, tout est dit. Merci aussi du choix de présenter ce livre illustré de bleu sur un fond jaune forsythia.

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