Mis en avant

Bienvenue chez Clara sur la Lune.

Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !

Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !

Tant qu’il y aura des livres…

Le chant de l’arbre

Luna Granada

La tête ailleurs

Un arbre vivait en ville. Les saisons lui offraient de quoi rayonner : couleurs, lumière du soleil, lueurs de lune ou compagnie des coccinelles. Quand la belle saison au loin s’étire, ce sont les animaux de la ville qui font une pause de quelques minutes sur ses branches nues. L’arbre est heureux : il aime avoir de la compagnie.

Au moment de l’hiver, plus rien ne semble pouvoir égayer l’arbre de la ville. Il s’en persuade jusqu’à ce que dans toute cette grisaille, une tache colorée retienne son attention. Quelle chance que cet objet rouge vif qui virevolte à proximité des longues branches. Voilà qu’il s’y accroche. Voici l’arbre réconforté d’être paré d’un sac en plastique !

Ce n’est que le premier…Une abondante troupe multicolore ne va pas tarder à le rejoindre.

Comment ne pas être tristement ému de voir l’arbre se réjouir de ce cadeau empoisonné ?

Comment lui expliquer que ce qui l’égaie aujourd’hui demain, certainement, l’asphyxiera ?

Point d’explication, le temps se charge de lui faire comprendre quel revers de médaille accompagne ces faux-amis. En quelques mois, la superbe des sacs plastiques s’est muée en guenilles, qui dorénavant pendouillent tristement sur les branches en étouffant leur hôte. Les branches basses en sont incapables de jouer avec le vent.

Soit. Si la brise urbaine n’y a plus sa place alors le vent soufflera en tempête. Le moment est rude mais nécessaire. Les bourrasques douloureuses nettoient, dégagent, délivrent le pauvre arbre de son empoisonnant plastique.

Comment rester hermétique au message écologique ? A l’heure où le plastique a pris tellement de place sur la planète, où ce n’est plus un mais plusieurs continents de plastique qui témoignent sur les océans de la folie des hommes, on en oublierait presque les conséquences sur notre environnement proche. Le message de l’arbre devient particulier, comme un écho d’un quotidien devenu banal.

Je m’interroge : face à la pollution ordinaire, arriverait-on à éprouver une once de révolte ?

  • Est-ce qu’on prend encore le temps de regarder les arbres ?
  • Est-ce qu’on remarque le plastique qui gît au pied du tronc ?
  • Est-ce qu’on ose s’offusquer de l’état des bas-côtés des routes ou des bouteilles vides jetées en forêt ?

Une vie sans plastique, l’arbre l’a compris, ça laisse de la place à la vie. Les bruissements des sacs ont laissé place aux pépiements. Luna Granada offre à son arbre et au lecteur la joie de la renaissance sur fond de ciel bleu !

Cet album me confronte à ma conscience écologique. Le vent fait son œuvre. Quelle est la mienne ? Il se pourrait qu’on ait tous la possibilité d’agir, à notre mesure, en face de chez nous peut-être. Rêver d’un monde meilleur c’est bien. L’aider à le devenir, c’est beau. Du moins c’est ce que moi j’ai envie d’entendre : l’invitation à ramasser plus souvent ce qui traînerait à mes pieds pour lui interdire d’étouffer les arbres, les animaux ou les fleurs.

Peau d’âne

D’après Charles Perrault, adapté par Anne Jonas et illustré par Anne Romby

Milan jeunesse

Il y a peu d’artiste devant lesquels je me pâme d’ouvrage en ouvrage.

Pourtant côté illustrations, celles nées de la main d’Anne Romby font exception : avec elle je rêve sans modération.

J’ai déjà présenté deux albums dont les merveilleux textes sont accompagnés par ses dessins enchanteurs : Amani faiseur de pluie et La nuit du prince grenouille.

Aujourd’hui j’ai envie de vous dévoiler un peu de la magie de Peau d’Âne.

