Les maisons imaginaires

Anne Montel

Little Urban

Vous êtes-vous jamais demandé ce qui se cache dans l’envers du décor d’un arrosoir – d’une boule à facettes – d’un plot de chantier ?

Ou quelle deuxième vie peut animer une large souche – un crâne – une brique de jus de fruits ?

Celle qui nous ouvre les portes des glands suspendus, des godillots oubliés, des réveils à tic-tac et de bien d’autres endroits insolites c’est Anne Montel !

Sous son pinceau poétique, il suffit de soulever des flaps pour que le monde intimiste d’adorables insectes se dévoile. Les poux y sont cinéphiles, les scarabées enflamment le dance-floor et les bogues de châtaigne ou autres coquilles de noix deviennent de sympathiques baignoires !

(pour les plus attentifs, on peut aussi y apercevoir un cousin de Calcifer !)

Les maisons imaginaires se raconte, se regarde, se scrute, se savoure, se rit, se vit. C’est un vrai talent que de concocter avec poésie et humour les tranches de vie de ces petites bêtes. C’est cocooning, charmantissime ou piquant ! Beh oui, il n’y a pas QUE du positif : à l’instar du monde humain, cette micro-société jouit de ces chicanes, déconvenues et infortunes. Attention tout de même, le risque avec ce genre d’ouvrage c’est d’activer l’imagination pour un temps indéterminé et d’inventer des histoires à partir de n’importe quel objet.

Oh, finalement est-ce un problème ?

Mes préférées : les maracas, le gland et le coquillage ! Et vous, quelle sera votre maison favorite ?

Je m’appelle Forêt

Anne Maussion et Alain Simon

Éditions du Pourquoi Pas

Il était une fois « Forêt ». Vieille comme le monde, elle se raconte en battements, respirations, mouvements, rythmes, sonorités et sororité unissant micro-organismes et cimes caressant le ciel, ronchi predatorial , trilles déterminées ou soupir boisé.

Il était à nouveau « Forêt » : foulée au pied, secouée, raillée, négligée, maltraitée, torturée. Esclave des hommes, elle subit la question. A coup de métal, tenailles, canons, appareils rugissants ou substances poisons, l’exploitation jusqu’à épuisement.

Par qui : par une série de pronoms : eux, nous, vous, on…

Je ?

Aïe…

Que serions-nous sans le poumon forestier ?

Que serons-nous quand nous l’aurons anéanti ?

Respirerons-nous les vapeurs des engins ?

Nous sustenterons-nous de terre brûlée ?

Supporterons-nous… le silence ?

Manifeste-ment, le thème érafle, égratigne l’humanité pour au pire sa complicité active, au moins pire son inaction. Ecologiste le cri ? Pas seulement… Humaniste aussi car il était le destin de l’Homme, petit être oxygéno-dépendant. Et qui est-ce qui produit de l’oxygène … ?

Il était tristement « Forêt ». Pour contrer les voix autoritaires et méprisantes des puissants du CAC de la honte s’élèvent les mots d’Anne Maussion et les illustrations d’Alain Simon. Le manifeste relié de fil vert chantonne en apparence. Mais en réalité, le grondement de l’agonie se répand. Pour qui y prête l’oreille voire assume d’entendre les cris de la forêt sacrifiée, peut-être qu’un nouvel unisson sera à inventer.

Tel est le message que je reçois et que je vous envoie et qui commencera, peut-être par « Il était heureusement Forêt »…

Le gardien des contes

Christine Schneider et Hervé Pinel

Saltimbanques éditions

Le gardien des contes nous souhaite la bienvenue dans les pages de nos héros favoris… ou pas. Le temps aurait-il rendu le vieil homme grognon ? Bon gré mal gré, en protecteur scrupuleux des contes classiques, il nous fait bien des recommandations. Malheureusement pour lui, nos prédécesseurs lecteurs ont été peu délicat et voilà-t-y pas que l’on tombe sur des pages griffonnées, griffées et pour couronner le tout, les personnages prennent d’étranges libertés avec leurs histoires.

Si Blanche-Neige revendique d’être la spécialiste des endives au jambon ou que les trois brigands de Tomi Ungerer veulent rendre visite à la mère-grand d’un certain chaperon, franchement où est le problème ?

