Mis en avant

Bienvenue chez Clara sur la Lune.

Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !

Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !

Tant qu’il y aura des livres…

Marguerite

Gaëlle Callac et Marie Desbons

Le buveur d’encre

Marguerite, la belle Marguerite s’enorgueillit de son joli et frais minois. Dans le miroir d’une goutte de rosée, chaque matin à l’aube elle s’assure de sa beauté.

Dans le jardin pourtant, beauté ne rime pas avec éternité. Et Marguerite commence à se faire du souci en voyant ses ravissantes voisines malmenées par les affres de la pluie, ou du vent. Envieuse, elle rêve d’épines, même de casque pour la protéger de l’inéluctable. Avec un fatalisme non dissimulé, Marguerite en perd sa joie de vivre. Que de tourments lui inspire le temps qui passe. Elle ne remarque même pas celui qui non loin de là, la trouve décidément très belle…

Qu’ils sont fugaces les instants d’insouciance. On en profite à peine que déjà, ils sont loin. A moins qu’il s’agisse de vanité chez cette ravissante fleur ? Je n’ai pas envie de m’arrêter à cette idée (je la laisse à Ronsard et ses roses). J’y vois plutôt la prise de conscience du caractère éphémère de la vie, et des apparences. Et il y a de quoi être dubitatif, voire carrément effrayé(e), ne trouvez-vous pas ?

Quand on prend conscience du temps qui passe et que la mort est au bout du chemin, certains et certaines deviennent mélancoliques par anticipation. Tout en étant lucide sur ce qui nous attend, qu’est-ce qui peut contrecarrer ce sentiment de fatalité ?… Et nous remettre dans la lorgnette que ça peut être chouette de vivre…? L’amour et l’amitié bien sûr ! Gaëlle Callac écrit tout ceci en poésie, quand Marie Desbons illustre gaiement avec collages et découpages un jardin tellement vivant, ravissant, inspirant !

Marguerite est un album que j’ai depuis longtemps. Je l’ai rencontré tout à fait par hasard au cours de l’été 2008 mais ce fut un coup de foudre. Et je l’aime toujours autant! Il me rappelle que la vie a davantage de saveur quand on perçoit dans le regard des autres un peu de l’admiration qu’on leur inspire. Forte des marques d’estime du Lys, Marguerite remet ses pensées au présent et enfin, elle s’autorise à vivre. Évidemment, je souhaite à tous et toutes de ne pas attendre la rencontre avec un potentiel « Lys » pour avoir des raisons d’apprécier la vie. Mais si les « Lys » d’amour ou d’amitié autour de vous sont capables de voir votre lumière, votre richesse intérieure : accordez-y une pleine valeur !

Accueillez les compliments, les regards admiratifs, les encouragements !

Accueillons ces douces marques d’attention et cultivons-les un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…etc !

(et loin de vous le « rien du tout » !)

Les minuscules

Claude Clément et Tildé Barbey

Éditions du Pourquoi Pas

Que sont ces « minuscules » : des personnes – des enfants – des grains de poussières comme ceux qui auréolent étrangement le garçonnet représenté sur la couverture du livre ?  

Ou des grains de sables qui envahissent tout après le passage des bombes… ?

La bombe est tombée sur la maison de Bassem, ne laissant qu’un trou béant à la place du foyer et de ses occupants. Dans la ville sinistrée, chacun y va de sa petite initiative pour ne pas se laisser envahir par le désespoir. Dans son jardin, la vieille Nawal rassemble « quelques plants de fleurs et de légumes ». Shadia tient précieusement contre elle son chaton, petit miraculé dans cette tourmente. L’instituteur entreprend de mettre les livres à l’abri les livres de l’école en partie détruite. Les survivants se rassemblent. Dans un chariot, quelqu’un amène de l’eau. Au milieu de ce chaos, quelqu’un joue du piano.

La guerre fait rimer enfance avec violence. Qui sont-ils ceux qui souffrent du délire des puissants ? Le peuple c’est les petites gens, les ordinaires, les enfants. En une fraction de seconde, Bassem est devenu orphelin. Combien d’autres Bassem y a-t-il au passé et au présent dans ce monde ? Combien seront-ils demain ?

Les mots de Claude Clément se font l’écho de leurs voix lointaines. Elle écrit l’état de choc, celui qui pousse les jambes à avancer mais qui empêche le chagrin de se déverser. Dans l’abomination post bombardement, le collectif empêche de sombrer dans le néant. L’instituteur tire un livre de sa poche et commence à raconter une histoire. Suivant une impulsion, des comédiens attrapent parmi les gravats de quoi improviser un théâtre de marionnettes. Les coudes se serrent, les regards se cherchent. Quelque part, on replante des graines, on les arrose. L’eau pénètre dans la terre pendant que les larmes se fraient enfin un chemin vers les yeux.