Tout le monde connaît le conte : un roi et une reine vivaient dans le bonheur absolu. Parents d’une ravissante fillette, leur royaume vivait dans la prospérité et la confiance. Pour parfaire ce tableau, le roi prenait grand soin d’un animal au pouvoir étonnant : un âne qui, loin de souiller sa litière, donnait chaque jour des louis d’or en quantité. Pourtant cela ne devait pas durer : un jour funeste, la reine se trouva mal. Sentant ses forces l’abandonner, elle fit promettre à son époux que, quand le temps serait venu où la douleur du deuil se serait éloignée, il n’épouserait pas une femme moins sage et belle qu’elle.

Le mari promit.

La reine mourut.

Le temps passa.

La peine s’estompa.

La folie du père s’éveilla. Devant l’impossibilité de tenir sa promesse, il réalisa que seule leur fille réunissait les qualités qui surpassait sa défunte mère. Il résolut donc de l’épouser…(là tout le monde admettra que ça se gâte pour la princesse…). Pour échapper à l’inceste promis par son père, la princesse demanda conseil à la fée Lilas sa marraine.

Mais les stratagèmes échouèrent, la folie du père ne semblant pas avoir de limites. Il en sacrifia même son précieux âne.

C’est dissimulée sous sa peau que la princesse prend la fuite, seule échappatoire aux projets de mariage de son père. Ainsi enlaidie, méconnaissable, elle marche sans s’arrêter. Réduite à la mendicité, elle trouve une place de souillon dans une ferme. Loin de son royaume, elle vit une existence misérable.

Son seul plaisir dorénavant sera de revêtir, le dimanche, une de ses robes que, grâce à la magie de sa marraine, elle avait pu emmener avec elle. De cet accès de coquetterie naîtra l’amour du prince qui passait par là…La suite vous la connaissez !

Les illustrations sont à la mesure du conte : merveilleuses même dans les moments les plus sombres.  Le regard se pose ici et là, pour revenir contempler le raffinement des inspirations orientales que l’illustratrice nous offre. Tant de grâce dans le mouvement des étoffes précieuses, que de délicatesse des ailes de la fée Lilas faites de pétales et fines feuilles.

Certaines doubles-pages font vagabonder mon esprit vers les Très riches heures du Duc de Berry. D’autres, de par leurs perspectives adaptées, oriente mon vagabondage visuel vers la Perse ou bien quelques estampes me suggèrent une ambiance japonaise. Un dépaysement à la hauteur de la magie des contes n’est-ce pas ?  

Cela fait plus de dix ans que je possède cet album et je continue d’en découvrir à chaque lecture : mille merci Anne Romby pour votre Art qui parvient profondément à séduire petits et grands. J’espère que vos ouvrages traverseront le temps et que dans vingt-trente-cinquante ans, ils réjouiront encore les lecteurs. D’ailleurs, avec lequel vais-je présentement poursuivre le rêve ?

La Belle et la Bête, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont/Anne Romby

La princesse sans nom, Hugues Paris/Anne Romby

Fleur de Cendre, Annick Combier/Anne Romby

Zhao l’enfant-peintre, Anne Jonas/Anne Romby

Kahalim l’Opulent,  Gérard Moncomble/Anne Romby

Je pourrais vous en montrer d’autres (oui oui il y en a encore…) mais je préfère vous laisser découvrir par vous même l’univers fabuleux de l’incroyable Anne Romby !

Ta peau contre la mienne

Rémi Courgeon

Éditions Milan

Vengeance au féminin : il a tué son cheval. Il devra payer de son sang.

Fin de l’enfance, début de l’itinérance avec pour seule motivation : le retrouver. Mais elle n’est pas seule à le traquer. La tête du bandit est mise à prix. Il faudra être plus rapide, plus discrète pour arriver la première. Rémi Courgeon nous emmène dans l’Ouest Américain : vous les entendez les talons qui claquent contre le sol et l’écho de l’harmonica ?

Aaron Blake voulait la fille : c’est le cheval qu’il a tué. Pour la fille, le cheval était sa famille. Quand un lien aussi fort existe entre un humain et un animal, il ne peut être rompu brutalement sans générer une suite de conséquences. Après avoir offert à son frère cheval le repos de la terre, après s’être cousu un vêtement avec sa peau, elle commence sa longue recherche.

Le danger rôde. Il est partout. Il va falloir survivre au désert, aux hommes qui n’ont que faire de respecter une femme. Mais le sort en est jeté, elle ne peut pas reculer. Dormir dans les arbres, se fabriquer une arme, pister les traces du malfrat sans se faire repérer : tout cela est risqué d’autant plus qu’elle va à pied, et que le manteau en peau de cheval pèse sur ses épaules.

