Screute cherche Scroute

Swann Meralli et Pizar

Albin Michel jeunesse

Screute mon cher Screute ne vois-tu rien venir ???

Défi articulatoire en perspective : j’espère que vous n’avez aucun problème pour enchaîner les syllabes bi voire tri-consonantiques car le texte sonne, craque, virevolte et croustille sous la langue : un vrai délice !

Sous la forme d’un conte randonnée, l’histoire nous conduit dans la forêt des Krouktes où Screute le Gröte cherche son Scroute. Car Scroute est parti : il a quitté le jardin et cela n’était JAMAIS arrivé. Alors Screute le Gröte a de quoi être inquiet.  Ce grand gaillard de viking aux augustes moustaches rousses et aux biscottos saillants se met en route et sur celle-ci, il croise d’abord Marion le grand coiffeur de lions. Ce dernier affirme avoir vu le Scroute de Screute. Sur le dos de ce bellâtre de lion qui le vaut bien, les voilà partis chercher le Scroute mais pas de chance, Marion conduit Screute près d’une route…Oups…Raté !

Sur un tracteur pétaradant Screute rencontre ensuite Bigueuleu, qui beugle qu’il a vu le Scroute…

Encore raté. Confondre un Scroute avec une crotte, on n’a pas idée ! Screute commence à s’échauffer car avec tout ça, son Scroute reste introuvable. Et ce n’est pas grâce à Beutchkassido que le schmilblick va avancer. Quoi que, avec un scoot on avance toujours plus vite qu’à pied.

Screute finira par trouver l’amour (qu’il ne cherchait pas !) et ENFIN, ENFIN il retrouvera son Scroute. Mais au fait, c’est quoi un Scroute ? (je vous préviens, rien à voir avec le scroutt à pétard d’Hagrid à Poudlard).

Alors franchement, quelle rigolade cet album. Vous commencerez par quoi ? Par les jeux de mots rigolos – par les confusions à foison – par les clins d’œil saupoudrés par l’illustrateur au fil de l’histoire ? Gare au rire, il est quasiment impossible d’y résister. Tranche d’humour en barre, avec Swann Meralli, l’archiduchesse et ses chaussettes ont du souci à se faire. Tonton qui tousse ira soigner sa toux avec le chasseur sans son chien car en terme de virelangue, c’est du haut vol. Pour moi qui suis orthophoniste, j’ai essuyé quelques plâtres notamment avec le nom de la paléontologue qui est particulièrement terrible à prononcer !

La richesse absolue de cette histoire, c’est ce texte truffé d’allitérations alors : à vos cordes vocales et points d’articulation : échauffement, une deux une deux une deux, on étire les zygomatiques, on détend les masséters, on mâchouille éventuellement un ou deux chewing-gums, on chauffe le larynx pour attraper un accent de Wisigoth (ou un autre si cet accent ne vous inspire pas…). Le premier qui se trompe aura un gage !

Côté illustrations, j’adore le côté international dans lequel nous promène Pizar. Elle est sacrément grande cette forêt des Krouktes : gare aux cactus juste avant d’arriver à la grotte de Lescroute (toute ressemblance avec une grotte existante serait fortuite je suppose…) ! Côté couleurs ça claque, c’est gai, c’est sonnant, détonnant et ça accompagne superbement le caractère farfelu des interlocuteurs de Screute.

Ouvrir Screute cherche Scroute, c’est partir pour une randonnée contée dans laquelle il faut être bien chaussé et en avant les surprises et les rires. Vous l’aurez compris, j’ai complètement craqué pour cet album addictif, joyeusement foldingue et désopilant à gogo.

Hey Scroute, si l’envie te prenait de prendre à nouveau la poudre d’escampette, n’oublie surtout pas de me prévenir !

A quoi ça sert?

Sandrine Frigout et Fanny Fage

Le Grand Jardin

Parce qu’on a tous nos jours avec et nos jours sans…

Parce que parfois ça peut ne pas aller et il n’y a pas de raison particulière…

Parce que c’est normal qu’un jour l’enfant cherche à se rebiffer contre les règles des adultes…

Lily s’est levée du mauvais pied.

Elle traîne, rêvasse, ronchonne, bougonne, questionne :

Tout y passe : le pourquoi du comment il faut se laver, ranger sa chambre, faire la sieste…tout ce qui compose le quotidien d’un enfant.

