Mis en avant

Bienvenue chez Clara sur la Lune.

Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !

Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !

Tant qu’il y aura des livres…

Le bucheron, l’arbre, l’écureuil et le renard

Jean Leroy et Béatrice Rodriguez

Actes Sud junior

C’est l’histoire d’un bucheron qui essaye de faire son métier de bucheron.

C’est l’histoire d’un bucheron qui va couper un arbre.

C’est l’histoire d’un bucheron qui commence à couper un gros arbre.

C’est l’histoire d’un bucheron qui ne coupera pas d’arbre aujourd’hui…

Parce que cet arbre est prisé par un écureuil, une famille « renard », un plantigrade et une peintre en jupe. Et tous sont unanimes : ils ont besoin de cet arbre, et il n’est pas question qu’un bucheron et sa tronçonneuse les en privent. D’ailleurs il capitule le bucheron, devant un tel déchaînement de passion. Y a qu’à voir : quand il s’en va de guerre lasse, les renards et l’écureuil dansent la sarabande de la joie !

C’est l’histoire d’une détermination à toute épreuve. C’est la preuve que l’union fait la force. C’est aussi la surprise de récolter ce qu’on ne pensait pas avoir semé.

Parce que peut-être que dans la vie, il y a plus important que de couper des arbres. Parce que ça fait du bien, via un petit album frais, coloré et acidulé, de rappeler qu’un arbre c’est vital pour certains animaux. Il nous rappelle que même des êtres radicalement différents peuvent s’unir quand il est question d’écologie. Et puis Béatrice Rodriguez sème des petites choses, des clins d’œil, des détails malicieux…comme les chaussettes roses à petits cœurs du bucheron : j’adore !

Merci Jean Leroy pour cette percutante sobriété (c’est votre idée le Pout Pout Pout pour la tronçonneuse ??) et pour le fou rire avec le sobriquet « gros sanglier » !

Alors voilà, l’écologie c’est fantastique, ça permet de se faire des amis. Et je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, depuis cette lecture j’ai très envie d’aller faire un câlin à un arbre !

Aux P’tites Choses

Caroline Barber et Élisa Granowska

Les P’tits Bérets

Orso.Editions

C’est un petit livre, déniché dans une petite librairie.

Il se faisait discret sur son étagère, attendant Son lecteur. Il attendait son heure. Le lecteur sera une lectrice…

Dans la boutique de Monsieur Bernard, on trouve plein de « P’tites choses » dans les tiroirs. La spécialité de Monsieur Bernard ce sont les mots. Il vous en propose de toutes les sortes : grands, petits, riquiquis, joyeux, ambitieux, curieux…il suffit de demander !

Pour ceux qui en auraient besoin, Monsieur Bernard a aussi les noms d’oiseaux, des gros mots, des mots fleuris. Il dispose également de syllabes simples, de mots tendres : le choix est vaste mais les stocks baissent rapidement. Le commerçant s’inquiète : que se passera-t-il s’il ne lui reste plus que des mots déprimants dans ses tiroirs ? Comment faire…se pourrait-il qu’on puisse transformer des mots, les remodeler, les recycler ?

A l’instar des illustrations charmantes d’Elisa Granowska, faites de bric, de broc, de trucs découpés, assemblés, bidouillés en 3D, Monsieur Bernard bricole, assemble. Une fois son ouvrage achevé, il déverse les mots désagréables dans sa machine et…il attend. Le lendemain, la surprise est digne de ce nom pour ses clients. Qu’ils le veuillent ou non, les gens repartent avec des mots affables, courtois, délicats. Mieux encore, les mots doux s’envolent, se répandent, s’infiltrent par les portières, par les fenêtres. Personne ne leur échappe et c’est tant mieux. Mission accomplie pour Monsieur Bernard !

Alors voilà petit album, je suis tombé sous le charme de ton joli message. Je remercie Caroline Barber pour ce texte si agréable, léger comme une gentillesse qu’on murmure à l’oreille.  Qu’il est doux de se rappeler que même en cas de coup de colère ou coup du sort, les mots doux et bienveillants seront toujours plus puissants que les invectives et autres substantifs sarcastiques. Alors qu’on les murmure, qu’on les susurre, qu’on les bafouille ou encore qu’on les hurle aux quatre vents, usons des mots doux sans modération !

Le renard emprivoisé

Marie Tibi et Rebecca Romeo

Le Grand Jardin

Il y a Virgile, sa passion pour la photographie, son amour de la nature.

Il y a la forêt, son énergie, ses secrets et ce renardeau pris au piège du roncier.