C’est « elle » qui parle. Elle qui dialogue avec l’arbre qu’elle déleste d’une branche pour se fabriquer un arc. Elle dont les sens sont en permanence aux aguets. Elle qui semble avoir basculé dans cette violence. Mue par son désir de vengeance, elle poursuit dont but. Un nouveau cheval sur sa route qu’elle libèrera du joug des hommes et de l’agression du harnachement : une jument. A cru sur son dos, elle avancera plus vite. Le western n’est pas fini…

Quand on aime profondément les animaux, chevaux ou autre, je comprends qu’on puisse avoir l’intention de devenir mauvais envers ceux qui par habitude ou sciemment les brutalisent. Dans les faits divers sordides de ces dernières années, il y avait ces chevaux mutilés, laissés agonisants dans leur pré avec une oreille coupée. Je crois que la bouffée de haine ressentie n’avait d’écho que la profonde incompréhension pour ce genre d’agissement. Que s’est-il passé dans notre société pour qu’on en arrive à mépriser à ce point le vivant, animal ou environnement ?

Que de suggestions à reconsidérer ce qui nous entoure comme un don et non comme un dû. Un peu d’animisme, de féminisme, une alternance bien orchestrée entre les paysages nimbés de cette chaleur écrasante propre au Far-West et les nuits glacées où le bruissement d’ailes des chauves-souris répond au crépitement des feux de camp : la lecture est addictive. La plus magnifique des revanches ne se trouve pas dans l’élimination du truand.

Le dénouement sera grand.

Plus puissant qu’une balle quand j’ y songe…

Ce livre me touche au cœur, aussi sûrement qu’une flèche.

Parce que depuis des années je trouve tellement réconfortante l’odeur des chevaux et la douceur de velours de leurs museaux.

Parce que pendant des années j’ai eu le privilège inouï de cheminer à côté d’une belle jument espagnole, au regard d’une douceur sans pareil. Son départ pour la voute céleste m’a laissée assurément orpheline. Probablement parce que je suis de ceux qui se sentent davantage eux-mêmes avec les animaux.

Et au passage, j’aime beaucoup ce que Rémi Courgeon dit de son livre, par ici : https://www.youtube.com/watch?v=zPXdPhGwPfw

Entre la force humaniste, la subtilité poétique et la réflexion philosophique, cet album est un véritable cadeau : stimulant et inspirant !

Ours

Tiphaine Boilet

La Poule qui pond

Découvrir la vie, s’émerveiller de ce qu’on rencontre avec ce regard unique des tout petits : voici le tout doux Ours de Tiphaine Boilet.

Sur la banquise, quelques flocons tombent du ciel. L’un d’eux atterri sur le nez d’un petit ourson polaire. Étonnement avec point d’exclamation, tout à sa joie voici l’ourson en chemin et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y en a du monde sur la banquise.

Où va-t-il avec son flocon sur le nez ?

Pourquoi fait-il si attention ?

Ah l’émerveillement des premières découvertes. On oublie parfois que ce qui nous entoure, qui paraît si ordinaire peut-être, un jour on l’a certainement considéré avec la même émotion pure que celle de ce petit ourson.

Une joie, quand on est petit, n’a d’intérêt que si elle est partagée ! Dès lors rien n’est plus important que de rejoindre son parent. Pour cela il faut se dépasser, l’objectif étant de préserver la position du flocon tout en circulant à travers un groupement de goélands, une foule de pingouins et un attroupement de morses. Un dernier effort, plus que quelques mètres à parcourir en nageant, et enfin les retrouvailles, le partage et le câlin !

Qu’est-ce qui pourrait sembler plus banal qu’un flocon au Pôle Nord ?

Ou qu’un grain de sable dans le désert ? Ou encore, des chapeaux de glands en forêt…(je pourrais continuer mais vous avez saisi l’idée 😉)

Merci Tiphaine Boilet : avec cet album on se reconnecte aux jolies petites choses qui nous entourent…Cela me rappelle les nombreuses coquilles d’escargots ramassées et amenées à mes parents avec la fierté d’Artaban (je ne vous raconte pas le jour où il y avait encore un escargot dans la coquille…j’avais même entrepris un élevage, mais là c’est une autre histoire !).

