Mis en avant

Bienvenue chez Clara sur la Lune.

Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !

Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !

Tant qu’il y aura des livres…

Monsieur Snow

Bernard Villiot et Tristan Gion

Gautier Languereau

(« L’enfant qui sait se pencher sur l’animal souffrant saura un jour tendre la main à son frère ». Albert Schweitzer)

L’hiver rime avec flocons. Dans ma contrée de l’Est de la France c’est souvent le cas.

L’album s’ouvre sur une clairière paisible.  Dans le cocon de silence qui suit le lever du jour, les rayons du soleil illuminent le paysage hivernal et ses promesses. Dans la maison, Myra-Belle trépigne de rejoindre l’extérieur. Elle a un grand projet auquel consacrer sa journée. Sous le ciel pastel, Myra-Belle rassemble, sculpte, retouche, peaufine. Sous ses doigts, peu à peu, Monsieur Snow, le cheval de neige apparaît !

La fillette rêve d’un vrai cheval. Chaque jour elle espère une réponse positive de ses parents quand elle leur parle de l’animal tant souhaité. Pour l’heure il faut songer à se reposer. La nuit ouvre la porte des possibles et au pays du sommeil, Myra-Belle rêve que Monsieur Snow s’éveille.

Elle est parfois mince la frontière entre rêve et réel. Le lendemain matin la fillette découvre des traces de sabots autour de Monsieur Snow. Intriguée, elle attend la tombée de la nuit pour observer par la fenêtre et peut-être, obtenir une réponse. Elle n’aura pas trop à patienter. Au clair de lune, Monsieur Snow de se lever, s’ébrouer et de rejoindre le sous-bois au grand galop. Ni une, ni deux, voici Myra-Belle dehors sur les traces de son ami. Elle finit par le rejoindre mais il n’est pas seul : autour d’eux dans une ambiance joyeuse des enfants et leurs créations de neige s’amusent, se mélangent, s’échangent. Monsieur Snow entraîne Myra-Belle dans une extraordinaire promenade : une chevauchée à vive allure sous les étoiles !

L’hiver se poursuit, les retrouvailles de l’enfant et du cheval ont lieu chaque nuit. L’amitié se nourrit, l’attachement grandit jusqu’à cette nuit où la tempête arrive. Qu’adviendra-t-il de Monsieur Snow face au déchaînement du vent ? Pour protéger son ami, l’enfant sort dans la nuit déchaînée et, se perd…

Je n’en dirai pas plus…il serait injuste de spoiler la suite de l’histoire !

Tristan Gion nous embarque dans un hiver chaleureux (oui oui, j’ai bien écrit « chaleureux »!). Il y toujours un peu de lumière même dans les moments sombres et désespérants. Les illustrations invitent à rentrer dans cette clairière joyeuse et à partager un moment cette fête avec les enfants.

Qu’est-ce qui vous tenterait : un petit tour en fusée ? Voguer sur le voilier glacé ?

Je choisis le câlin sous les étoiles…

L’attachement envers un animal peut être immense. Monsieur Snow répond en tout point aux espérances de sa jeune créatrice. J’aime particulièrement que l’affectivité trouve une réciprocité : que l’enfant soit prête à tout tenter pour protéger son ami. L’enfance, jusqu’à un certain stade, est le monde de l’auto-centrage. Le développement progressif de la théorie de l’esprit et de l’empathie entraînent une perception, une ouverture différente au monde et vis-à-vis d’autrui. Myra-Belle oublie toute prudence lors de la tempête, cherchant à braver les éléments pour venir à son secours. C’eût-été une tocade, on peut supposer qu’elle serait restée au fond de son lit…

Sortir en plein milieu de la nuit pour sauver son cheval de neige, en faut-il de la détermination ! Vient le jour où les enfants s’affirment, font des choix, défendent des points de vue, acquièrent des convictions parfois, prennent des petits ou gros risques aussi. C’est ainsi qu’on apprend !

Si au pays des rêves tout est possible, je peux en dire autant de la délicate créativité de Bernard Villiot. Avec lui, les histoires sont enveloppantes, réconfortantes comme la tasse de thé ou le bol de chocolat chaud que l’on sirote de retour au chaud quand les frimas de l’automne et l’hiver sont là. Pour les uns, cette histoire rappellera ces moments de bonheur quand feuilles, branchages et boules de neige devenaient un monde. Pour d’autres, peut-être qu’ils saisiront l’occasion de transférer quelques rêves dans la réalité.

Quand j’étais petite, j’avais un cheval imaginaire : Rosalie. C’était un grand cheval noir, qui m’accompagnait dans toutes mes activités et à qui je confiais tous mes états d’âmes. Occasionnellement, elle était mise à contribution pour guider mon père sur le chemin des vacances.

J’ai grandi.

J’ai laissé Rosalie s’éloigner.