Les réponses se veulent sensibles, magiques : parfait pour désamorcer les bouderies de l’enfant. Chacun y va de son petit argument : du chat aux moutons en passant par l’araignée du placard. Les perspectives sont amusantes, charmantes, inspirantes : qu’est-ce que j’aimerais moi aussi m’envoler jusqu’aux nuages quand je sors en promenade !

« A quoi ça sert ? » présente une Lily universelle : qui pourrait affirmer ne pas avoir un jour été dans cet état d’esprit ? Pour s’évader de ce réel très concret, les réponses prennent de la hauteur, tout devient perspective à imagination : le nuage à idées grises est tenu en laisse, les gâteaux ont des petites jambes et des fleurs poussent sur les pages du carnet à dessin. Fanny Fage nous promène dans des illustrations emplies de douceur qui font merveilleusement écho aux mots de Sandrine Frigout.

Personne ne cherche à fournir une réponse cartésienne. A aucun moment la mauvaise humeur de la fillette ne sera réprimandée. D’ailleurs à quoi cela servirait-il, si ce n’est à faire flamber l’opposition ? Le négativisme exprimé ne trouvera sur son chemin des explications poétiquement bienveillantes.

Le mot de la fin reviendra à Lily, quand après toutes les réponses qu’ils lui ont données, ses amis la questionnent à leur tour sur une question d’importance : « A quoi ça sert une histoire ? »

Je vous laisse songer à votre propre réponse. De mon côté je vais réfléchir à des réponses poétiques sur le pourquoi des petits tracas de la vie !

  • (à quoi ça sert de se laver les mains ? C’est pour avoir toujours de la place pour dessiner dessus, j’en suis sûre !)
  • (Pourquoi une question sur le lavage de mains…je me le demande bien ! )

Le conte de Sidi

Annick Combier et Bénédicte Nemo

Éditions Cépages

Sidi n’a pas appris à lire.

Sidi rêve de lire….

Sidi quitte un jour son village au cœur de la Mauritanie. Il y laisse Fatou la griotte, sa grand-mère. Il espère en la ville la promesse d’un avenir différent. Nouakchott la capitale du pays se révèle débordante, bruyante, impressionnante. A peine descendu du taxi, le destin place un jeune garçon en fauteuil roulant sur son chemin : Sidaty. Compagnon providentiel, avec lui Sidi découvre la ville, trouve des petits boulots et du réconfort quand le doute l’étreint.

La vie se déroule au rythme de rencontres. Sidaty lui présente Jean-Jacques et sa famille. Dans leur fraîche spontanéité, Myriam et Olivier les enfants questionnent Sidi sur sa vie. Sidi raconte son village, Fatou sa grand-mère et les contes dont il a été bercé. Avides d’histoires, les enfants attendent que Sidi raconte…et Sidi raconte !

Visite après visite, profitant de la bienveillance de la famille toubab, Sidi raconte comme sa grand-mère le faisait au village. Les récits de tradition orale animent la curiosité et l’imagination des enfants. Un jour la petite Myriam tend un livre à Sidi. Elle voudrait qu’il lui lise une histoire. Sidi, embarrassé, tente une pirouette en encourageant la fillette à lire elle-même. La ruse ne prend pas et Sidi – qui ne sait pas lire – donne le change en inventant un récit à partir des images.

Parfois on oublie que sur notre planète, tous les enfants n’ont pas accès à l’apprentissage de la lecture.

Parfois j’oublie que je suis née dans un pays qui m’a offert cela.

Parfois j’oublie que le bonheur que je trouve dans la lecture n’est pas accessible à tous.

Parfois j’oublie que certains auraient terriblement envie d’apprendre à lire et qu’ils ne le pourront peut-être pas…

Si le soulagement envahit Sidi à la fin du livre, il est de courte durée. Le garçon cogite, gamberge. Sa grand-mère serait de bon conseil. Sidi reprend le taxi-brousse. Quand il arrive, la joie les étreint Fatou et lui. Au village le temps semble suspendu. Au cœur de ses racines, Sidi vient chercher les encouragements qui lui manquaient : Fatou approuve et plus encore l’envie d’apprendre à lire de son petit-fils. L’importance de la filiation est souligné sans qu’il rime avec limite, bien au contraire ! Rassuré et gonflé à bloc, Sidi repart vers la ville. En chemin un songe le prend, un message lui est délivré : on peut apprendre sans oublier d’où on vient.