Voilà, à toi qui es de passage sur ce blog j’espère que tu tomberas sous le charme de ce joli petit album paré des couleurs du Grand Nord. Au cœur de l’hiver, il scintille aussi sûrement que des yeux d’enfants pétillants !

Album pour les petites mains grâce à ses pages cartonnées et pour les plus grands qui aiment regarder la neige tomber.

Gratin d’hippopotame

Reza Dalvand

Le diplodocus

Aujourd’hui dans l’assiette, ce n’est pas le brocoli l’objet du délit. Ce sont les spaghettis !

Et Mademoiselle l’a dit d’un ton catégoriquement assumé, assuré, refusé :

Face à cette détermination, la maman a une réponse pour le moins surprenante : « c’est un plat de girafe » !

Et sous sa fourchette habile, la voici la fameuse girafe !

Mais le repas n’est pas fini, et la petite demoiselle n’en a pas fini avec son assiette. De la salade ? Ah non ça ne va pas être possible. C’est sans compter sur l’habileté de la maman…

Mais l’assiette tortue je ne vous la montre pas…il vous faudra la découvrir dans l’album !

Ce n’est pas l’histoire d’une enfant qui chipote pendant le repas que nous offre Reza Dalvand. C’est un moment de partage, un temps que la maman prend pour être vraiment présente avec son enfant. Ici point de montre, de top chrono il faut se dépêcher. Le temps passé ensemble est propice à ce que l’enfant et l’adulte se rejoignent.

A aucun moment la maman contredit son enfant.

Nul passage en force, il n’y a que de la bienveillance. L’émotion négative est accueillie, et par un tour d’imagination, devient curiosité et gourmandise !

Les illustrations sont tout en douceur, comme une invitation à créer de l’extraordinaire. Du coup je m’interroge : à qui parlera le plus ce dialogue : aux enfants ou aux parents ?

Mais au fait : elles ont oublié le dessert !

Devant des assiettes aussi sympathiques, je suis absolument frustrée de ne pas pouvoir rentrer dans l’histoire pour voir de quels ingrédients ledit hippopotame de demain sera fait…

Il ne me reste plus qu’à me le préparer. Voyons qu’est-ce que j’ai dans ma cuisine…Un potimarron, du riz et des billettes de mozarella. J’espère que ça suffira…  

Vole, Albert, Vole !

Yih-Fen Chou, Chin-Lun Huong

Traduit par Olivier Lebleu

Tuttistori éditions

C’est l’histoire d’un albatros qui n’arrive pas à voler.

Et un albatros qui ne vole pas, c’est balo…

Pourtant Albert s’entraîne. Il y met tout son cœur.

Rien à faire : ça ne marche pas.

Heureusement il y a Simon, son ami mouette qui lui dépose de quoi manger, à lui la risée de l’île. Parce qu’un oiseau qui ne vole pas, qui tangue et qui va cahin-caha sur ses pieds palmés, c’est la honte quoi !

Ceux qui ne se moquent pas compatissent, évoquent sans détour le tragique de la situation. Albert est consterné, et de s’auto mutilé…en vain. Et de sautiller pour tomber plus lourdement encore. Il s’entraîne avec la force du désespéré. Simon y va de ses encouragements jusqu’à ce que la tempête se lève et l’oblige à se mettre à l’abri. Dans la panique Albert veut suivre son ami mais le vent en décide autrement et le voilà propulsé dans le vide, à la merci des rafales tourbillonnantes !

Avec Albert on touche du doigt l’abîme de détresse qui enveloppe celui qui échoue. Le vide est autour, le vide est dedans. Pour oublier, il retourne son bec contre lui : quelques plumes, qu’est-ce que c’est, quelques plumes dans le vent pour exorciser sa douleur.

Ce qui me touche particulièrement dans cet album, c’est l’amitié façon envers et contre tout. La petite mouette prend sous son aile le roi des oiseaux. Il l’encourage, il reste présent. Il a vu lui, le potentiel de son ami. Il ne doute pas. Il sait de quoi Albert sera capable avec ses ailes majestueuses.