Depuis combien de temps se débat-il ? Suffisamment pour ne pas résister quand Virgile le dégage et l’emmène. C’est le début d’une amitié déséquilibrée. Jour après jour, Virgile s’attache à l’animal, il le soigne, le câline, l’admire. Il ne perçoit pas son désarroi. Car le renard n’est pas heureux, il ne trouve pas sa place dans cette jolie maison, il ne comprend pas le collier qu’on lui passe autour du cou, il ne s’habitue pas à cet enfermement.

Une complicité et une proximité apparaissent malgré l’inconfort. Virgile est gentil, attentionné. Il a donné un nom à son compagnon : Fauve. L’illusion de bonheur dans laquelle Virgile se laisse bercer lui sera douloureuse. On ne change pas si facilement la nature d’un animal. La forêt appelle le renard à la rejoindre. Celui-ci s’élance mais le collier l’étrangle. Il mord. Il ne veut pas de maître. Il ne sera pas compris.

Passent les jours, les nuits : l’humain se targue d’avoir apprivoisé un renard et baisse sa garde, un matin, devant une fenêtre ouverte. C’est l’automne et le cerf brame. C’est l’automne et Fauve s’élance, court, file, trace vers sa liberté. C’est l’automne et derrière le rideau de ses larmes, Virgile est étreint de chagrin.

Le temps fera son œuvre. Les instincts étouffés s’aiguiseront, la tristesse s’apaisera et déjà le printemps est là. A défaut de s’être compris jadis, le temps présent offrira à Fauve et Virgile une douce occasion de se retrouver.

 Il y a l’écriture délicate de Marie Tibi, pour poser en filigrane une question fondamentale : c’est quoi la liberté ? Il y a ce titre, cette antithèse néologique : « emprivoisé ». L’histoire est belle, triste, et farouchement rebelle. Jamais le renard ne capitule. L’intention de départ était louable. Combien sont-ils, les humains capables de s’émouvoir du sort d’un animal blessé, a fortiori un renard ? Virgile a cru que ce sauvetage le rapprochait de la forêt, de la Nature qu’il aime tant, or il est juste le proverbe qui énonce « Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Le paradoxe se renforce à mesure que l’histoire progresse. Lui qui aimait tant la nature, qui la respectait profondément : que lui arrive-t-il ? La détermination à garder Fauve pour lui sera son erreur. La liberté ne se transforme pas en animal domestique. Volonté mal placée : la leçon est déchirante, efficace.

Respecte-t-on une créature quand on la prive de ce qui est essentiel pour elle ? A quel écho d’orgueil cela répond-il ? Habilement, subtilement, on se rend à l’évidence : Virgile a cédé à une tentation. Il a fait erreur, il a eu de la peine, et il a compris la leçon.

Alors évidemment, après l’histoire le débat s’ouvre, s’agite : ces animaux sauvages exposés au public, dans les zoos, parcs ou cirques : que faut-il en penser ? Ces animaux sauvages soignés par des hommes et des femmes au grand cœur, qui décident de rester dans un périmètre proche : faut-il condamner l’affection ? Ni noir, ni blanc. Le respect devrait d’abord être affaire d’empathie. Qu’est-ce qui est le mieux pour renard, sanglier, chevreuil, écureuil, corbeau, loup, lion… ?

Si la question de la liberté animale est habilement soulevée par le biais de cette tentative d’apprivoisement, je m’autorise à extrapoler : et…c’est quoi la liberté pour les humains ? Je botte en touche : les philosophes s’interrogent sur cette notion depuis des années. Chacun y va de ses arguments, développés, soutenus, affirmés. A chacun d’y trouver sa définition. Toutefois cette histoire interroge quelque chose en moi, ce quelque-chose qui se révolte quand il est question d’esclavagisme contemporain, du droit des femmes dans certains pays et d’autres choses dans le large et insupportable sujet de l’instrumentalisation des êtres…Quand on évoque la liberté, comment occulter ceux qui en sont privés ?

Pour accompagner ce texte engagé, ouvrez les yeux, contemplez, plongez dans les éblouissantes illustrations de Rebecca Romeo. La vibration de la nature s’harmonise à la chaleur des couleurs. Que ça soit de jour ou de nuit, dans l’attente impatiente ou la course effrénée, les images parlent, me happent, me subjuguent. J’y croise tant de choses : caniche frisé, narcisses éclatantes, champignons des bois ou encore baignoire îlot… chaque lecture se conclue par le sentiment d’une bouffée d’air !