Quelle merveilleuse illustration !!!

Choisir sa vie n’implique pas forcément de renoncer. Un monde s’ouvre à Sidi, cependant il est riche de tout ce qu’il sait déjà. La tradition orale ne démérite pas devant l’écrit. Les griots et griottes sont les gardiens des mémoires et des passeurs, traits d’union entre passé et présent. Ce seront toujours les mots qui feront vivre les histoires.

De retour à la capitale, Sidi rassemble son courage et demande de l’aide à Jean-Jacques. Toute la famille s’implique, l’épaule, le rassure. En quelques mois, la soif de lire s’étanche avec tous les ouvrages que le garçon ouvre. Vient ce soir au village où Sidi le griot raconte, sous les yeux admiratifs de ses amis et de Fatou. Le feu brille dans la nuit et tous n’ont d’oreilles que pour lui. Si pour le lecteur le livre s’achève, pour Sidi, l’histoire continue…et j’espère qu’il a pu réaliser tous ses autres rêves.

Je prends une leçon d’humilité avec Annick Combier, qui nous transmet par l’écrit cette tranche de vie. Cet album c’est un billet pour plusieurs « ailleurs ». Le voyage en Mauritanie est sensoriel, auditif et linguistique : quel dépaysement !

Côté illustrations, Bénédicte Némo nous embarque complétement dans les différentes strates de cette histoire à tiroirs. Nous voyageons à travers la Mauritanie, de jour ou de nuit, nous plongeons dans les images nées des contes : représentations réelles et imaginaires s’alternent dans une palette de couleurs éclatantes.

Je mesure ma chance. La gratitude pointe pour tous les merveilleux magiciens des mots qui ont donné naissance aux histoires qui me passionnent, me transportent, m’émeuvent ou me font rire !

Le petit plus du conte de Sidi est que cette histoire est vraie !

Si tu avances

Cathy Ytak

Nathan

Lecture du dimanche matin, en bonne compagnie ronronnante.

Il me faut bien ça pour accompagner le flot d’émotions que je traverse quasiment à chaque fois que je lis Cathy Ytak.

Cette lecture n’a pas fait exception.

Qui se rappelle de ses premiers émois amoureux, ces premiers fantasmes que l’on dissimule avec une grande habileté aux yeux du monde quand on a à peine confiance en soi ?

Qui a ressenti les tourments de l’adolescence version « qui suis-je ? »

Katja est en plein dedans.

Récit au présent, on la suit dans les préparatifs de son départ sur un chantier d’été. Pour suivre Quentin, le beau Quentin, fils du patron de son père et objet de tous ses fantasmes, elle est prête à tout, même à passer trois semaines dans le sud de la France à apprendre comment reconstruire des murets en pierre sèche. Évidemment vous voyez venir le truc, et je vais l’écrire cash : Quentin s’en tamponne de Katja. Et le mec un tantinet imbu de lui-même, loin de la repousser subtilement, en profite pour la raplatir, la juger sur son physique, la mettre plus bas que terre…

Quentin 1, Katja moins 40.

Hum, ça me rappelle moi qui partait en colonie « sportive » alors que je ne l’étais pas…

Le problème quand on se berce d’illusions, c’est que le réveil fait mal, très mal. Trop mal. Voilà Katja en mode cerveau limbique sur-activé. Elle court droit devant dans la montagne pour en finir, arrêter la douleur, sauter dans le vide, accélérer et…c’est raté ! Dans la caillasse de cette pente qu’elle pensait être un ravin, elle tombe et la douleur ressentie lui fait reprendre contact avec son corps. Sa conscience se remet en marche. La réalité la frappe : après le choc émotionnel, la souffrance de son corps. Puis les flots d’adrénaline qui se déversent pour « remonter la pente ». Au sens propre cela lui prendra quelques minutes d’acharnement, à ancrer ses pieds dans la terre, à agripper buissons et rochers.

Après la fuite, la lutte…pour vivre !