Puis j’ai rencontré Brise, belle espagnole au doux regard de velours. Un jour il m’a fallu la laisser partir, un aller simple pour la voûte céleste. Avec cet album et les souvenirs qu’il réveille, elle n’a jamais été si proche…

Brisa y Clara

Mo – Mo

Mickaël El Fathi

Éditions Motus

Les mots façonnent, résonnent, détonnent.

Quelquefois ils fredonnent, bourdonnent, carillonnent.

De loin on les entend raconter, inviter, illuminer les choses, les êtres, les lieux.

Ils nous habillent, nous comprennent, nous abandonnent parfois…

Mo-Mo, un matin, découvre qu’il a perdu ses mots. Après maintes recherches, il renonce à s’accommoder du constat de perte. Si ses mots n’y sont plus, c’est qu’un voleur est passé par là. Assurément. Sauf qu’au commissariat, on ne le croit pas. Pire, on lui explique qu’ils ont dû s’enfuir – que c’est classique de nos jours – et puis on le congédie car on a autre chose à faire.

Donc, puisqu’il ne peut compter que sur lui-même, Mo-Mo part en quête de ses mots. Comment, lui le poète, comment pourrait-il vivre sans eux ? Il se rend au pays des mots : devant lui se déroulent des chemins pavés d’alphabets du monde entier. Ce n’est qu’un bref aperçu de ce qui l’attend à destination. Au terme d’un long voyage, il arrive dans un pays qui me semble familier. C’est qu’il ressemble étrangement à celui exploré par Jeanne et Thomas dans La Grammaire est une chanson douce (merci Erik Orsenna). Dans ce Mot-Zambique là, il y a partout des mots et les gens qui vont avec. Ces derniers ne tardent pas à remarquer que Mo-Mo n’est pas comme les autres. Sans ses mots, Mo-Mo dérange, dénote : comment ose-t-il s’exhiber « dé-mot-er » ?

C’est dans ce chaos que Mo-Mo va repérer un chemin pris par les mots…et une silhouette : c’est la femme-Gazelle. Orpheline elle aussi de tout moyen d’expression, ils se reconnaissent et c’est ensemble qu’ils vont continuer de suivre leur chemin tel des Petits Poucets. Parviendront-ils à retrouver leurs mots au terme du voyage ?

C’est donc un album sur les mots. Ils sont omniprésents, ils font socle, fondation de l’illustration. Du chien au phare, du vélo au Paque-mot, ils sont bases, fondations, armes ou caresses. Les mots définissent le monde et les êtres.

Sans mots, comment définir, expliquer, aimer ?

Sans nos mots, qui sommes-nous ?

Sans les mots, que devenons-nous, pauvres êtres fondamentalement communicants ?

Si Mo-Mo est très touchant dans sa détresse, je m’interroge sur le pourquoi de la fuite des mots. Qu’est-ce qui peut pousser à prendre le large ? Mo-Mo le poète aurait-il, à son insu, perdu de vue leur lumière ? Parfois on malmène les choses qui nous sont chères. Les conséquences échappent à notre conscience…mais n’en sont pas moins terrible. Quand le mutisme, le bégaiement ou l’aphasie frappe, c’est un abîme d’angoisses qui s’installe. Le dialogue devient intérieur. Il faut se rencontrer soi-même pour pourvoir changer.

Dans mon « Qui suis-je ? » je vous dis que je ne suis pas bibliothécaire, pas libraire, pas pâtissière. En fait, une partie de mon métier c’est de prendre en soin ceux qui ont perdu leurs mots à cause d’un problème de santé. C’est ainsi, il se passe des choses pas drôles dans la caboche…Je ne suis pas guérisseuse de mots, mais j’ai conscience de leur absolue valeur et du labeur que c’est pour les récupérer.

Les mots retrouvés donnent des ailes et réveille la couleur, la vraie nature des choses, des gens, des sentiments.

Merci Mickaël El Fathi pour cet hommage aux mots, ces paysages chaudement lettrés, sublimement dépaysant. Je me suis délectée (et me délecterai) avec cet album : quel merveilleux mot-ment !

La Rue Kétanou n’a qu’à bien se tenir !

(Pssst : vous saviez qu’au Mozambique il y a 43 langues et dialectes ??).

Tram voyage en zigzag

Chloé Fancisco Trenti

La Compagnie créative

J’ai rencontré un tram trilingue.

En français, en italien et en anglais, nous suivons ses pérégrinations et états d’âme à travers la ville.

Dans un format à l’italienne, les pages au papier pelliculé emmènent le lecteur-voyageur dans un trajet à travers les méandres urbains. Avec sobriété, le texte évoque la monotonie d’une vie qui ne connaît de la ville qu’un même trajet, identique jour après jour. Les verbes sonnent, matérialisent le trajet, le mouvement :  » je glisse (…) je cahotte (…) je brinqueballe (…) ». Objet réduit à une fonction utilitaire, transparent aux yeux du monde il fait ce qu’on attend de lui. Après tout, qui se soucierait de savoir  s’il ressent quelque-chose ?

Est-ce que la vie c’est suivre inlassablement les rails imposés ?  