Il y a dans cet album plus qu’une invitation : c’est un appel à écouter la Nature avec son cœur. Merci Marie Tibi, Rebecca Roméo et Le Grand Jardin de nous offrir cet album, ce murmure des bois, essentiel !

Du rythme dans les pattes

Marie Tibi et Chiara Arsego

Rêves bleus (éditions d’Orbestier)

Zdabalabaloubi…. !

Yapalalam pam pam, yapalalam pim pam padam !

Et un, deux trois, quatre !

Yo, vous avez le rythme ? Z’êtes dans la vibe ? Z’avez le groove aux pieds ?

Georges le maki catta éprouve quelque ennui à jouer tout seul du tam-tam. Un beau jour il saute le pas : le voilà parti faire le tour de la Terre à la recherche de comparses musiciens. Avec la compagnie Tralal’air, il se pose sur la banquise, au Costa-Rica, en Floride, en Jamaïque et même à New York.  Batraciens, plantigrades, volatiles ou canidés : les rencontres seront variées !

Au fil de son voyage «(…) valise à la main, tam-tam en bandoulière », Georges rencontre des musiciens de tous horizons. Partout ça sonne, résonne, fredonne. Que ce soit en répétition ou en improvisation, Georges découvre, s’imprègne de ces nouvelles sonorités tantôt ensoleillées, tantôt virevoltantes.

Depuis toujours, avec ou sans mots, la musique s’engage, défend, dénonce, s’implique, s’applique à dire la vie se fichant éperdument des frontières. En poésie, en rime, en rap : la musique a toutes les couleurs, toutes les voix.

La musique se partage, se répond, s’enrichit des échanges. Des arpèges à la danse, il n’y a qu’à laisser la musique se répandre des oreilles…aux orteils. Alors qu’est-ce que vous prendrez : une polka au saloon – un free-style on the road – une soirée disco ? Faut dire qu’avec les chaleureuses illustrations de Chiara Arsego, la musique nous saute aux oreilles à chaque double-page ! Le mouvement qui habite les musiciens est impressionnant : j’ai l’impression de voir les doigts courir sur les cordes des instruments. L’énergie de la danseuse de flamenco se propage jusqu’à mes jambes, me donnant terriblement envie de l’imiter…

Marie Tibi nous embarque au pays de la sémantique de la musique. Le texte se chantonne, se module, s’amplifie selon les ambiances. Chaque nouvelle destination se rejoint avec le refrain. Petite suggestion : sélectionner une playlist pour faire connaissance auditivement parlant avec les différents styles évoqués au fil de l’histoire.

Le musicien attire les spectateurs comme le livre, ses lecteurs. Georges il a tout compris : tout a plus de saveur quand il y a partage…Ce bel album invite au voyage, à la curiosité, et suscite la générosité : la musique s’offre à qui est disponible pour la recevoir…

Vous lisiez, j’en suis fort aise, et bien battez la semelle, applaudissez, dansez maintenant !

Plouf et Nouille

Steve Small

Sarbacane

Un canard qui n’aime pas l’eau : c’est ballot !

Plouf sort toujours bien couvert : ciré jaune, bottes jaunes, chapeau jaune…aucune goutte ne peut passer. Il n’aime pas l’eau, sauf celle de son thé bien chaud qu’il sirote, bien au chaud au coin du feu.

Un soir de vent, une brèche apparaît dans le toit. Plouf n’est pas content : il pleut dans sa maison. En allant chercher un seau, Plouf découvre Nouille, perdu devant chez lui. Il l’invite à rester pour la nuit. Nouille c’est le contraire de Plouf : il adore l’eau. Malgré cette radicale opposition, une amitié naît goutte à goutte.

Stupeur et incompréhension !

Ensemble ils se mettent à la recherche de la maison de Nouille mais personne ne semble savoir où habite la petite grenouille. Qu’à cela ne tienne, Plouf accueille Nouille avec joie. Jusqu’à ce que Pélican passe par là, et ramène Nouille chez lui. Plouf de se sentir bien seul soudain…

L’amitié ça ne prévient pas quand ça arrive.

L’amitié ça peut faire la surprise de réunir des personnalités qui semblaient opposées.

Avec ses couleurs toutes acidulées, ses contrastes ombres et lumière, Plouf et Nouille héberge une jolie expérience de vie. Parfois les croyances limitantes s’éloignent d’elles-mêmes. Ce qui rassemble ne se niche pas nécessairement dans la ressemblance. La preuve en est qu’on peut même singulièrement s’attacher à celui qui nous ressemble si peu. Voilà pourquoi Nouille prend son ciré, son chapeau, ses bottes et brave l’averse pour retrouver coûte que coûte son ami.