Les jours passent. Au sens figuré, Katja peine à « remonter la pente ». Pour anesthésier les pensées qui s’entrechoquent dans sa tête, elle s’abandonne au travail, aux seaux à porter, aux murets à reconstruire. Un traumatisme est là : le choc a posteriori de son geste fou et désespéré. Katja reconsidère sa vie avec un nouveau regard. Elle identifie ses illusions, se prend en pleine tronche la conscience de ce masque qu’elle a fabriqué pour se couler dans ce foutu moule sociétal. Dévalorisation, descente lente aux enfers du dénigrement. Il n’est pire ennemi que soi-même…Pourtant, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Progressivement Katja trouve une place dans cette équipe, elle se rencontre elle-même, se découvre capable, valable. On lui tend la main. Amiel trouve la faille et les mots qui permettront aux larmes de purger ce chagrin, ce sable mouvant dans lequel elle s’enfonçait lentement. Katja découvre qu’elle n’est pas seule, que des amitiés sont nées, simplement, sûrement, sans faux semblants.

A courir après un mirage, on risque de ne trouver que du sable. Voilà la douloureuse expérience de cette adolescente en quête d’elle-même. Le hic c’est de chercher dans le regard des autres cette valeur qu’on n’ose pas se donner. Quentin catalysait bien des espoirs. Il était cette échappée du réel à laquelle Katja s’accrochait pour ne pas regarder de manière trop frontale sa vie dissociée depuis le divorce parental et les conflits livrés avec. Il était beau ce film qu’elle avait fabriqué sans douter de lui. La chute est à la mesure de la hauteur des illusions. Le désespoir progresse comme une bombe atomique, détruisant tout. Quand la machine émotionnelle s’emballe, il n’est plus question de raisonner. Dissociation, fuite et mauvaise décision. Ils sont légion les ados qui se suicident pour cause de chagrin d’amour ou mal de vivre. Le paysage est obscurci au point de ne plus laisser entrevoir la moindre étincelle de lumière.

Écriture incisive, le crescendo dramatique déferle et Cathy Ytak de jouer avec les niveaux de tension. Le paroxysme est-il atteint dans la chute ? Katja ne semble pas tirée d’affaire…Après le geste fou, la sournoiserie est tapie dans l’esprit. A quel bouleversement pourrait-elle se heurter encore ?

Les balanciers émotionnels sont traîtres.  Ils prennent le pas sur la raison, laquelle accuse sévèrement le coup quand enfin elle se remet en branle. Si les mots tuent, ils peuvent aussi guérir (gai rire…tien tien…le fou rire du retour à la vie…douloureux et vital…intéressant n’est-ce pas ? ). En se confiant, en parlant, on fait sortir, on met à distance. On ne défendra jamais assez, je pense, le pouvoir des mots et de l’écoute bienveillante.

Dans ce roman se côtoient la mort et la vie : l’une qui détruit, l’autre qui appelle à être construite. A l’instar des murets que l’on redresse avec les pierres qui sont à disposition, on peut donner à sa vie l’orientation que l’on souhaite. Dans ce roman, je perçois une incitation forte à choisir, à prendre en main, à bâtir, à reconstruire si besoin…

Y a plus qu’à !

Merci Cathy, pour écrire ce qui bouscule avec cette percutante sensibilité.  

Avancer, oui, continuer. Vivre c’est chuter, morfler, rire, pleurer, se laisser surprendre. « Si tu avances »…trois mots pour tant de possibles à la suite.

Ça tombe bien, en ce moment j’ai des travaux qui m’attendent et d’autres articles qui mijotent…

Ugo, tu rêves?

Pierre Coran et Nathalie Paulhiac

A pas de loups

Hommage aux rêveurs, ode à l’imagination !

Ouvrons le livre, et suivons Ugo au fil d’une journée incroyable.

Ugo c’est l’enfant magicien. Il fait de l’ordinaire du quotidien une création sans fin. A peine levé il devient oiseau, il s’envole jusqu’au lavabo-lac. Devenu caméléon, il rejoint la gare du petit déjeuner mais il faut se dépêcher, le bus – pardon le bateau- pour l’école va passer.  C’est ainsi à l’école, à la cantine, à la bibliothèque, dans la cour de récréation.

Autour d’Ugo, les adultes s’étonnent, veillent, surveillent, et souvent le questionnent en rhétorique « Ugo, tu rêves ? ».  Sans être rabats-joies, ils accueillent cette imagination. Leur accompagnement bienveillant se veut recentrant quand par moment, l’enfant part un peu loin et risque de rater le bus, ou qu’il répand de la soupe plein la table…

Pour Ugo, le plus important est que ce monde de possibles qu’il invente, il espère en la naissance prochaine de sa petite sœur pour l’enrichir. A deux, on va plus loin…donc il faut qu’il le creuse et l’achève ce tunnel sous la mer ! Et sous le regard bienveillant de Maman Ballon et Papa Nombril, il se remet au travail.