Quand on avance « dans un cercle sans fin », la conclusion c’est qu’on tourne en rond. Il semblerait que le but n’en soit plus un. Monotonie et ennuie prennent le devant. Fatalité de la prédestination du moyen de locomotion ? P’être ben…que non.  

Il prend sa destination en main, le tram. Il choisit de dépasser son cercle pour aller voir plus loin.

Dans une ville géométriquement abstraite, il est laissé à chacun a possibilité d’interpréter les lieux. Les couleurs éclatent sur le fond blanc, matérialisant figurativement la ville. Des silhouettes collées amènent un soupçon de vie de part et d’autre de la voie.

Quand le quotidien devient frustrant, s’installe le temps du spleen. Et parfois il y a, le truc, le moment qu’il faut saisir, promptement, avec le soupçon d’audace qui va bien. L’opportunité est saisie et c’est le début d’un nouveau parcours de vie…Fascinant n’est-ce pas ?

Une fois l’ouvrage parcouru, je m’interroge sur le titre. Est-ce que « voyage » est un verbe, ou est-il un nom en apposition avec « Tram »? Finalement là encore, peut-être que c’est une ouverture laissée au lecteur…

J’ai eu la déception d’apprendre que les éditions La compagnie créative n’existaient plus. C’est bien dommage…toutefois je suis très heureuse d’avoir croiser cet ouvrage, véritable livre d’art pouvant toucher tous les âges dans bien des pays. Merci Chloé Franscisco Trenti pour tant de beauté accompagnée de la musicalité de trois idiomes. C’est un plaisir de dépasser, avec cet ouvrage, nos rails habituels.

Julia à la plage

Matt Myers

Le Genévrier, collection Est-Ouest

Je l’avais déjà fait l’année dernière : partir en vacances au bord de l’océan et en profiter pour glisser quelques albums dans la valise.

Depuis la sublime plage de la Pointe Espagnole, face à l’océan j’ai sorti Julia à la plage.

Et pendant que les filleules faisaient un golf de sable, j’ai plongé dans les pages de Matt Myers…

(Hum, soleil sur papier brillant, parfois ça brille un peu…mais vous me pardonnerez j’espère ?)

L’album donne à voir plus qu’à lire, des doubles-pages à l’acrylique, intemporelles, d’où la brise marine et les petits coquillages s’échappent pour parvenir jusqu’au lecteur.

Julia joue dans le sable. Sous ses doigts, des formes apparaissent. L’enfant, imperturbable, laisse les choses prendre forme sans les anticiper. Cette spontanéité amène bien des questions…comme s’il fallait absolument savoir à l’avance. Les gens passent, et curieux la questionnent, l’interrompent. Laconique dans ses réponses, Julia prend son temps et poursuit, assemble, creuse, bidouille au fil des trouvailles : petits bâtons et coquille d’huître, algues ou capsule…

Il y a cette dame qui s’installe à côté d’elle. Elle a les bras chargés de matériel mais elle ne pose pas de question à l’enfant. Peut-être que des fois, l’important c’est juste de profiter de la musique des vagues, de la caresse du soleil, et de laisser faire les mains…quel que soit le processus de création à l’œuvre.

Le titre anglais est « Hum and swish » et présentement, j’avoue le préférer au titre français. Car je l’entends le fredonnement de l’enfant qui répond au bruissement des vagues, avec entre ses mains, un sable qui tantôt s’écoule, tantôt s’agglutine pour devenir château ou…autre chose…

Cet album me touche énormément. Matt Myers voulait réaliser un album qui évoque cette solitude nécessaire à l’émergence créative. Il nous montre que ce n’est pas immédiat, qu’il faut du temp. Ce temps difficile à appréhender pour les personnes même proches, ce temps qui permet tout, ce temps qui implique de maintenir les autres à une certaine distance…ou qui rassemble si on sait partager les silences !

Il y a Julia.

Il y a l’artiste.

Aussi cette petite merveille d’album peut parler aux enfants comme aux grands qui savent combien le temps peut être précieux. Il y a un certain mystère, c’est subtil l’introversion dans le présent. La lenteur offrira à Julia, à la peintre et au lecteur-spectateur la surprise des créations du jour à la fin du livre.

Avec Julia à la plage, il faut se laisser surprendre, accueillir. Le doux message de ces pages a fait son chemin jusqu’à mon cœur de rêveuse contemplative. C’était l’album parfait pour ce moment hors du quotidien en Charente. J’espère que vous arriverez à entendre son message, fait de ressac et de cheveux dansant au rythme du vent de l’océan !

L’étrange garçon qui vivait sous les toits

Charlotte Bousquet – Christine Féret-Fleury – Fabien Fernandez

Slalom éditions

Lecture avec la compagnie de Jack !

Où comment camper une fiction dans le réel de l’actualité sanitaire de Mars 2020…

Petite précision : ce n’est pas un roman sur le confinement….hé hé, ça sera trop simple. Alors alors, qu’a bien pu nous concocter le trio Charlotte Bousquet – Christine Féret-Fleury – Fabien Fernandez ?