Les frontières entre les histoires explosent et les personnages se rencontrent, se rebellent, revendiquent leur liberté d’action et de choix. Et l’on rit de ce méli-mélo ! Difficile d’échapper au comique des situations. Si les illustrations ont la teinte de celles d’antan, pour le lecteur commence un jeu de piste mais attention, seulement si vous avez les mains propres (dixit le gardien, très à cheval sur les bonnes manières) !

La promenade dans laquelle nous invitent Christine Scheider et Hervé Pinel a un petit quelque-chose d’irrésistible : outre l’hommage évident aux contes et à leurs auteurs, elle nous révèle que le statut de gardien est dévolu à toutes celles et ceux qui lisent, racontent et transmettent l’amour des contes encore et encore…

Le crâne

Jon Klassen

L’école des loisirs, collection Pastel

Par une nuit d’hiver, une enfant fuit à travers la forêt. On ne sait pas pourquoi et on ne saura pas. Otilla court, chute, pleure, se relève et rejoint une étrange maison là où finit la forêt. L’unique occupant des lieux est un crâne.

Manifestement heureux d’avoir de la visite, le crâne est affable, aimable, bavard. Dans les bras d’Otilla, il commente les différentes parties de la maison et se laisse même aller à manger une poire et boire du thé. Quand le danger guettera le crâne au cœur de la nuit, Otilla veillera à ce que l’importun ne puisse définitivement plus tourmenter son ami !

Ambiance sombre en somme pour une histoire qui pourrait sembler lugubre mais qui révèle une étrange chaleur et un humour bien décalé. L’amitié fait fi des apparences, des limitations, qui se joue de l’impossible et de l’effrayant. Jon Klassen réinvente un conte tyrolien où tout est oxymore : cette drôle d’amitié entre la mort et la vie, la chaleur intérieure contrastant avec le glacial du dehors, le passé muet et un présent loquace.

Pas la peine de se raconter une histoire qui fait peur sous les draps. Le monstre n’est pas sous le lit mais dans l’escalier. A quoi sert un corps sans tête ? On l’ignore et au fond, laissons le passé au passé. L’histoire écrite au présent invite à y rester et se ré-inventer. Le noir domine l’illustration mais c’est bien l’amitié, la grande lumière de ce conte !

Moi j’aime (pas) les livres

Mariajo Ilustrajo

Traduction par Emma Gauthier et Susie Morgenstern

Glénat jeunesse

Le droit de ne pas lire…

Quand on est comme moi tombée dans la marmite des livres dès l’enfance, on a tellement envie que tout le monde ressente le plaisir indicible qu’il y a à ouvrir un ouvrage… à tourner des pages où des (més)aventures attendent des protagonistes divers et variés…

Mais même avec toute cette passion livresque, je me souviens aussi avec une once d’amertume de ces lectures forcées… qui m’auraient presque dégoutée de cette plongée sacrée entre les pages.

Mariajo nous présente une jeune fille RAVIE que le week-end arrive. Finis les devoirs et la pression du réveille-matin ! Sauf que, l’enseignant glisse aux enfants qu’il leur faudra lire UN livre en entier pendant ce fameux week-end. Sauf que notre jeune héroïne n’aime PAS les livres. Que dis-je : elle les déteste, les trouve inintéressants, dépourvus d’intérêt. Problème…

Le droit de ne pas aimer lire…

Néanmoins, avec une grande sœur un peu maline, la jeune lectrice en herbe va accepter bon gré mal gré d’ouvrir un bouquin ; un que sa frangine avait lu et aimé à son âge. Passées quelques minutes de grommèlements de rigueur, la fillette se lance enfin ou plutôt, se fait littéralement aspirée par l’histoire !

Peut-être que pour oser se lancer dans la grande aventure de la lecture, il faut des passeurs, des traits-d ’union ? Quoi de plus chouette que de partager la complicité d’une histoire ? Je suis toujours émue de voir des familles lire et ainsi, montrer aux plus jeunes enfants le plaisir qu’on peut y prendre. Comme on revient à ce qui nous a fait plaisir, une fois la graine de curiosité littéraire semée il n’y a plus qu’à la laisser voguer allègrement !

Big up donc pour l’humour avec lequel Mariajo entraîne cette non-lectrice à se faire surprendre par un livre au point de lire sous la couette !

Je souhaite que les petits détestateurs de livres se fassent cueillir par surprise par les mondes imaginaires

Quoi de plus chouette que de voir un enfant s’autoriser le droit d’aimer lire ?