Parce que peut-être, parfois, la vie rime un peu beaucoup avec train-train quotidien, c’est réconfortant de songer que ça peut être facile de la transformer. Pierre Coran nous montre combien c’est simple, si simple que c’est étonnant, déroutant et tellement amusant !

Catalyseur de confiance en soi, l’imagination est une formidable clé de vie. On constate bien qu’Ugo n’est entravé d’aucune limite ou injonction personnelle. Point de censure mais des autorisations, et même une suggestion des plus importantes que lui murmure une fée : « Continue de rêver !».

Passerelle merveilleuse des histoires…

Cet album en grand format abrite un passeport incroyable : celui de rêver, de créer, d’enchanter le quotidien. L’ordinaire devient extraordinaire, le bus est un marsouin qui ronfle, le savon est sous-marin, le ballon sera la Lune et l’enfant un kangourou qui aspire à la décrocher…de son panier. Les illustrations de Nathalie Paulhiac se prêtent à merveille à l’exploration de cette journée qui tresse un pont entre réel et imagination. La richesse graphique qui se niche dans cet album est un rallumeur d’étoiles dans les yeux.

Et puis tien, ça me donne envie de voir si je sais encore faire des bateaux en papier !

A partager en famille de 4 à 104 ans !

ATCHOUB !

Matthieu Maudet

L’école des loisirs

Avant d’ouvrir ce livre, je vous conseille un masque et un bon lavage de mains !

Si vous êtes hypocondriaque, passez votre tour…

Martin se réveille très très enrhumé !

Un liquide jaune très suspect sort de son nez…

Rien n’y fait : se moucher à fond, enfiler un doigt dans une narine…Son nez reste bouché !

C’était vraiment pas une bonne idée d’avoir joué sous la pluie hier…sa maman l’avait pourtant mis en garde. Et les mamans, ça a toujours raison. Martin acquiesce. Mais dehors il neige et les copains sont en train de fabriquer un bonhomme de neige. Martin va-t-il être raisonnable et rester bien au chaud ? Rien n’est moins sûr…

Nul doute que les petits trouveront extrêmement sympathique ce petit bonhomme avec son nez à triple narines et sa queue poilue. La fatigue du rhume ne tiendra pas longtemps devant l’appel de la neige et des camarades. Être sage…rester au chaud :  Martin verra plus tard ! Quant aux microbes, c’est tellement drôle de les partager avec les autres… Si vous cherchiez comment expliquer la contagiosité aux enfants, vous avez ici de quoi le faire !

Avec des dialogues courts, un décor ancré dans le quotidien avec simplicité et un petit format aux couleurs vives, cet album de Matthieu Maudet parlera à tous. Cette histoire est dégoûteusement délicieuse à raconter ! La richesse de ce texte se savoure à haute voix, pour peu qu’on soit à l’aise avec un nasonnement carabiné. Succès garanti avec les enfants de maternelle, et même avec les plus grands. Quant aux parents, pour ce que j’ai pu constater, ils oscillent entre consternation et fou rire !

Moralité : les parents ont toujours raison quand ils insistent sur la nécessité de s’habiller chaudement (même si ce n’est qu’après coup que les enfants sont en mesure d’apprécier la justesse du conseil).

Et si on s’interrogeait sur la capacité des enfants à récupérer rapidement de l’énergie, le doute n’est plus permis !

A partager en famille à partir de 2 ans et demi !

Et pour ce qui concerne l’actualité très « rhumo-phobique », l’auteur s’est permis une dédicace…de circonstance :

Eddie et les lettres vagabondes

Hélène Gloria et Manuela Dupont

La Marmite à Mots

Le duo merveilleux Hélène Gloria et Manuela Dupont a encore fait des siennes…Il m’avait déjà conquise avec La récup’ des rêves oubliés (mon billet est à retrouver par ici https://clarasurlalune.com/2020/02/25/la-recup-des-reves-oublies/ ) : REBELOTTE ! Sous l’égide de la Marmite à Mots, Eddie et les lettres vagabondes est arrivé jusqu’à moi.