Prenons le confinement, une distorsion temporelle pour la touche fantastique, un grand-écart générationnel où les atomes crochus fleurent bon l’infusion au gingembre et une valise pleine de photos d’un autre temps…

Le confinement est déjà une tuile en soi. Pour Nina, le sommet du pompon est atteint quand son urgentiste de père la confie à Arlette, une ancienne infirmière nonagénaire flanquée d’un chat et d’un lapin. C’est sûr, comme baby-sitting, ça ne vend pas du rêve. Surtout quand on a au creux du cœur le rejet maternelle (qui n’a pas voulu que sa fille vienne chez elle sous prétexte de protéger le petit demi-frère…). Heureusement Arlette en a vu passer moult des oiseaux déconfits au cours de sa vie. C’est même en partie sa raison d’être.

Tant qu’à avoir trois auteurs, c’est parti pour suivre trois personnages. La narration s’alterne entre Nina et Arlette et Natan. Ce dernier, Nina l’a croisé dans les escaliers, puis elle le découvre par hasard dans la pièce qui jouxte l’escalier de service, sous les toits.

Natan…que Nina ne retrouve pas sur le film pris avec son smartphone…

Natan…qui figure sur une photo datée de 1942 que Nina a sorti d’une vieille valise exhumée de la cave d’Arlette. (C’est là que j’ai un flash-mix avec La Cafetière de Théophile Gautier et Georgia de Timothée de Fombelle)

Natan qui n’est pas confiné : lui le juif se cache de l’antisémitisme, des rafles de la seconde guerre mondiale.

Natan, Arlette l’a connu. Quand elle raconte à Nina leur morceau d’histoire commune, nous voilà spectateur des heures sombres de l’occupation. Se cacher pour avoir une chance de vivre, tel était l’enjeu pour Natan et Line, sa sœur jumelle. La vie cachée ou la mort à bout portant : le choix semble vite fait. A 15 ans, comment supporter cet inacceptable ?

La rencontre avec Natan vient bouleverser les conceptions rationnelles de Nina. Si la situation lui échappe, l’adolescente accueille la situation, factuellement j’oserais dire. Sans chercher trop longtemps le pourquoi du comment du « je peux voir et toucher un garçon qui a un pied en 1942 et l’autre en 2020 », elle se fait trait d’union entre lui et Arlette…car il se pourrait que ces deux-là aient un dossier sensible en attente depuis très longtemps.

Et Arlette au fait : comment accueille-t-elle les révélations de Nina (question légitime) du haut de ses 93 ans ? (parce qu’à son âge, on ne lui fera plus prendre de la bétadine pour du sirop au caramel). Ça sent l’appel pour demander une consultation psychiatrique au motif qu’une ado décompense sec. Le coup de pouce sera….un coup de patte, donné par le chat et le lapin ! Tant qu’à réveiller les douleurs du passé, autant que ça ne soit pas vain.

Faut dire qu’ils ont les noms de l’emploi les compagnons poilus !

Du dossier en question, je peux vous dire qu’il y a de l’amour dedans (je vous laisse la surprise de découvrir lequel…si vous connaissez un peu le trio qui porte ce roman, vous vous doutez qu’ils réservent quelques déroutes à leur lectorat). En filigrane de ce qui lie Arlette et Natan, ce roman vient titiller la conscience citoyenne à travers la question de la dénonciation, des préjugés. D’ailleurs quand il est question d’intolérance, laquelle remporte la palme : celle qui suintait lors de la guerre ? Celle que l’on croise punaisée anonymement dans les halls d’immeuble ?

(Des faits divers de cet ordre tristement lâches, comment oublier qu’ils ont saupoudrés l’actualité du printemps 2020 d’un arôme au goût de bile ?)

Au-delà du devoir de mémoire, repenser aux mécanismes qui ont conduit à la rafle du Vel d’hiv alors que collectivement, nous sommes liés par le vécu partagé du confinement, pose, en ce qui me concerne, la question de la mise sous contrainte de l’humain ; et ce qui en découlerait de beau ou de profondément laid dans nos rapports les uns aux autres.

L’air de rien, L’étrange garçon qui vivait sous les toits interroge sur la tolérance, les liens familiaux, l’amitié, les traumatismes, l’homophobie, le premier amour, la fuite en avant, la liberté de choisir sa vie…et comment même 78 ans après, le passé peut révéler une quintessence douloureuse…puis s’ouvrir avec une implacable détermination vers l’apaisement, avec le petit coup de pouce de la geek-attitude made-in-2020 ! (elle a un petit côté Melinda Gordon Nina, vous ne trouvez pas ?)

Merci pour le cadeau de ce livre (ceux qui me l’ont offert se reconnaîtront) : je l’ai lu d’une traite. C’est ainsi quand les écritures sont fluides et addictives !

Fugue à deux voix

Alixe Sylvestre

Éditions Territoires Témoins (ETT) / Dépendance

« Dis…quand reviendras-tu ? », voici la chanson qui s’impose alors que je referme le roman d’Alixe Sylvestre…Quelques mots de Barbara la chanteuse, omniprésente en filigrane, sa présence troublante d’un bout à l’autre du roman.