Et forcément, je ne peux pas m’empêcher de glisser cette petite vignette vaguement provocatrice… J’ignore qui en est l’auteur mais je le salue bien bas (et le remercie beaucoup !).

A bon entendeur/lecteur/lectrice… à bientôt ?

Le chant de l’imzad

Malika Halbaoui et Marc Ingrand

Cipango

Quelque-part, dans ce monde, quelques hommes ont décidé d’interdire aux femmes de chanter.

Quelque-part, dans le monde touareg, il y a une tradition : celle de l’imzad, cet instrument dont seules les femmes jouent. Transmission séculaire, son histoire nous est aujourd’hui transmise par les mots de la conteuse Malika Halbaoui et les illustrations enchanteresses de Marc Ingrand.

Partons dans le désert voulez-vous. Tarzag joue de l’imzad et sa voix chante les secrets du jour et de la nuit dans ces pays chauds parcourus par les nomades. Elle donne son cœur à Baly, l’éleveur de chèvre, de chevaux et de dromadaires. La poésie qui sied dans son regard et ses manières la conquièrent.

De leur union heureuse naît Hassen. La colère et l’amertume semblent alimenter cet enfant davantage que les notes de musique de sa mère. Alors que la musique de Tarzag s’étiole, la force combative d’Hassen se renforce. Sa cruauté aussi à mesure qu’il constate le déclin de fierté dans le regard de sa mère. Amer, le jeune homme part en quête de la joie. Il l’a vue jadis animer sa mère. Il en veut sa part. Mais grande est la désillusion quand le marabout lui fait comprendre qu’aucun pillage ni exigence ne lui amènera cette étincelle. Le chemin jusqu’à la joie, il devra le trouver à l’intérieur de lui, seul.

Dans ce conte, la voix des femmes tient un rôle prépondérant. Elle transmet, donne de l’amour, chante les petits bonheurs de chaque jour. Elle élève, sème des graines de confiance mais aussi, et là est la subtilité, de doute. Quand une voix de femme se tait, c’est tout le système qui vacille. Quand Hassen constate le mutisme de Tarzag, il se prend à envisager un autre chemin. Mais comme dans tout parcours initiatique, il lui faudra expérimenter l’erreur en profondeur avant d’accéder à un autre chemin intérieur.

Aux oreilles attentives, le conte offre une palette sonore rare. Les silences en disent aussi long que les chants. Au cœur du désert, dans la société Touareg, les hommes écoutent les femmes, lesquelles tiennent une place qu’elles n’ont pas à défendre. Comment ne pas sentir poindre quelque onde de colère et de tristesse devant le musèlement assumé des femmes ? Quelque-part dans ce monde, la force brutale l’emporte sur la poésie, sur la musique du fond des mémoires. Alors il reste la transmission des contes pour prendre le relai. La beauté de l’ouvrage où mots et illustrations vibrent d’un même élan transcende la cruauté pour laisser poindre paix et espoir de prospérité. C’est pour moi, un magistral et émouvant coup de cœur…

Puissions-nous tous et toutes être reliés au-delà des frontières pour chanter la voix de celles (et sûrement ceux) qu’y n’en ont plus le droit…

J’aime pas !

Katerine Gorelik

Saltimbanque éditions

Qu’est-ce qu’on peut faire quand on est une maman Ours devant son petit ourson déterminé à détester, refuser, rejeter, être dégoûté, se détourner de TOUT ce qu’elle lui propose à manger ?

JOUER bien sûr !

Ourson se prend au jeu et s’en trop s’en rendre compte, il devient un oiseau gourmand de porridge, une chèvre raffolant des brocolis, un écureuil accro aux noisettes….

Évidemment, les plus petits découvriront le subterfuge grâce à un chouette système de rabats. Rien de tel pour ménager la saveur de cet album cartonné, parfait pour être lu et relu et peut-être même, dévoré !


Parce qu’on le sait : forcer ne sert à rien.


Punir encore moins.


Jouer c’est trop bien d’autant plus que l’imagination des petits est ici invitée à prendre la main sur un épisode multi-quotidien qui s’avère souvent très anxiogène (parole d’orthophoniste qui reçoit des familles désespérées autour des refus de manger des tours petits choupinou.nettes).

Dédramatisons, jouons et ayons toujours un peu de miel sous la main pour conclure cette affaire gourmande et humoristique à souhait !

En espérant qu’il vous plaira autant qu’à moi !