Vous êtes-vous déjà demandé quel était le devenir des boîtes aux lettres abandonnées ? Le film va commencer. Êtes-vous bien installé ? Moteur, Action ! La baraque abandonnée, des tumbleweeds qui hantent les lieux : le décor n’est pas franchement engageant. C’est ici qu’on fait connaissance avec une boîte aux lettres nommée Eddie.

Eddie a vécu plusieurs vies dont on peut dire qu’elles ont laissé des traces, n’en déplaisent aux autocollants accumulés sur la carcasse de métal.

Eddie a vécu à travers les autres, pour les autres. Jour après jour elle a accompli consciencieusement sa mission de réceptacle de courrier. Après une longue période d’ennui depuis que les derniers locataires sont partis, vient l’instant où tombent ses vis.  C’est un signe : ne serait-il pas temps de découvrir de nouveaux horizons ?

Dans l’absolu Eddie n’a rien programmé, rien prévu, rien rêvé, rien anticipé. Est-ce le destin qui a poussé Eddie sur les chemins, dans les rues de la ville, sur le muret du zoo ? Qui sait…En tout cas, Eddie a attrapé la perche qui ne lui était pas tendue. Et hop hop, un bon grain de folie et la voilà « on the road ». Le voyage ne fait que commencer. Let’s go à travers les USA. Eddie chemine jusqu’à la gare, monte dans un train en Arizona, descend en Floride, change la vie d’un homme (ou deux si on compte le vieux grincheux !).  

Il y a tant de courriers égarés : il faut quelqu’un pour les mener à bon port ! Et déjà elle repart. Prochaine destination : coton ou bord de mer ?

C’est que c’est grand les États-Unis !

L’auteure a choisi de personnifier un objet du quotidien auquel on ne prête guère attention. (Enfin, c’est mon cas la plupart du temps – sauf quand des mésanges décident d’y établir leur nid mais là c’est une autre histoire). Un objet ordinaire, dont l’ironique immobilité contraste avec le fait qu’il est exposé en permanence aux quatre vents et qu’il reçoit du courrier de partout. Sacrée mission en réalité. Sans boîte aux lettres on n’en mènerait pas large, car le zéro papier c’est pas pour demain (et c’est encore un autre débat).  Cet album abrite l’histoire d’un objet simple, figé, qui fait un pied de nez à l’immobilité.  En filigrane n’y aurait-il pas plusieurs messages, comme « il n’est jamais trop tard » ou bien « rien n’est impossible » ?

L’histoire d’Eddie c’est la mise en mouvement née du néant, c’est faire bouger ce qui aurait dû rester statique, c’est donner un sens nouveau à la vie. Je suis pétrifiée, fascinée par le courage qui se dégage de cette boîte de ferraille d’apparence toute pourrie et pourtant si jolie. Cette vieille boîte est (à mon humble ressenti) une incroyable métaphore du troisième âge…ou d’une vie qui aurait été malmenée, déroutée pour diverses raisons…(accident de vie, mal’à’dit, ou autres ennuis).

Eddie vagabonde et nous on en prend plein les mirettes grâce aux illustrations de Manuela Dupont. Dans le fond, on apercevra des cartes routières. Les couleurs sont vives, contrastées comme un souffle de liberté. Tantôt on voit le monde de près, tantôt on voit les choses d’en haut. La route est longue, où cela mènera-t-il ? Quelle sera la surprise derrière ces doubles-pages ?

Hélène Gloria a tout prévu, car l’itin’errance n’a qu’un temps. Eddie aura une dernière mission : au bout du chemin, il y a une maison en rondins et bientôt, une nouvelle famille. De spectatrice Eddie est devenu actrice et premier rôle de sa vie. L’heure de faire tomber le rideau n’a pas encore sonné…

Et vous : quelle sera votre destin’action ?

Il a neigé ce matin

Steffie Brocoli

Mango jeunesse

C’est une promenade, une invitation, c’est une bouffée d’air…froid !

Le leporello se déplie : des empreintes jalonnent le sol immaculé. A qui appartiennent-elles ? Pour le savoir, soulevons la feuille délicate, le buisson touffu ou le tronc massif…Chut, les animaux prennent un peu de repos.