A qui pourrait-on envoyer ces quelques mots ? A Camélia, l’adolescente qui disparaît brusquement ?

A Nine la grand-mère, pétrit de liberté et d’amour pour ses petites filles ?

Le roman est un subtil tressage entre hier et présent, entre confidence et questionnement, entre révolte et voyage.

Pour le pitch on rejoint l’histoire alors que Camélia, 17 ans, vient de disparaître. Elle est partie un soir en scooter et n’est pas rentrée, laissant dans l’inquiétude sa mère Barbara, sa grand-mère Jeannine (dite Nine), et Jasmin sa jumelle. Le père dans l’histoire ? Il est à New York et absent depuis longtemps, aussi il n’aura que peu la parole avant la fin. C’est Nine qui raconte, enquête, s’entête, puis qui accepte bon gré mal gré cette cruelle crise d’ado. Quand on ne peut avoir prise sur l’autre, le mieux est d’attendre que ce dernier décide de lui-même de se montrer.

Avoir été fille, devenir femme…Nine regarde sa propre vie, se demande dans quelle mesure son chemin a pu conduire Camélia à éloigner si drastiquement le sien de sa famille. Après tout, Robert son fils (le père de Cam) l’a bien fait, mettant un océan entre sa mère, ses filles et lui. Nine la journaliste mère célibataire, célibattante, courageuse, amoureuse, fière, doute. Camélia est intelligente. Camélia est dure, brillante. Camélia joue un jeu pervers. Qu’est-ce qu’on cherche comme preuve d’amour en faisant du mal aux siens ?

Quand on joue, on gagne, on perd, on apprend. La faute à qui ? Mai 68, au grand-père libanais qui s’est tiré, aux amours libres, à celle qui jadis est tombée dans les escaliers ? Dans la vie on ne revient pas sur les cases d’avant, le dé nous envoie toujours en avant. Dans cette partie qu’elles n’ont pas choisi de jouer, Barbara, Jasmin, Nine et Camélia vont se découvrir, se surprendre à faire de douleur et incompréhension leurs alliées.

Le voyage est intergénérationnel, féminin et il nous conduit de la France à l’océan indien, de la métropole à l’île Rodrigues, avec un micro détour par la Réunion. Il n’est plus à prouver que les méandres de l’esprit peuvent se ressourcer au contact du naturellement magnifique. De la bière au cocktail, en passant par Corneille, on rencontre l’écriture d’Alixe Sylvestre.  Combien de fugues au juste chère Alixe ? La musicale accompagne la familiale dans un flou parfait, dont le lecteur perçoit les contours sans les discerner vraiment. L’écriture est un flirt entre raffinement et provocation : j’adore ! Surprendre, dérouter : je l’ai lu d’une traite ce roman…trois heures d’immersion dans ce récit où Camélia prendra la parole à la fin, pour donner sa version, sa conclusion que « tout le temps qui passe, ne se rattrape pas », et une fin en point de suspension…A toi, qui lis, d’imaginer la suite.

Vivons donc, n’est-ce pas là une toile de fond…impérieux message de celle qui devenue grand-mère sait…que le temps perdu ne se rattrape plus. Ce roman subtil est édité « adulte », pourtant je pressens qu’il pourrait faire le bonheur de lecteurs adolescents…et susciter bien des discussions en famille. Décapant par moment, résolument tendre, désirant si fort, tissant des ponts entre les générations, ma lecture fut délicieuse : j’en redemande !

Gloups (histoire vraie)

Judith Chomel

L’atelier du poisson soluble

Comme indiqué entre parenthèses, l’histoire est vraie. Judith Chomel, artiste éclectique de son état (elle est « juste » chanteuse, accordéoniste, artiste…Génial non ?)…s’inspire de ce jour où, alors qu’elle était petite, elle a avalé…un boulon !

Du souvenir à l’histoire, il n’y a qu’un pas. Vous êtes prêt ?

La richesse de cet album, c’est le voyage dans lequel il nous embarque…Que dire du foisonnement des illustrations qui mêlent, emmêlent, mixent, fusionnent, tambouillent clichés rétros – collages – collections à foison – planches naturalistes végétales et anatomiques…Dans une explosion de détails, la bobine des protagonistes est mise en scène ici, ailleurs et surtout et à Cuba !

Puisque l’histoire est vraie, Judith Chomel met en scène Lili et sa famille (toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé n’est pas fortuite), et le moins qu’on puisse dire, c’est que le pedigree de ses parents est assez exceptionnel : papa est aux fourneaux, maman est aventurière, la grand-mère est contorsionniste et Josette l’iguane…est juste un iguane de compagnie qui aime prendre des bains moussants.

Lili est collectionneuse de tout, de rien, de bidouilles et petits trucs. Un jour elle trouve un boulon, et de fil en aiguille, perdue dans ses idées, elle l’avale !