L’amitié, ça réveille le courage et l’audace !

L’amitié ça peut faire dépasser certaines habitudes, et ça ouvre la porte des compromis !

L’important ce n’est pas ce qui sépare, c’est ce qui rassemble !

Voici un joli album, réconfortant comme une boisson chaude et qui donne envie d’enfiler ses plus belles bottes pour aller sauter dans les flaques d’eau…en bonne compagnie !

Sebastian Meschenmoser : jamais deux sans trois!

Pas de jaloux : j’ai déjà présenté deux albums de la série « écureuil » de Sebastian Meschenmoser : autant vous donner un aperçu des trois autres !

Dans la continuité de L’écureuil et la lune ( https://clarasurlalune.com/2021/03/23/lecureuil-et-la-lune/ ) et L’écureuil et le printemps ( https://clarasurlalune.com/2021/03/22/lecureuil-et-le-printemps/ ), dans ces trois opus les quiproquos se nourrissent de la tendre naïveté des habitants de la forêt. Tout est annoncé avec les illustrations crayonnées qui habillent les pages de garde…et il faut regarder les albums jusqu’au bout ! Entre les deux, ce n’est que fraîcheur de la forêt, poésie et détails hilarants (c’est très difficile de résister au rire qui vous cueille par surprise).

On sentirait presque l’écorce des arbres sur les pages…

En tendant l’oreille on peut entendre la brise ou la bise dans les branchages…

Inspiration : humus, terre, parfum des fleurs et effluves des résineux…

Ouvrez grand les yeux : les détails foisonnent…

A chaque album le voyage sera incroyablement sensoriel !

————————————————————————————————–

L’écureuil et la première neige

D’ordinaire en hiver les animaux hibernent. Mais Bouc a raconté à l’écureuil la beauté du paysage enneigé. Depuis, le petit animal roux fait tout ce qu’il peut pour empêcher Morphée de passer. Comme la curiosité est contagieuse, Hérisson puis Ours se joignent à lui. A eux trois, le premier flocon n’a aucune chance de leur échapper. Encore faudrait-il que les trois amis sachent de quoi il s’agit…

Impatience et enthousiasme des premières fois : voilà ce qui fait vibrer cette histoire ! L’excitation qui précède la découverte de l’hiver est communicative. Les hypothèses vont bon train et en réalité, il y a bien des choses qui répondent à la description « (…) blancs et humides, froids et doux. ». Cocasseries en images en écho aux interprétations décalées, le dénouement, heureusement, ne se fera pas trop attendre !


L’écureuil et l’étrange visiteur

Ours est bien embêté : une étrange créature bleue le suit. Il a bien essayé de la semer mais toutes ses tentatives ont échoué. Paniqué, il vient quérir les bons conseils de son ami l’écureuil. Ce dernier ne voit qu’une explication : la créature doit être un extraterrestre qui veut enlever l’ours. Vite, avec l’aide du hérisson, opération leurre et camouflage…Raté, la créature bleue n’est pas facile à berner. Quelle sera leur tactique suivante ?

Encore une fois, l’écureuil est prompt à se persuader qu’un scénario catastrophe est en jeu. Son énergie entraîne ses amis dans son sillage et hop, les variations d’action rythment l’histoire. Chut, on retient son souffle : gags silencieux, panique contagieuse puis nouvelles hypothèses : la fin montrera que l’inconnu bleu n’est pas si dangereux. La méfiance qui entoure la peur de l’inconnu est représentée avec justesse. Le crescendo enfle à mesure que la peur se renforce. Il ne faudra qu’une toute petite petite chose pour que les appréhensions s’envolent…

Oups…


L’écureuil et le Roi de la forêt

Le bouc a raconté à ses amis à quoi ressemble le roi de la forêt. Un petit chien vient à passer. Avec l’étoile accrochée à son collier et les branches qui dépassent de son cou, l’écureuil est certain qu’il vient de rencontrer le roi de la forêt. Une supposition erronée doublée d’une énergie de folie, voilà l’écureuil et bientôt tous les animaux de la forêt qui imitent les attitudes du petit chien. Petit problème deviendra grand : le marquage de territoire sur commande présente quelques difficultés…

Whoooooo…c’est quand même très très beau !

Comique de situation qui rassemble toute la faune forestière : ça en fait du monde ! Courir, gratter et pisser pour avoir une vie meilleure : quel programme !

Petits grands lecteurs s’en amuseront certainement…et de s’interroger : ça veut dire quoi « avoir une vie meilleure » ?