Quelle est la couleur du ciel aujourd’hui

Marilou Rytz

Les Éditions du Pourquoi Pas

La saveur de la vie se niche dans l’infiniment petit de notre sensorialité.

Ce plat délicieux l’est-il grâce à l’équilibre subtil entre les textures, l’assaisonnement, et son apparence ?

  • Ou grâce à celles ou ceux avec qui on le partage ?

Cette musique est-elle touchante de par la perfection des accords, l’équilibre entre ligne mélodique et rythmique, ou peut-être l’émotion de la voix ?

  • Ou bien cela dépend-il de l’endroit, de l’heure, des gens avec lesquels on partage (ou pas) une écoute complice ?

Ce ciel toujours le même, jamais le même : son inconstance est-elle rassurante ou terrifiante ?

Le questionnement jour après jour est un rituel quasi obsessionnel : quelle sera la couleur du ciel ce matin, ce soir, demain…

Le ciel sera-t-il clément, tendrement caressant ?

Le ciel sera-t-il en vigilance orange, rouge, frappante ? C’est que c’est douloureux un orage qui frappe. D’abord ça serre les bras ou les poignets, puis ça secoue et quand enfin ça s’arrête, ça laisse des traces. Des traces que l’on dissimule habilement sous des manches un peu longues même quand il fait chaud. Ces traces que l’on justifie ou excuse au nom d’une trop grande étourderie ou pugnacité au travail. Ces traces qui apparaissent quand le huis clos est en place, quand la porte de l’appartement est refermée. A clé.

Marilou Rytz crée une brèche, perce un trou dans le mur d’un tabou : la violence conjugale commise par une conjointe. C’est dans l’infiniment petit d’un E placé à la fin d’un adjectif lui-même placé stratégiquement à la presque fin du texte que le pot aux roses se dévoile. Et c’est bien.

Parce que la violence ne connaît pas les frontières de genre, d’âge, de couleur de peau, de niveau social. Elle est partout, infâme bâillon, et encore plus là où l’on pense mordicus qu’elle n’y est pas. Parce que la violence n’a pas de sexe mais elle affichera coupable sur n’importe quelle main se levant pour pleuvoir sur un.e conjoint.e.

Alors je me répète (j’aime bien me répéter, ressasser, radoter) mais c’est bien de l’écrire, de le lire, de transmettre. C’est bien car dans la simplicité de ce mot, « bien », je place toute ma reconnaissance, mes espoirs, mes révoltes, mes colères, mon désarroi, ma solitude, mes peurs, mes contemplations de cette voûte céleste que j’aime autant dans sa sérénité que dans ses tourments à condition qu’elle ne gangrène pas le fond des yeux d’une personne proche et aimée.

Marilou Rytz et les EDPP : merci BIEN !

Le secret des bonbons pamplemousse

Camille Monceaux et Virginie Blancher

Éditions Robert Laffont, collection Inari

Que dire de cet ouvrage ?

  • Que sa lecture a été alternativement acidulée, amère, suave, abrupte, émouvante, réconfortante comme un thé pendant l’orage… ?
  • Que le format roman graphique abrite un récit choral familial subtilement complexe… ?
  • Qu’il donne une place magnifique aux femmes ?

J’ai succombé au titre qui abrite trois mots magiques : secret, bonbons et pamplemousse. Cependant, il s’agit de mettre le mot « secret » au pluriel.

Des secrets : chaque protagoniste en a. Certains ont une saveur dramatique. Dans un Japon rural, il y peu voire pas d’épanchement émotionnel. Souffrances et frustrations sont tues, ravalées, dissimulées. Chacune des trois générations abritent les siens, dont les échos retentissent discrètement.

Ce qui rassemble indéniablement cette famille, c’est la confiserie de Chikako et Yasuo. Dans une ambiance aux tons pastel, les non-dits, les tabous, la violence d’un mari, le rejet de parents, une fausse-couche, un adultère et du harcèlement ricochent sur les murs. Chacun s’interroge en son for intérieur, n’osant aborder frontalement les sujets. Soit. Pour adoucir l’ambiance, les couleurs de Virginie Blancher saupoudrent comme un baume sucré sur les douleurs.