Alors qu’est-ce qui se passe une fois qu’on a avalé un boulon ?

Parce qu’après le Gloups, qu’est-ce qu’il se passe au juste ??? (à part penser OUPS très fort)

Est-ce qu’on se robotise  – va-t-il ramollir – prendre racine quelque-part et faire sonner tous les portiques de sécurité (là c’est moi qui extrapole) ?

La médecine a parlé : le boulon de Lili va suivre le chemin digestif…avec tout ce qu’il y a de plus extraordinairement classique…Dans les limbes de la tuyauterie vasculairo-pulmonairo-intestinale, tel un explorateur il tracera son chemin jusqu’au PLOUF libératoire !

Ensuite c’est le papa qui ajoutera son grain de sel à l’histoire…tour à tour scaphandrier, capitaine ou plongeur de l’extrême, il fera du boulon un trésor…pour la maman. Puisque tout est bien qui finit bien, en avant la fête avec les voisins. Perso je craque complètement pour le costume « bougeoir » !

Tel un cherche et trouve, je me prends au jeu de retrouver les personnages : sur le dos d’un zèbre pour la fillette, aux prises avec un croco pour super papa…Le fantastique est aux quatre coins des pages ! En rythme, la modernité du tout se nourrit des tranches photo d’hier pour créer une ambiance détonante, hilarante, joyeusement décalée et terriblement addictive !  

Cerise sur le pompon : un clin d’œil à l’île de Groix (alors ça !!!). En avant créativité, imagination et les anecdotes d’enfance : si l’occasion fait le boulon, BIG UP Judith Chomel et L’atelier du poisson soluble pour cet album, délicieusement bizarro-extraordinaire !

Et vive l’enfance, la digestion et les collections en tout genre !

Personne

Edwige Chirouter et Pascale Breysse

L’initiale

Depuis que je suis tombée dans la marmite de potion magique de la littérature jeunesse, régulièrement je suis surprise par tout ce que je perçois de « philosophique » qui est semé dans ces trésors que sont les albums illustrés.

Serait-ce la magie des images mentales suggérées, des lueurs du dehors de la caverne qui me parviennent ou une capacité d’abstraction et de questionnement qui me sont propres ?

Il y a quelques semaines j’ai rencontré Personne. Le coup de cœur fut d’abord graphique. Ce visage paysage a fait écho à mon moi-voyageuse…puis le texte a titillé ma curiosité : défi ? Invitation ? Un parcours initiatique : chouette !

Cela tombe bien : c’est une métaphore que j’affectionne particulièrement. Voici que l’histoire commence avec Solal-le-petit, dont on apprend que c’est le premier prénom. Le premier prénom ? Voilà qui est bien intriguant…Quand on a un prénom qui rappelle le soleil, pour quelle raison en changerait-on ? Solal et son enfance ont tout pour être heureux dans la ville de Sonho (« rêver » en portugais…). Si c’était complètement le cas, l’histoire s’arrêterait là…C’est que Solal et ses émotions s’interrogent parfois, sans qu’une raison soit identifiée particulièrement. On essaye de le rassurer, rien n’y fait.

Un matin pas comme les autres, Solal s’éveille : il est seul. Le décor semble le même mais ses parents, ses amis et toute la communauté et même les bruits ont disparu. Bas les masques et les contraintes ! Au début Solal est ravi. Les jours passent et rien ne se passe. Solal comprend que s’il reste sur place, rien ne se passera. Puisque sa famille a disparu, il faut qu’il les retrouve : Solal part dans la forêt et laisse sur place son prénom. Il sera Achab-le-courageux, du moins pour un temps.

Un pas après l’autre, il marchera longtemps avant de retrouver…un bruit. Comme c’est étrange d’entendre à nouveau : c’est comme un sourd qui récupèrerait l’audition, comme un phare dans la nuit. Achab se laisse guider jusqu’à ce vieillard dans sa grotte. Ce dernier a un gros problème qui le tourmente et qu’il ne peut résoudre. Achab répond à sa demande d’aide : il dégage la pierre qui bouchait la source, et il reprend son chemin, sa quête…

Des jours s’écoulent, Achab arrive près d’un lac. C’est l’automne et le vent souffle, agaçant cette jeune fille aux longs cheveux noirs. Le vent est amoureux, et s’y prend mal pour la séduire. La sagesse n’a pas d’âge, aussi le vent se rend aux conseils d’Achab et, tout en déposant le garçon de l’autre côté du lac, il tourne la page de cet amour à sens unique. Le garçon peut continuer son chemin.

L’hiver est arrivé. Le chemin mène Achab à une maisonnette dans les bois. Quelle aubaine : c’est qu’il fait froid ! Une voix l’invite à tirer la bobinette et à entrer. L’amitié se crée à la lueur du feu et des contes.

Au matin, Achab reprend le chemin. Quand le printemps revient, Achab arrive aux portes de Sonho.

La boucle serait donc bouclée ?

Retour au point de départ ?

Tout ça pour rien ?