Un chaton, des plantes, des livres, de l’eau, de la musique… infimes choses en apparence, minuscules. Pourtant présentement, ils sont des fragiles radeaux sur l’océan du désespoir. Tildé Barbey pose sur les illustrations du sable en volute tourbillonnantes, envahissantes, désespérantes, douloureux trait d’union entre la vie d’avant et ce terrifiant présent. Quelques notes de musique, des graines miraculées, les livres d’enfants, un spectacle improvisé et la force de la solidarité parviennent, au fil des pages, à faire refluer ce sable funeste. Ensemble, on peut créer une brèche pour laisser l’espoir se faufiler.

C’est le cœur bien serré que j’ai traversé cet ouvrage. Avec mes chroniques récentes de L’homme aux chat d’Alep et La lionne, le vieil homme et la petite fille, j’y pense souvent à ces minuscules petits gestes portés par des humains fracassés par la guerre. J’y remarque que la solidarité est intergénérationnelle, que les animaux ne sont pas oubliés.

Me prend soudain une révolte, une colère contre ce minuscule qui m’enveloppe aussi, qui malgré ma révolte absolue contre les atrocités des guerres ne parvient pas à faire plus… que de partager les mots des autres.

Mais je vais continuer, pour que celles et ceux qui sont les acteurs des précieux minuscules persistent. Ce sont eux qui sauvent le monde et il faut porter leurs VOIX en majuscule !

Le poisson et l’oiseau

Kim Thùy et Rogé

La Bagnole

Le poisson est dans son bocal.

L’oiseau est dans sa cage.

Tout deux s’ennuient. Un échange commence. Une amitié naît.

L’envie de se rejoindre commence à poindre, enfle et déjà, le poisson saute hors de son bocal. Sans la réactivité de l’oiseau, l’aventure aurait pu mal finir. Très bien, donc c’est l’oiseau qui plongera. Évidemment, ce n’est pas une heureuse idée, et cette fois, c’est le poisson qui nage au secours de son ami.

Faut-il à tout prix diluer les différences pour se rejoindre ?

La beauté de cet album réside dans ce qu’il y a au-delà des mots. Peu de mots, des phrases simples pour un effet poétique puissant. Kim Thùy pose ici un hommage à la différence, et au trésor qui peut se révéler pour peu qu’on ose rester soi-même. Avec une délicatesse incroyable, sous le pinceau aquarellé de Rogé, deux animaux au moral en berne noire vont se découvrir et se parer progressivement au fil des pages d’un rouge et d’un jaune lumineux, chaleureux, radieux !

Quel aspect s’en trouve renforcé : la construction de l’estime de soi ? Ou les perspectives d’expérimenter le vivre ensemble de manière épanouissante ? Les deux évidemment ! Qu’on soit poisson, oiseau, chat, zèbre ou papillon, il nous appartient de nous considérer avec bienveillance. Chercher à voler, nager ou galoper quand ce n’est pas de notre nature ne peut conduire qu’à un égarement de soi. Si cela arrivait (car cela arrive à tout un chacun), il est à souhaiter qu’autour de vous, vous ayez des amis capables d’accueillir avec tolérance vos différences. Se connaître soi, se respecter et s’aimer : vaste programme ! Le plus important certainement… La relation à soi-même est de celle dont il faut prendre le plus grand soin !

Le poisson et l’oiseau est un album qui pourrait sembler « simple » de prime abord. Ne le sous-estimez pas… Il abrite au temps présent tristesse, espoir, désespoir, amitié, reconnaissance, joie. L’invitation à discuter la notion de différence est subtile, car campée par deux animaux opposés, du moins en apparence. Mais, ne serions-nous pas tous différent ?

Ne serait-il pas temps d’apprendre, aux plus jeunes sans oublier les grands, que les différences ne riment pas systématiquement avec exclusion ? J’y vois là l’occasion du susciter de belles discussions avec les enfants.

Sur cette écriture poétique, sur ces illustrations le sont tout autant, j’espère que vous vous arrêterez un instant. Il n’en faudra pas davantage pour que le joli (et essentiel) message du poisson et de l’oiseau vous parvienne via quelques bulles ou par la caresse d’un battement d’aile… ou les deux !

La nuit des courges ensorcelées

Yves Blanckaert et Anne Buguet

Seuil jeunesse

Quel titre intriguant…

Ce conte à l’ambiance rudement automnale nous transporte à une époque moyenâgeuse. Dans cette contrée de Marchiennes, une sorcière fort cruelle est restée après avoir eu un pied broyé par un piège à loups. Depuis, elle terrorise le village. Installée dans un marais, la Cormoignon ramasse, cueille, rassemble de quoi concocter des potions maudites. Si les habitants ne se plient pas à ses exigences, elle se venge impitoyablement, bouleversant les éléments ou d’un regard, en transformant les gens en corbeaux. Pour comble d’infortune, la mégère est dotée de l’immortalité. Ce calvaire ne trouvera donc jamais de fin ?