Oups…encore !

La douce loufoquerie qui imprègne ces histoires rime avec poésie, attachant fouillis, amitié, solidarité…le tout pour le meilleur et pour le rire. Ma présentation s’achève (non exhaustive). J’espère que vous êtes conquis par l’univers unique de Sebastian Meschenmoser, cet incroyable équilibriste des mots et des images !

(pssst, il en fait d’autres des albums : foncez découvrir tout cela !)

L’écureuil et la lune

Sebastian Meschenmoser

Minedition

Imaginez, vous êtes sereinement endormi. Soudain quelque-chose de gros atterri à proximité de vous. Vous vous éveillez brusquement et vous découvrez une chose improbable, incroyable, impossible : l’écureuil a eu la surprise de sa vie en découvrant ce matin-là, sur la branche de sa maison, la lune !

Passée la stupeur, bonjour l’angoisse, la panique, l’effroi, les suppositions dramatiques. Et si on venait à croire que lui, l’écureuil, était responsable de la disparition de la lune, que lui arriverait-il ? Il irait en prison, assurément. La seule solution pour éviter cette épouvantable issue, c’est de s’en débarrasser le plus vite possible !

Le problème tombe sur le hérisson qui dormait tranquillement quelques mètres plus bas. Se réveiller avec la lune plantée sur le dos, ce n’est pas banal et ça présente un gros inconvénient. Écureuil, conscient que le problème est toujours présent, met tout en œuvre pour tirer son ami de ce piège. En vain.

Les choses s’accélèrent quand un bouc qui passait par là fonce sur la lune, l’empale et une chose en entraînant une autre, se retrouve prisonnier d’un tronc et de l’astre divin.

Je résume : le bouc est coincé dans l’arbre, la lune dans les cornes du bouc, et le hérisson n’a pas réussi à se libérer.

L’écureuil oscille entre espoir que tout s’arrange et fatalisme. C’est la deuxième option qui l’emporte…

Attirées par l’odeur plus que prononcée que la lune dégage, une armada de souris en fait son festin. Rien à faire pour les en empêcher, de la lune il ne reste qu’une croûte… de trop !  

Tous coupables, tous en prison ! Les double-pages crayonnées qui campent la prison engagent le tragicomique. La naïveté de l’écureuil est attendrissante. Comment pourrait-il être tenu pour responsable de cette tragédie fromagère ? Car une croûte de lune, c’est plus facile à renvoyer dans le ciel qu’une lune entière. L’union fait la force et Hop, plus de problème. Nos amis vont pouvoir retrouver le sommeil !

La lecture de l’histoire n’aurait pas eu la même saveur si je vous avais dévoilé d’emblée les pages de garde. De la meule à la lune comme autant d’interprétations pour un simple rond jaune : là est le talent de Sebastian Meschenmoser. Si le postulat de départ est erroné, c’est la porte ouverte aux quiproquos. C’est tellement décalé que le rire monte, irrépressible !

Comme ils sont expressifs ces animaux dans leur mésaventure. L’écureuil et la lune est un album qui marque par son alchimie comique : quatre animaux, des émotions palpables, quelques rebondissements, une grande délicatesse dans l’illustration et voilà le résultat. L’on choisira de focaliser sur le problème lunaire, ou de profiter des multiples détails qui composent les pages : à vos yeux, au choix !

Personnellement j’ADORE !

Je ne m’en lasse pas !

Et j’en redemande (des histoires, pas du fromage).

Ceci vaut bien qu’on en fasse un fromage !

Et pour ceux qui comme moi seraient sous le charme de l’écureuil de Sebastian Meschenmoser , d’autres histoires aussi délicieuses nous attendent !

L’écureuil et le printemps

Sebastian Meschenmoser

Minedition

L’histoire commence dès la page de garde. Le printemps s’éveille et dans les formes crayonnées de Sebastian Meschenmoser, on aperçoit les oiseaux, les papillons, les souris des champs qui sortent le bout de leur nez, attirés par la douceur ambiante et la nécessité de se sustenter (ils ont faim quoi !). L’écureuil s’éveille aussi. Surpris, interloqué, il se demande « pourquoi » tout n’est plus comme avant : toutes ses couleurs, d’où sortent-elles ?

Ours qui lui répond : « C’est le printemps ! ». Hérisson étant lui aussi sorti de son hibernation, les trois amis sont heureux de leurs retrouvailles. Mais après un si long hiver, il faut penser à se nourrir. Si l’écureuil fait le fou fou, hérisson semble habité par une étrange langueur. Il est tombé amoureux, là-bas près de l’étang, mais la belle ne l’a pas remarqué.