Les illustrations de Chin-Lun Huong sont stupéfiantes : je les trouve sublimement sensorielles. La rudesse du sol sur lequel Albert s’écroule trouve son pendant dans l’espace sans limite du ciel qui se déroule au-delà de l’île. La masse rocheuse compose avec les assauts des vagues et du vent et quand souffle la tempête, les doubles-pages paysages suscitent immersion, souffle retenu et fascination. Voir le monde avec les yeux d’Albert, c’est admettre que c’est tellement plus beau vu de haut.

C’est au cœur de la panique, quand tout bascule, quand tout semble perdu, qu’enfin Albert comprend. Il découvre que la solution n’est plus l’agitation. Du mouvement désordonné viendra la ressource. Il pourra en profiter, Albert le magnifique, de ses ailes superbement déployées !

Il aurait pu rester planter ainsi, l’albatros. Le destin météo aura décidé pour lui. Probablement parce que la vie c’est aussi de se retrouver pris dans des tumultes qu’on n’a pas vu venir, qui nous surprennent, qui nous font basculer dans un je-ne-sais-quoi terrifiant. Si on y réfléchit quelques secondes : qu’est-ce qui est le plus flippant : se lancer ou rester sur place ?

Merci Tuttistori ! « Vole, Albert, Vole ! » est un album qui distille des petites graines de confiance en soi (et qui donne furieusement envie d’aller se promener au bord de l’océan) à tous ceux qui hésiteraient encore à se lancer !

 Un livre à mettre entre toutes les mains !

Le secret de Kimi

Conte de Corbeau, illustré par Christian Offroy

Éditions Couleur Corbeau

Le conte nous accueille, nous transporte auprès de Kimi et de sa grand-mère Unci. Nous voici en terre Sioux, là où le vent raconte les histoires d’hier et d’aujourd’hui. Unci connaît les plantes, les fleurs, le langage des arbres, les airs anciens qu’elle fredonne en racontant comment le monde a été créé à l’image de la carapace de la tortue Keya.

La chamane apprend à sa petite fille à reconnaître le sacré dans la nature qui les entoure. De la transmission dépend la sauvegarde des savoirs. Kimi fête ses dix grands soleils. Cela signifie que le moment est venu de lui révéler quelque-chose. Unci semble détentrice d’un rare don : pour que Kimi puisse à son tour le découvrir, les voilà cheminant vers une clairière posée sur le flanc des collines noires. Unci étant une vieille dame, il lui faut le soutien de l’enfant pour marcher et l’aide de ses jeunes yeux pour ne pas se tromper à mesure qu’elle prélève de précieux pollens. C’est une fois ce rituel accompli qu’installées dans la clairière, sous la bienveillance des grands arbres, que la magie pourra s’exercer.

Pour accompagner les mots de Corbeau il y a les illustrations de Christian Offroy, dont la force poétique n’a d’égale que la puissance évocatrice de la Nature ici célébrée. J’effleure à peine de mes yeux les pages que je suis frappée par l’ambiance d’un quotidien intrinsèquement reliée entre les générations. Je perçois dans les visages ridés d’Unci et de l’Ancien tout l’émerveillement de l’enfance derrière la sagesse de l’âge.

Les mots de Corbeau, choisis avec une absolue finesse, suscitent l’ouverture à l’autre avec la légèreté d’une plume dans la brise. Le souffle philosophico-écologique susurre à l’oreille du lecteur que peut-être, il existe différentes façons d’écouter le vivant. C’est ainsi que Kimi devient papillon, kimimila en lakota, le temps de quelques précieuses heures. L’enfant devenu papillon dansant dans le ciel, en communion avec les ombres et les rayons du soleil vivra cette expérience avec la fraîcheur de l’évidence. Elle y entendra une chose que les hommes ne perçoivent plus…un chant qui assurément changera profondément sa vie.

La force incontestable de cet ouvrage réside, à mon sens, dans la mise en lumière des liens entre individus. De la grand-mère qui partage son au quotidien avec Kimi pour ensuite lui montrer comment elle pourra faire elle-même son chemin aux relations avec la tribu qui respecte la guérisseuse. Il y a la famille, il y a la communauté, il y a l’environnement. Le respect du vivant, qu’il soit animal ou végétal ne peut fonctionner que s’il est porté par le groupe. Il y a de quoi réfléchir à nos pratiques n’est-ce pas ?