Certainement pas : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », dixit Héraclite…

C’est le moment de muer encore une fois, et de laisser Achab pour devenir Max-le-grand : celui qui est parti, qui a vécu, qui a appris !

Le temps de retrouver ce qui a été perdu de vue, d’offrir ce qui a été trouvé, et de se souvenir dans ce présent des belles rencontres qui ont jalonné ce chemin est venu.

Je ne suis pas assez calée en philosophie pour me risquer à faire des liens théorico-historiques. Néanmoins, on a tous eu dans nos vies des transitions, des moments clés, qui ont été marquants. Ceux auxquels on repense en se disant « il y a eu l’avant et l’après ». Je peux me rappeler avec émotion de certaines rencontres déterminantes : un professeur, un ami, une maître de stage, un amoureux le temps d’une mazurka ou juste un anonyme un jour le temps d’une conversation…Certaines ont mis des mois à se développer, d’autres furent comme des évidences, comme la complicité entre Achab et Némo…

Grandir c’est partir de personne pour devenir quelqu’un. C’est faire connaissance avec soi, avec nos émotions, avec nos ressources. Les jours succèdent aux saisons. Cela demande du temps. Les clins d’œil à Alice, Harry Potter, Merlin l’enchanteur et autres pourvoyeurs de rêves semés par l’illustratrice réveillent un sourire complice : qui sont les héros qui ont illuminé votre enfance ? Eux aussi ont certainement connu un chemin parsemé d’embuches et de questions existentielles. Edwige Chirouter, y va de ses petites touches également : Némo et son livre de contes me rappellent que les histoires maintiennent en jeunesse et fraîcheur notre enfant intérieur, telles des fondations inébranlables.

Parfois grandir c’est renoncer à suivre le chemin montré par la famille. Il serait pourtant tellement plus simple de ne pas se poser de question, et suivre la voie tracée de paroles bienveillantes. Cela impliquerait de faire taire son libre-arbitre, d’oublier les instincts d’évidence, de se nier en somme. Donc vivre, c’est partir sur ses pas, c’est apprendre à se faire confiance…

Graphiquement cet album est incroyable : il foisonne de couleurs, de paysages, de parfums, de végétal et de détails. Il décoiffe, rassure, enveloppe comme une douce couverture. Il étaye le texte, comme un ami qui croit en les jeunes ailes de son lecteur.

Pour moi qui crois tellement en la magie des mots et des histoires (lues et/ou entendues), je ne pouvais que me reconnaître avec Solal-Achab-Max. Merci Edwige Chirouter et Pascale Breysse : maintenant que je me rappelle que j’ai des ailes, il ne me reste plus qu’à les déployer !

Le Vilain Petit Canard, Le Vieux Réverbère

Hans Christian Andersen et Loren Bes

Éditions Bilboquet

Un album, deux histoires, deux parcours de vie, initiatiques et complémentaires.

L’album étant recto-verso, libre à chacun de commencer par le conte de son choix.

Aujourd’hui je commence par le célébrissime Vilain Petit Canard. Vous connaissez tous l’histoire incontournable de ce «canard» soit disant disgracieux, rabroué en permanence par sa famille, sa communauté volatile et par quasiment tout ceux dont il croisera le chemin au cours de sa première année de vie…qui se révèlera être en réalité un cygne. Les éditions Bilboquet ont fait le choix du texte original. La langue y est riche, développée, non édulcorée (et ça, ça me plaît beaucoup !).

C’est l’occasion d’engager le dialogue avec les enfants autour des notions de différence, tolérance, racisme, différence, exclusion et choix. Car c’est un fait, « choisir » est en filigrane tout au long du conte : le choix de la cane de continuer à couver cet œuf, le choix du canard de partir une première fois, puis une deuxième, une troisième…

L’enfance peut être cruelle, brutale. Le temps peut paraître bien long quand chaque nouveau quolibet réveille la douleur des nombreux précédents. Le Vilain Petit Canard c’est le conte de la résilience, de l’espoir qu’il y a en ce monde des êtres qui nous ressemblent, qui nous reconnaissent comme leurs pairs avant même que la conscience de la ressemblance n’ait pu apparaître en pleine lumière…

Le parcours initiatique est évident, et quand on s’attache à regarder de plus près l’enfance d’Andersen, le conte s’auréole d’un parfum différent, d’espoir et de lumière !

De l’autre côté de l’album, les éditions Bilboquet nous font faire connaissance avec Le Vieux Réverbère. Il compose, avec le premier conte, les deux facettes de la médaille : le revers de la jeunesse et d’une vie bien remplie. Nous les rencontrons via les états d’âme de ce réverbère qui doit être démonté dès le lendemain. Il ne sait pas quel sera son sort. Il redoute d’être conduit à la fonderie. Alors à la veille de sa dernière nuit de travail, il se rappelle de quoi fut faite sa vie. Il pense à son amitié avec le vieux gardien, aux confidences amoureuses qu’il a jadis éclairées, aux tristesses qu’il fut le seul à voir…On peut être de métal sans être de marbre. Des adieux sont échangés avec la lune, avec le vent.