L’on suit les empreintes gaufrées dans le papier. Les hypothèses vont bon train pour en déterminer l’auteur : serait-ce une pie – une aigrette – une poulette ? Ces traces-ci sont celles d’un plantigrade, assurément !

Point de mots dans cet accordéon. Pourtant si on tend l’oreille, on perçoit dans le silence des matins d’hiver toute la discrète vie de la faune. Steffie Brocoli nous donne à observer, à toucher, et le lecteur de se prendre au jeu, piqué de curiosité. Le livre s’anime au gré des flaps, qui se soulevant nous dévoilent un peu du repos des animaux. L’instant de découverte est propice aux échanges, les mots viennent spontanément au lecteur-spectateur.

 Sensoriel, l’objet se fait essentiel. On peut choisir de le découvrir progressivement ou de le déplier entièrement. Les doigts explorent, prennent plaisir à jouer avec les contours et même, ils s’attardent sur les subtils reliefs des buissons. Si le blanc éblouissant feutre l’ambiance, les animaux endormis se parent de couleurs éclatantes !

C’est l’occasion d’expliquer aux plus jeunes le déroulé de la saison hivernale pour les animaux de nos campagnes. Le jeu de piste est lancé ! Merci Steffie Brocoli, pour cette invitation à garder les yeux ouverts et curieux même au cœur de l’hiver. Vivement les promenades et le repérage d’empreintes car maintenant on le sait, renards, écureuils et les autres ne sont pas loin…

Diabolo, mon chat lecteur-assistant !

Le glacier qui refusait de fondre

Hélène Gloria et Célina Guiné

La marmite à mots

Une couverture blanche et bleutée qui invite au toucher…pour ma main qui glisse lentement sur tant de douceur, entre respect et curiosité je réponds à l’invitation de l’histoire qui attend.

Un paradoxe est annoncé dès le titre qui réunit « refusait » à « fondre ». Il refuse le glacier, il refuse simplement de disparaître. Car là est la fatale subtilité : pour un glacier, fondre revient à mourir. Hélène Gloria plante le décor dès le début : dans cet album il sera question de résistance.

La fillette, la femme, la mère nous raconte le glacier, les générations d’hommes qui ont cohabités avec lui entre respect et conscience de leur interdépendance. La force tranquille des glaciers est cependant menacée. Quelque-chose a changé, et ce plic-ploc bien innocent annonce en réalité un vrai danger.

Enfant, elle venait voir les glaciers avec son grand-père. Aujourd’hui alors qu’elle s’apprête à donner la vie, elle se rend régulièrement au pied de ces montagnes de glace. Elle entend des larmes, elle observe des ruisseaux nés de la fonte des glaces. Petite humaine impuissante, elle constate le recul des géants. Au village les gens sont partagés entre inquiétude et déni.

Consciente du drame qui sera si la fonte ne s’arrête pas, bien que l’hiver progresse elle retourne les voir et découvre quelque-chose d’inattendu.

Apparition ? Hallucination ?

Que nenni, il y a bel et bien une nouvelle avancée de glace qui tente de faire sa place. L’hiver interdit désormais toute excursion et la future maman de placer bien des espoirs en ce jeune glacier. Ce dernier entre en résistance : il s’accroche, s’ancre, progresse, ne cède aucun pouce de terrain et se faisant, il aide les autres géants de glace à en faire autant.

Au cœur de l’hiver l’enfant naîtra et avec sa mère il ira faire connaissance avec les glaciers. Nouvelle génération, de glace ou de sang : leur destin sont intrinsèquement liés. Cet album interpelle, éveille ou réveille le lecteur dans une perspective écologique qui fait froid dans le dos. Ainsi, le réchauffement climatique pourrait conduire à la disparition définitive des glaciers…mettant ainsi en danger ceux qui depuis des générations ont construit leur vie auprès d’eux. Processus inexorable ?

Quelques petits degrés pour un grand péril en réalité. Devant la hausse des températures, le glacier devient colosse au pied d’argile. A la fin de l’album, une double page didactique nous en apprend davantage sur le rôle prépondérant des glaciers dans l’équilibre de notre planète.

Célina Guiné donne vie et âme aux mots d’Hélène Gloria. Invitation aux paréidolies hivernales, la représentation personnifiée des glaciers est saisissante, fascinante.  Leur majesté et leur absolue vulnérabilité contrastent avec la modeste taille de la narratrice. Là se découvre le cœur du problème : que peuvent quelques hommes face à la détresse de l’environnement ?