Le lien absolument fondamental entre les Amérindiens et la Nature m’était vaguement familier. Après cette merveilleuse lecture, il m’apparaît impossible de détourner les yeux du papillon, de la coccinelle ou de la mésange qui joueraient à proximité. A moi de découvrir comment ouvrir mes ailes pour les rejoindre…

Ce magnifique album devrait faire écho à tous les amoureux de la nature. A lire et contempler sans modération.

Gaga Noël

Jonathan Stutzman et Heather Fox

Éditions Père Fouettard

On croit souvent que le père Noël est un modèle de dynamisme et constance : erreur. Comme tout le monde il lui arrive d’avoir des jours sans, des coups de mou, des « creux de-la-vague »…

Et aujourd’hui, justement, c’est le cas : le Père Noël ne se sent pas dans son assiette. Genoux, barbe, abdominaux : tout semble en berne, y compris le moral. Faut dire que des années et des années de service, il y a de quoi se sentir fatigué.

Pour pallier cette baisse d’énergie, Papa Noël adresse sa supplique à la magie de Noël (rien que ça). Le résultat ne se fait pas attendre : en trois coup de PIF, PAF, POUF le voilà avec dix, vingt, cinquante ans de moins. Super !

Ah non ce n’est pas fini : il rajeunit encore, encore…mais quand va-t-il s’arrêter au juste ? Oups…vers dix ou onze mois vraisemblablement !

Au revoir Papa Noël : bonjour Gaga Noël !

L’équipe de lutins se retrouve avec un chef en couche-culotte, adepte du gribouillage, machouillage et babillage. Juste avant LA grande nuit de l’année évidemment.  Panique à bord !!!

Comment faire pour que Gaga Noël bénéficie d’une croissance accélérée ? Parce qu’en terme de management et organisation, c’est carrément impossible.

Va-t-il falloir…annuler Noël ?

Que nenni, tout gaga qu’il soit, le petit Noël a plus d’un tour dans son bonnet. Avec un bon harnais et l’aide de ses lutins : en avant la distribution de cadeaux !

Le récit est drôlissime, rebondissant, rafraîchissant ! Comment imaginer plus déroutant que de passer d’un Papa Noël ventripotent à un moutard rampant qui adore dire « NON » ?

Pauvres lutins : les voilà investis d’une curieuse mission de baby-sitting.

Il faut se méfier des souhaits : un oubli de précision et oups, on risque de se retrouver dans de beaux draps…Pourtant pourtant, il a le droit le vieux barbu de se sentir fatigué. Depuis combien d’années se dévoue-t-il sans compter pour le bonheur des plus jeunes ?

Justement, c’est peut-être là que se trouve la clé qui sauvera cette fête : y a-t-il plus gratifiant que de participer à la création de souvenirs de joie pour les enfants ?

La vie se sont des étapes rituelles, des initiations, des rendez-vous. Noël en fait partie. Recevoir des cadeaux une fois par an, c’est quand même chouette. On offre pour profiter de la joie ineffable des cris d’enthousiasme et pour semer l’idée qu’offrir et faire plaisir crée une circularité positive. Celui qui a éprouvé la joie de recevoir pourra un jour devenir celui qui offre. Transmission de tradition, générosité partagée : tels sont les éléments qui vont permettre au père Noël de réaliser la puissance positive de sa mission !

Et par ricochet (ALERTE SPOILER), une fois la magie ressentie, d’effectuer un retour en âge de raison.

Je suis tombée sous le charme de cet album qui associe le père Noël, tout de sagesse et expérience, à un bébé qui lui a tout à apprendre. Le choc de la situation est extra et la réactivité de l’équipe de lutins est à saluer. A noter leur désespoir via certaines illustrations, dans lequel se retrouveront tout ceux qui ont eu à gérer un bébé au quotidien : les parents devraient apprécier le clin d’œil !

Pour cet album  intergénérationnel, merci Jonathan Stutzman, Heather Fox et les éditions Père Fouettard. Le récit est tonique, les paroles balbutiantes et le rire irrésistible !