Digne de l’univers de Tim Burton ne trouvez-vous pas ?

Le lendemain ne le conduira pas à la fonderie, mais chez le vieux veilleur de nuit, son ami. Avec son épouse, ils avaient tenu à lui faire une place dans leur petit logis. C’est une nouvelle page de vie pour le vieux réverbère, au chaud et à l’abri. Mais vite, il s’ennuie. Il se perçoit inutile dans sa retraite paisible. Il spécule sur un futur bien sombre, il rumine sur ce qu’il adviendra de lui le jour où les deux petits vieux seront morts…Quand soudain il réalise que vivre dans le passé ou dans un hypothétique futur ne le rend pas heureux.

La magie d’Andersen réside dans le fait de parvenir à susciter des émotions pour un objet inanimé tellement commun qu’on en oublie sa présence dans le paysage urbain. L’anthropomorphisme fait mouche et touche, prête à sourire ou à frissonner. Contrairement au Vilain Petit Canard, le Vieux Réverbère n’est pas maître de sa destinée. Anonyme utile, il ne peut que faire le choix de vivre au présent, accueillant la douce affection du vieux couple, les deux seuls qui se préoccupent de lui, qui l’aiment.

La vie est faite d’étapes, de transitions, de changements, de deuils aussi. Le vieux réverbère craignait d’être fondu, de disparaître puis il admet mal sa reconversion en objet de décoration. Le temps de l’acceptation viendra, avec lui la sagesse de laisser les rêves au monde des songes et la conjugaison du verbe « vivre » au présent.

Ces deux contes, ces deux parcours tortueusement surprenants prennent vie sous les pinceaux de l’étonnant Loren Bes. Il a ce talent de semer moult petits détails qui confèrent plusieurs atmosphères aux illustrations (personnellement j’ai un faible pour les chats-girouette et pour le haut de forme du canard !). Tantôt je suis happée par les flous et fondus de couleur, une autre fois ce sera le mouvement qui me fascinera. Cela résonne de la poésie des quatre saisons, de la nostalgie romantiquement torturée qui caractérise si magnifiquement Andersen. Des illustrations où les émotions affleurent jusqu’au lecteur, parlantes au-delà des mots : COUP DE CHAPEAU !!!

Il y a un carnet de croquis de recherche entre les deux contes, pour ceux qui sont curieux de voir la naissance des illustrations !

Le caillou de Ferdinand

Isabelle Simler

Éditions Courtes et Longues

Ferdinand est blond et il a les genoux bleus. Il se promène des heures durant, tête en l’air, nez au vent. Il aime la lune et les cailloux. D’ailleurs il en ramène toujours plein ses poches. Ce jour-là il en trouve un extraordinaire…Dire qu’il aurait pu passer à côté sans le remarquer. Heureusement qu’il marchait les yeux tournés vers le ciel et qu’il s’est étalé de tout son long au sol.

Maintenant il le sert fort dans sa main, son petit trésor. Ce n’est qu’une fois à l’abri dans son lit qu’il ose desserrer les doigts pour contempler ses reflets irisés. Ce caillou est fascinant. A lui seul, il supplante tous les autres de la collection de Ferdinand. Le jeune garçon l’effleure avec douceur, lui parle, le compare à un chat et le caillou de se métamorphoser en petit chat.

Ferdinand a à peine le temps de comprendre que les mots se bousculent. La magie de la paréidolie agit et le caillou de se transformer, pendant toute la nuit, au gré des inspirations de l’enfant. D’une framboise à Charlot, de Saturne à un moineau, les crayons d’Isabelle Simler donnent vie au caillou et à une lumineuse collection.

Le jour succède à cette nuit créative, gris. Pourtant il y a dehors un enfant lumineux qui se promène, tête en l’air, nez au vent. Il a les cheveux blonds, les genoux bleus, et à travers ses yeux, le monde s’anime et devient merveilleux.

Le caillou de Ferdinand réveille un sentiment très intimiste : celui des pensées que l’on confie au vent, les images qui viennent quand on observe les nuages ou quelque ombre sur un chemin…Cette imagination si fertile de l’enfant, qui crée un monde à partir d’un caillou, réchauffe quand le temps est gris. Une fin comme une envolée vers cet astre qui attire à lui l’enfant et tout un ciel réinventé.

Ferdinand…ce prénom m’en rappelle un autre : Joseph Ferdinand Cheval, alias le facteur Cheval…L’album n’en fait pas mention mais je ne peux m’empêcher de l’associer à cette histoire…Ferdinand Cheval qui d’une pierre trouvée sur le chemin de sa tournée quotidienne a construit un palais…idéal !

L’album est grand. Il encourage aux rêves qui peuvent se prolonger en journée. Merci Isabelle Simler, de rendre hommage à ceux qui passe des heures à scruter amoureusement les petits cailloux, les morceaux de bois ou les miettes de coquillages polis, sur les chemins, sur la plage ou ailleurs…