Les plus petits actes ont déjà leur importance. Le premier pas vers l’écologie ne commence-t-il pas par le fait de prendre conscience ? Ainsi Hélène Gloria nous prend par la main. Avec poésie et engagement, elle nous donne à voir une désolante réalité. Elle nous montre aussi l’espoir de lendemains différents, à condition que Nature et Humains unissent leurs forces et efforts.

Ainsi, semble-t-il, il n’est pas encore trop tard !

Passion Alice

D’où me vient cette fascination pour Alice ?

Petite je l’ai rencontrée via le dessin animé célébrissime de Walt Disney, et pendant longtemps il m’a déstabilisée. Point de happy end, point d’histoire d’amour, point de complicité avec un compagnon animal…

Déstabilisée, et incroyablement interloquée par l’improbable, le passage du réel au rêve, ce terrier-puits où la gravitation est autre et cette succession de personnages tous plus barrés les uns que les autres. Rien ne laissait présager que cette œuvre occuperait aujourd’hui une place conséquente dans ma bibliothèque.

Quelques années passent et il y a ce jour au lycée : mon professeur de littérature anglaise nous annonce que nous allons étudier un extrait d’Alice in Wonderland de Lewis Carroll. Passé le bref instant d’incrédulité, ensuite ce fut bonheur, puis frustration : un extrait n’est pas le livre.

Le Livre ? Les livres ! Je découvre Alice’s Adventures in Wonderland  ET Through the Looking-Glass, and What Alice Found There. N’étant pas très à l’aise avec l’anglais, je décide de me les procurer en français : c’est le début de ce qui deviendra une collection des versions d’Alice…

Qu’est-ce qui me fascine autant chez Alice maintenant que je suis « grande » ?

Cet univers aboli la frontière entre les mondes, entre les êtres. Tout se conçoit. Rien n’obéit plus à une logique cartésienne…finalement un peu comme dans la vie réelle. Choc de la confrontation entre deux mondes, la fillette raisonne face à une succession de folies. La palette de personnalités présentées illustre à mon sens tous les possibles de rencontres qu’on peut faire, pour le meilleur, pour le pire et il faut le dire, pour le rire !

Les interprétations en images sont abondantes, nourrissant sans fin la créativité des artistes.

J’ai une tendresse particulière pour les représentations d’Arthur Rackham…

J’ai 5 ans quand je déplie le livre Carroussel…

J’ai des étoiles dans les yeux devant la gracile et délicate dentelle de papier de Sébastien G. Orsini, des éditions Lirabelle…

Merci Rebecca Dautremer, Xavière Devos, Clémence Pollet, Francesca Rossi, Stéphane Mourgues et les autres pour vos interprétations personnelles, particulières, étonnantes !

Et puis il y a les petits cousins d’Alice, ces ouvrages qui puisent directement leur inspiration du pays des Merveilles ou de l’envers du miroir. Avec ou sans tasse de thé, pour le plus grand bonheur des yeux, prenons le temps de savourer encore et encore ces tableaux d’images oniriques et fantastiques !

Oui la passion ne se limite pas au ouvrages. Et on m’a même offert un coussin du Cheshire !!!

Monde de folie, de bienveillance, d’apparences trompeuses, de transformation, de jeux de mots, de parodie de conformisme absurde, de nonsense en pagaille, Alice chemine, commente, se questionne avec cette candide fraîcheur de l’enfance, cet univers no limit. Pas de limite dans la créativité que permettent les mots : merci Charles Lutwidge Dodgson alias Lewis Carroll. Quand une grande personne invente des histoires pour les enfants, elle fait sans le savoir un précieux cadeau. Entendez-vous ce qui se murmure « on peut tous inventer ». Car est-il présent plus remarquable que de laisser chacun libre de profiter de sa propre magie intérieure ?

Compte-tenu du nombre d’éditions (et j’ai bien conscience qu’il en manque quelques-unes ici…), je constate avec joie qu’Alice fait écho à beaucoup de monde sans distinction d’âge. En pop-up, versions bilingues, flap-book, avec ou sans tirette…cette sélection non exhaustive est comme autant de portes entrouvertes vers mon labyrinthe intérieur.

J’ai déjà hâte d’y retourner !