Pour ceux qui seraient inquiets : tranquillisez-vous. Pour la nuit à venir, tout se passera bien. L’équipe de Noël est comme toujours au taquet !

Par-delà les vagues

Catherine Grive pour le texte

Anouk Alliot et Seunghee Choi pour les illustrations

Éditions du Pourquoi Pas

Où mieux que sur la plage pour préparer ce billet… ?

Par-delà les vagues, c’est le récit d’un regard.

Regard sur soi, regard de l’autre.

C’est le monde du tout ou rien.

C’est le souffle retenu pendant la chute du verre…

…le sourd ralenti, comme au cinéma…

…l’attente de l’explosion dont on sait parfaitement qu’elle se produira……

…sur le sol quand il l’atteindra.

C’est la bascule d’un bout à l’autre, du néant à l’extrême, du noir totalement broyé qui devient en un claquement de doigt une aveuglante boule à facette.

C’est incontrôlable, indomptable, abominable.

Ça isole, affole, extrapole les rapports aux autres…ces autres qui ne comprennent pas.

Les autres qui ne peuvent pas envisager avec quel genre de vagues « IL » se débat. Ces vagues qu’il fuit un instant, dans lesquelles il se précipite la minute suivante au mépris de toute prudence.

Ce que Catherine Grive écrit sans la décrire, c’est la bipolarité (alias, trouble bipolaire, maniaco-dépression pour d’autres). Sublimant le point de rupture, elle convoque la représentation du tsunami intérieur. C’est une alternance étourdissante pour l’entourage, ravageuse pour celui qui la subit : celui qui, après chaque épisode, se demande s’il n’a pas épuisé le potentiel d’amour de sa famille. Car il comprend bien qu’il fait subir aux autres, il ne sait pas trop quoi, mais il voit la souffrance, la fatigue et l’appréhension de la prochaine « crise ».

Il souffre de lui.

Il est mal pour les autres.

Il voudrait autre chose.

Il accepte un jour, enfin, « les petits coquillages », les médicaments qui recréent de la stabilité quand son propre organisme ne sait pas comment faire.

Par-delà les vagues, c’est la tempête dépressionnaire puis la montée maniaque, avant de retrouver un ancrage, une exploration du calme.

J’ai vécu une lecture en déferlante, en immersion, en apnée souvent. Bouleversée j’ai été car j’ai une merveilleuse amie bipolaire, surtout tellement solaire ! Et quelques patients via mon métier aussi… Le paroxysme émotionnel m’a cueillie, a affolé mes battements cardiaques, fait monter le sel à mes paupières…

Comme souvent, il y a la mer…cet endroit où l’incorruptible miroir est tel qu’on y trouve un reflet pour chaque joie ou mal de l’âme. Il y a un texte, des dialogues qui incitent, plongent dans l’abîme profonde du Trouble. Et il y a les illustrations d’Anouk Alliot et Seunghee Choi qui happent, montrent le morcellement, la noyade intérieure, l’euphorie aveugle, la main tendue, l’épaule sur laquelle s’appuyer. Du bleu au rose, plonger et remonter pour rencontrer un autre possible : celui qui apparaît quand le soleil éclaire la pluie…

Merci chère Catherine pour ces quelques mots échangés, à la faveur du Livre sur la Place (Nancy 2021)…je n’ai pas oublié.

Pour ceux qui voudraient en découvrir davantage : http://bipolairesitusavais.com/

Monsieur Snow

Bernard Villiot et Tristan Gion

Gautier Languereau

(« L’enfant qui sait se pencher sur l’animal souffrant saura un jour tendre la main à son frère ». Albert Schweitzer)

L’hiver rime avec flocons. Dans ma contrée de l’Est de la France c’est souvent le cas.

L’album s’ouvre sur une clairière paisible.  Dans le cocon de silence qui suit le lever du jour, les rayons du soleil illuminent le paysage hivernal et ses promesses. Dans la maison, Myra-Belle trépigne de rejoindre l’extérieur. Elle a un grand projet auquel consacrer sa journée. Sous le ciel pastel, Myra-Belle rassemble, sculpte, retouche, peaufine. Sous ses doigts, peu à peu, Monsieur Snow, le cheval de neige apparaît !