Comment attirer son attention ? Heureusement, il peut compter sur son ami l’écureuil, qui se coupe en quatre et plus encore pour donner à Hérisson toutes ses chances d’impressionner positivement la dame !

En avant la chevalerie et la conquête galante !

Écureuil Quichotte et Hérisson Panza !

Après, je ne sais pas si la référence à Don Quichotte est la plus pertinente pour arriver à ses fins…peut-être que oui, peut-être que non…à moins qu’Hérisson ne cherche à séduire une illusion, un moulin à vent ?

On peut rendre grâce à l’énergie qu’écureuil déploie pour aider son ami à prendre une apparence « digne » de sa dulcinée. Que d’imagination !

Merci Sebastian Meschenmoser : ce duo grimé est irrésistible ! J’hésite à attribuer la palme du comique de situation au casque escargot ou à cette apparence de guerrier papou aux dents de morse ? Ainsi équipés ils font la paire les deux compères !

Tout ces efforts pour rien, car finalement la dame n’était pas du tout ce qu’elle paraissait être. Il y a peu de chance qu’une brosse à cheveux tombe amoureuse d’un hérisson, si belle soit-elle….

Pour la saison des amours, ça commence mal. Mais n’est-il pas cocassement génial ce duo ? Nous pouvons saluer le courage qu’il faut pour aborder l’autre. Peut-être qu’il faudra actualiser un peu les stratégies de séduction de l’écureuil. La chevalerie à la Cervantès n’est plus forcément de mise…au lieu de courir après les moulins, profitons du printemps : qui sait quelles surprises il nous réserve ?

Allez Hérisson ne perd pas espoir, le printemps ne fait que commencer. Tu ne serais pas le premier à t’être fait leurrer !

Le printemps est la saison du renouveau : les couleurs reviennent, la sève monte et avec elle, les amours des animaux. Ce bel album invite à sortir de sa bulle, à profiter du présent, des amis…et plus si affinités !

Il y a aussi un joli clin d’œil : à trop en faire, gare au ridicule ! Rester soi, c’est déjà très bien. Merci Sebastian Meschenmoser, de nous donner tant à raconter via vos illustrations crayonnées où se dissimulent 1001 petits détails qui nourrissent l’histoire.  Le plaisir de feuilleter encore et encore cet album est intact j’en découvre à chaque nouvelle lecture-observation !

Moralité : courir après les brosses ne mène à rien !

Conclusion : vive le printemps !

Une fille dans la foule

Charlotte Bouquet

Flammarion jeunesse

Dessiner ou ne pas dessiner, là est la question.

Écologie brûlante, adolescents engagés au point de sécher les cours tous les vendredis alors qu’il y a LE bac dans quelques mois, le roman commence tambour battant. Roxanne suit le mouvement, galvanisée par Maelys, sa meilleure pote (BFF pour les intimes : Best Friend Forever).

Maelys, la Greta Thunberg du lycée Sainte Thérèse, voix haute, charisme magnétique qui draine les autres dans son sillage au militantisme assumé. Roxanne suit…pour garder l’amitié de Maelys, pour maintenir l’opportuniste Clara à distance. Roxanne suit parce que quand on ne sait pas vraiment où aller, c’est plus facile de suivre. Roxanne suit jusqu’à ce dimanche. Ce dimanche où le rassemblement pacifiste a tourné court.

Il était pourtant beau le tas d’ordure sur la place publique.  

Elle était bien partie cette journée aux hashtags #youthforclimate #climatewarrior

Ils étaient bien briefés les CRS quand ils ont chargé.

Il a bien giclé le sang…du visage de Maelys quand elle a été touchée.

(oh oh, ça m’en rappelle une paire de faits divers aussi sordides, combien d’yeux perdus ou de joues perforées par des balles de défense ?)

Maelys à l’hosto, lycéens traumatisés et Roxanne hantée-culpabilisée-paumée, psychotrauma et tout le tralala de flashbacks qui tournent non-stop. Psychothérapie ? Roxanne y va, plus pour ses parents que pour elle-même. Les amarres sont en train de lâcher. Roxanne sèche, Roxanne erre dans le parc, Roxanne ne sait pas vraiment ce qu’elle veut mais elle commence à sentir ce qu’elle ne veut pas. La dissonance enfle, l’oppresse, l’étouffe. Les chemins qu’on lui montre sont comme autant de murs. La pression parentale à la sauce « passe ton bac et fais des études bien propres » l’éloigne, la décroche, fait céder des illusions et tendent à créer une brèche. La corde craque un peu plus quand la rupture d’amitié avec Maelys s’enflamme : Roxanne ne s’y retrouve pas dans ce combat. Roxanne ne peut plus suivre, lâche le groupe, se sort du bastringue d’hyper-instagrammisation que son ancienne BFF met en place pour soutenir les actions #youthforclimat

Un masque en moins, des milliers de pensées en prime…Jackpot !