Il y a des deuils impossibles à faire :

  • celui d’une vie dans laquelle on s’est perdu
  • celui d’un amour éteint
  • celui d’une grossesse non souhaité
  • celui d’un mariage raté
  • celui d’un adultère ayant donné un fruit…

Témoin muet mais bienveillant, Camille Monceaux offre un espace à Shiro, le chat gourmand des lieux. « Si les chats pouvaient parler… » mais peut-être est-ce mieux qu’ils gardent pour eux toutes les larmes épongées dans leur fourrure… A travers son regard perçant, les drames silencieux et les petites joies s’imbriquent. La famille prend corps dans ce qu’elle a de beau et de terrible. Des questions se posent en filigrane :

  • Peut-on mal aimer ?
  • Est-ce que ça se répare, une relation mère-fille ébréchée ?
  • Comment ouvrir les bras aux cœurs brisés ?
  • Comment consoler le chagrin d’un enfant qui fait semblant de sourire ?
  • Faire son deuil sans rompre le lien, est-ce possible ?
  • Peut-on se pardonner à soi-même ?

Entre pudeur et poésie, confidence et résilience, il y a quelque-chose de si doux dans Le Secret des bonbons pamplemousse que je ne peux que vous souhaiter de rentrer dans la confiserie Itô Konpeito. Vous y mangerez peut-être quelques douceurs, à moins que vous ne préfèreriez boire un thé fumant dans le jardin, à la nuit tombée…

Kate Moche

Antoine Dole et Magali Le Huche

Actes Sud Junior

Ça commence par une histoire de harcèlement (vous savez, ces attaques petites, répétitives et blessantes), ce fléau de la cour de récréation (LE truc qui fait surflipper tout le monde actuellement).

Kate serait « moche », dixit quelques enfants de sa classe et c’est une raison suffisante :

  • Être moquée régulièrement
  • Traitée de pas maligne
  • Et être exclue et donc, être seule pendant la récré

Mais Kate a plus d’un tour dans son sac !

  • Primo : elle s’en moque comme d’une guigne de leurs avis
  • Secundo : elle sait bien, elle-même, de quoi elle est capable
  • Tertio : elle les laisse parler et ça, c’est hyper fort !

Quoi ???  Elle ne va pas dénoncer les insultes auprès d’un adulte – se défendre – contre-attaquer plus fort en les traitant de Gypsi-Nazes – les ignorer – leur dire d’arrêter – pleurer dans les bras de ses parents – faire la tête dans un coin – leur mettre du chewing-gum sur leurs chaises… etc

Elle a bien compris, Kate la trop forte, que personne ne peut la faire douter de ses fabuleuses capacités. Sa valeur : elle la connaît. Kate est une astronaute-ninja-exploratrice-cascadeuse-peintre-grande sœur…et la liste est encore longue !

Elle a bien compris, Kate la warrior qu’il n’y a qu’elle qui puisse agir dans ses relations avec les autres. Et qu’est-ce qui se passe quand on ne nourrit plus le moulin à humiliations ? Roulement de tambour….. il s’arrête. Et oui, c’est aussi simple que ça. Bravo Kate Moche !

Alors, mille excuses par avance, mais il est peut-être largement temps d’expliquer aux enfants que :

  • peut-être, un jour, quelqu’un les trouvera « moche » (ou têtard, binoclard, blafard, cafard, bâtard, crevard…).
  • le monde relationnel n’est pas toujours tout beau-gentil-gnagnagna-bienveillant ET que ce n’est pas une raison pour se laisser entraîner vers le mauvais miroir.
    • Alert spoiler : le seul miroir qui a de la valeur, c’est le nôtre. CQFD !

Bravo (et merci merci merci) Antoine Dole pour ce petit mode d’emploi relationnel, à la logique incontestable. Associé aux illustrations futées de Magali Le Huche, je déclare cet album d’utilité publique (rien que ça. Et ouais !)

M’est d’avis que bien des grandes personnes auraient besoin de rencontrer Kate Moche. Il me rend étrangement revendicatrice cet ouvrage. Est-ce que c’est parce que dans mon autre vie (la vraie), le désamorçage des situations de harcèlement est une partie de mon pain quotidien ? P-t’être ben qu’oui ! Alors il est temps de croire en soi qu’on soit mannequin (ou pas), avec des tâches de rousseur (ou pas), affublé d’un rire bizarre (ou pas), avec des grandes dents (ou pas), avec une cicatrice sur le front (ou pas), avec du poil au menton (ou pas), qu’on aime les garçons (ou pas), qu’on aime les petits chats (ou pas)… turlututu pimpon : ou pas !