La fillette rêve d’un vrai cheval. Chaque jour elle espère une réponse positive de ses parents quand elle leur parle de l’animal tant souhaité. Pour l’heure il faut songer à se reposer. La nuit ouvre la porte des possibles et au pays du sommeil, Myra-Belle rêve que Monsieur Snow s’éveille.

Elle est parfois mince la frontière entre rêve et réel. Le lendemain matin la fillette découvre des traces de sabots autour de Monsieur Snow. Intriguée, elle attend la tombée de la nuit pour observer par la fenêtre et peut-être, obtenir une réponse. Elle n’aura pas trop à patienter. Au clair de lune, Monsieur Snow de se lever, s’ébrouer et de rejoindre le sous-bois au grand galop. Ni une, ni deux, voici Myra-Belle dehors sur les traces de son ami. Elle finit par le rejoindre mais il n’est pas seul : autour d’eux dans une ambiance joyeuse des enfants et leurs créations de neige s’amusent, se mélangent, s’échangent. Monsieur Snow entraîne Myra-Belle dans une extraordinaire promenade : une chevauchée à vive allure sous les étoiles !

L’hiver se poursuit, les retrouvailles de l’enfant et du cheval ont lieu chaque nuit. L’amitié se nourrit, l’attachement grandit jusqu’à cette nuit où la tempête arrive. Qu’adviendra-t-il de Monsieur Snow face au déchaînement du vent ? Pour protéger son ami, l’enfant sort dans la nuit déchaînée et, se perd…

Je n’en dirai pas plus…il serait injuste de spoiler la suite de l’histoire !

Tristan Gion nous embarque dans un hiver chaleureux (oui oui, j’ai bien écrit « chaleureux »!). Il y toujours un peu de lumière même dans les moments sombres et désespérants. Les illustrations invitent à rentrer dans cette clairière joyeuse et à partager un moment cette fête avec les enfants.

Qu’est-ce qui vous tenterait : un petit tour en fusée ? Voguer sur le voilier glacé ?

Je choisis le câlin sous les étoiles…

L’attachement envers un animal peut être immense. Monsieur Snow répond en tout point aux espérances de sa jeune créatrice. J’aime particulièrement que l’affectivité trouve une réciprocité : que l’enfant soit prête à tout tenter pour protéger son ami. L’enfance, jusqu’à un certain stade, est le monde de l’auto-centrage. Le développement progressif de la théorie de l’esprit et de l’empathie entraînent une perception, une ouverture différente au monde et vis-à-vis d’autrui. Myra-Belle oublie toute prudence lors de la tempête, cherchant à braver les éléments pour venir à son secours. C’eût-été une tocade, on peut supposer qu’elle serait restée au fond de son lit…

Sortir en plein milieu de la nuit pour sauver son cheval de neige, en faut-il de la détermination ! Vient le jour où les enfants s’affirment, font des choix, défendent des points de vue, acquièrent des convictions parfois, prennent des petits ou gros risques aussi. C’est ainsi qu’on apprend !

Si au pays des rêves tout est possible, je peux en dire autant de la délicate créativité de Bernard Villiot. Avec lui, les histoires sont enveloppantes, réconfortantes comme la tasse de thé ou le bol de chocolat chaud que l’on sirote de retour au chaud quand les frimas de l’automne et l’hiver sont là. Pour les uns, cette histoire rappellera ces moments de bonheur quand feuilles, branchages et boules de neige devenaient un monde. Pour d’autres, peut-être qu’ils saisiront l’occasion de transférer quelques rêves dans la réalité.

Quand j’étais petite, j’avais un cheval imaginaire : Rosalie. C’était un grand cheval noir, qui m’accompagnait dans toutes mes activités et à qui je confiais tous mes états d’âmes. Occasionnellement, elle était mise à contribution pour guider mon père sur le chemin des vacances.

J’ai grandi.

J’ai laissé Rosalie s’éloigner.

Puis j’ai rencontré Brise, belle espagnole au doux regard de velours. Un jour il m’a fallu la laisser partir, un aller simple pour la voûte céleste. Avec cet album et les souvenirs qu’il réveille, elle n’a jamais été si proche…

Brisa y Clara