Des jours et des jours de dissociation pour revenir brutalement « dans ses pompes » le jour où, lors d’une énième errance, Roxanne découvre une corneille blessée dans le parc. De l’apathie à l’action, parfois ça ne prend que quelques secondes. Tout faire pour sauver l’oiseau, et voilà que Charlotte Bousquet déroute la lectrice que je suis : exit pour un temps l’écologie, l’introversion malsaine : en avant les ressources pour sauver un oiseau – commun – nuisible paraît-il (WTF??) . Une consultation vétérinaire plus tard, des heures de recherche sur le net pour être certaine de bien s’y prendre et la corneille baptisée Raven commence sa convalescence dans la chambre de Roxanne.

Le corbeau thérapeutique : je ne connaissais pas mais visiblement ça marche. Roxanne dessine Raven. Roxanne dessine comme on respire, par nécessité. Roxanne se réveille, s’implique, se révolte, commence à entrevoir une troisième voie que celle du redoublement ou de la fac dont elle se fiche éperdument. Roxanne s’offusque de la décision municipale de « réguler la population de corvidés »…traduction :  les dézinguer, les tuer parce que…ben c’est nuisible. C’est suffisant comme argument. Nuisible = bon à dégager. Et bim, orientation animaliste du roman. Est-ce que détruire est la seule réponse que l’humanité peut trouver ? (vous avez quatre heures, ça tombe bien, le jour de régulation est prévue le jour de l’épreuve de philo…).

Aller à la rencontre de soi est un chemin que personne ne fait de la même façon. Pour certains ça semble linéaire, évident, écrit d’avance et y a qu’à suivre. Pour d’autres c’est plus nébuleux, sinueux voire complètement opaque. Qu’on soit au pied de la montagne ou au fond du tunnel, ça peut paraître infranchissable. Et quand les injonctions parentales s’y mettent, que faire ? Quand on entrevoit notre vibration profonde, faut-il prendre le risque de l’éteindre pour ne pas risquer de défausser notre image aux yeux des autres ?

MAIS au fait : et si on laissait de côté un instant le regard des autres pour se concentrer sur le seul qui importe : le nôtre. Où se cache-t-il ? Qu’il se montre ce beau et grand JE !

Ou alors une petite nuance : ne prendre que les regards qui nous surprennent, qui nous révèlent à nous-même…Bravo Nadir et Juliette, d’avoir senti, d’avoir compris, d’avoir cru en Roxanne, en la potentialité de ses ailes alors même qu’elle soigne celle blessée d’une corneille. La discussion des parents entre eux sur leurs « rêves » de jeunesse est édifiante…est-ce qu’elle suffira ?

Merci Al et R pour votre consensus en terminale : Oh…on te verrait trop bien /dans le métier que vous savez/ alors que je ne voyais qu’une montagne infranchissable en lieu et place de mon avenir….ah…petite nostalgie…

L’air de rien, Une fille dans la foule agite, réveille, secoue, bouscule…et m’a émue (forcément, surtout page 225 où ça a commencé à couler…un jour je raconterai comment j’ai sauvé une mésange, un peu de la même manière, avec les conseils du référent LPO de mon secteur…mais je m’égare..). L’autrice oriente vers l’écologie, interroge les prises de positions politiques et répressives, expose les manipulations des médias, met le cap sur la question fondamentale « qui suis-je ? » flanquée de sa jumelle « qu’est-ce que je veux ? », bifurque vers la cause animale…tout est lié, relié, connecté, réseau-sociauté. Les ados s’engagent, parviennent à drainer du monde dans leur sillage. Charlotte Bousquet engage, à différents niveaux, différentes problématiques : choisir son avenir, sa façon personnelle d’être citoyen, et comment assumer tout cela.

Cerises sur le roman : les dessins de Charlotte Bousquet-Roxanne tout au long des pages ! De l’esquisse « pour passer le temps » en cours aux corbeaux croqués dans le parc, des portraits à l’envol final, ils disent aussi là où les mots trouvent leurs limites.

Mon petit doigt me dit qu’on a tous croisé l’un des ados présents dans ce roman. Peut-être même qu’on pourra se reconnaître dans certains traits. J’en retiendrai qu’à tout âge, ce qui importe ce sont nos choix, nos engagements ou non-engagements, décidés dans le respect et la bienveillance de notre propre regard (ma meilleure amie, ma BFF, c’est moi !).

Bonne lecture à tous et Hashtag les-corbeaux-sont-nos-amis !

M comme la mer

Joanna Concejo

Éditions Format

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la mer.

Je la porte dans mon cœur, dans mon âme. Je ne suis jamais aussi apaisée et ressourcée que quand je suis au bord de l’océan.

Mes maux semblent s’y diluer.

Énergie et espoir m’emplissent, me nourrissent telle la marée haute. Mes pieds plongés dans l’eau, même glacée, sont ancrés comme nulle part ailleurs.

Lire…surtout avec la musique du ressac !

Alors que dire, alors que je plonge dans cet album qui réveille via mes oreilles les émotions que Baudelaire puis Rimbaud ont suscité avec leur poésie, jadis, à l’école…

D’abord avec le si célèbre l’Homme et la mer :

Homme libre toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer (…)

Puis avec L’éternité :

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil. (…)

Je croyais que tout était dit et puis vint cet ouvrage…et puis vinrent Joanna Concejo et Margot Carlier, les éditions Format. Quand je l’ai tenu en main, le temps s’est suspendu un instant, comme lorsqu’en voiture je guette ce moment où la grande bleue va apparaître.

Immersion progressive…

Des photos accueillent le lecteur, superposées, souvenirs heureux. M arrive.

Ce matin n’est pas le sien.

C’est un matin sans…

Ça arrive.

Il est chagrin, irrité, mélancolique. Les lieux suscitent les souvenirs de promenades avec son grand-père. Qu’est-il devenu ce jouet enterré un jour dans le sable ?

Se pourrait-il que de l’autre côté il se trouve un autre « comme lui » ?

Avec la brise marine, les mots s’envolent et la voix de se perdre, emportée jusqu’où ? L’enfant s’interroge : quel peut-être le quotidien de cet autre : ressemble-t-il au sien ?

La mer c’est le passé, les photos d’enfance comme témoins de la douceur d’une main passée dans les cheveux…faire signe, se retourner sur un cliché.

La mer, c’est le présent, mouvement perpétuel depuis la nuit des temps qui accueille les cailloux jetés comme les confidences, avec la même constance. C’est construire, créer, et devoir recommencer après chaque marée !

La mer, c’est le lendemain annoncé par le scintillement des vagues au soleil couchant.

La mer, c’est la rencontre du présent avec l’origine de toute vie. Regardez bien, les creux de vagues laissent entrevoir un peu du trésor abrité par ce bleu teinté de noir et d’écume.  

L’eau qui dort…

C’est là que tout commence et tout fini. Sur la plage il y a ces petits trésors : morceaux d’algues, de coquillages, devenant tour à tour éléments du château de sable ou souvenirs précieusement conservés dans une boîte.

Les miens, mes petits trésors autour de celui du livre…

J’ai la gorge serrée par l’émotion et mes yeux s’embuent quand je contemple M, baignant sur une serviette qui réunit toute chose vivante. Simple est l’abolition des frontières, surprenante est la redécouverte des liens absolus entre toute chose animale et végétale.

A l’heure où elle est si malmenée par une partie de l’humanité, je vous sais gré, Joanna Concejo, de nous offrir ce cadeau. Vos mots se font écho de la filiation, qui fait que de la « mer » à la « mère », le pas est si petit à faire. Il ne reste qu’à contempler les illustrations, comme on le ferait depuis la plage ou en surplombant la falaise, ces illustrations qui nourrissent ma fascination presque comme « si j’y étais ». C’est sobre, authentique, lumineux, captivant. C’est rétro et réel, entre l’éternité de Rimbaud et l’instant présent. Photos ou pleines pages pour accueillir ce que chacun voudra y rencontrer, le miroir de Baudelaire, nos abîmes personnelles ou l’irrésistible appel du large !

Je vis dans le Grand Est, beaucoup trop loin de l’océan à mon goût. Incroyable, c’est comme s’il s’était soudain rapproché. Il me manque toujours, mais je n’ai qu’à parcourir ces pages pour soudain le retrouver.

Alors l’équipe des éditions Format, à Élisabeth T, à l’autrice, à la traductrice, et à ceux et celles qui ont pu me voir dans ces moments de transe totale que me procurent les embruns et le vent du large : du fond du cœur : MER-ci … !!!

M sera bien accompagné !