Il faut attendre le jour où, dans le potager de la plus vieille et pauvre femme du village, un bébé albinos et aveugle fut trouvé. Autour de son cou, il avait un collier de perle renfermant des graines étranges. Adopté par le village, l’enfant prénommé Alban grandit, s’épanouit paisiblement. Un jour premier de l’an, il révéla au villageois ce qu’il allait falloir faire pour se débarrasser de la sorcière. A chacun il confia une perle, laquelle renfermait une graine mystérieuse. Quand les différentes graines donnèrent enfin des fruits, le résultat fut des plus surprenant : jamais on n’avait rien vu de tel auparavant !

Entre le texte exigeant d’Yves Blanckaert et les illustrations à la fois admirables et rudes d’Anne Buguet, tout y est pour que le voyage soit complet. L’ambiance flamande à la Bruegel l’ancien habite chaque double page. La finesse dans les détails invite à y revenir encore et encore, pour observer les grands paysages ou scruter les insolites éléments deci delà, comme ces curieux lutins ou bien ces escargots rampant sur le parchemin du texte…

L’automne et l’approche de la Toussaint est une période à laquelle j’aime à replonger dans ce conte. Il a ce côté intemporel que je recherche, avec quelques clichés peut-être (concernant la sorcière notamment), mais avec un texte audacieux, aux descriptions pointues, émaillées de lexique précis qui sollicitent de manière égale les sens et les émotions. La cruauté s’abat injustement sur une populace innocente qui ne peut que subir pour survivre. La représentation tyrannique qui ploie des gens à son seul caprice est terriblement universelle. Si la description de la Cormoignon n’est que laideur et difformité, on comprendra que l’apparence extérieure est en adéquation avec sa malveillance.

Pour contrer la méchanceté, point de bonne fée mais des cucurbitacées ! Si cela peut paraître un tantinet insolite, j’y perçois un rappel (au cas où nous l’aurions oublié) : la vraie magie naît de la terre… Il convient de considérer avec admiration la diversité de formes, couleurs et saveurs de ce qu’elle nous offre. Heureusement pour nous, les courges se désensorcelèrent à la fin du conte, pour le grand bonheur des papilles de tous le village (et les nôtres, si l’on considère qu’il y a là une légende racontant leur apparition).

D’ailleurs il est temps que je fasse un sort aux courges qui attendent dans ma cuisine : que diriez-vous d’un velouté de giraumon et d’une tarte au potiron ?

Crayon Crayonne

Valérie Weishar-Giuliani et Camille Tisserand

Éditions du Père Fouettard

Il y avait une feuille blanche et un crayon.

Quelque-part on ne sait où, il y a un petit bonhomme.

Il demande au crayon de le dessiner. Trop heureux, le crayon de poser sur le papier un petit bonhomme multicolore. Une amitié est née. Tout le monde pourrait être content mais c’est sans compter sur le débordement créatif de Crayon qui crayonne frénétiquement, remplit à foison et… déborde joyeusement de la feuille ! Bientôt il n’y a plus de place sur la page et avec sa gomme, le voilà qui efface… le chapeau de Bonhomme ! Celui-ci prend peur : et s’il prenait à Crayon l’idée de l’effacer tout entier ??

Comme c’est compliqué de se faire confiance…

Comme c’est fragile une amitié qui commence…

Comme il est doux de lire et regarder comment ces deux-là vont réussir à se comprendre grâce à de l’écoute et de la patience…

Est-ce que ce sont des gouttes de pluie ou des larmes chargées d’incompréhension ? Est-ce que c’est une histoire d’amitié ou de créativité ? Les deux bien sûr ! Parce que l’amitié c’est d’abord une rencontre, un échange, et ensuite ça demande, comme pour les instruments, un accordage précis… qui peut passer par quelques fausses notes, ou dessins maladroits ! On peut se méprendre sur les intentions d’autrui. Ce qui est chouette, c’est quand le quiproquo se dénoue et que le lien permet de créer ensemble, et non plus isolé chacun de son côté…

Valérie et Camille, je vous remercie et j’applaudis !!! C’est quasi un mode d’emploi des relations humaines que vous nous offrez. C’est charmant de donner vie et émotions à Bonhomme et Crayon. On s’attendrait presque à voir la feuille entrer dans la partie. Peut-être dans une prochaine histoire ?

Crayon crayonne ravira petits et grands de par sa fantaisie, sa subtilité et il se pourrait qu’il donne très envie de dessiner des bonshommes… ou autre chose… pourvu qu’il y ait une feuille à disposition et beaucoup d’imagination ! 

Un jour comme ça

Angelo Mozzillo et Marianna Balducci

A2mimo

Dans mon jardin, depuis quelques jours, le roux recouvre le sol. Les feuilles jouent dans la brise, chantent un doux bruissement, s’étalent sur le sol telle un plaid chaleureux… C’est donc le moment idéal pour ouvrir Un jour comme ça. Sur la couverture, un petit personnage semble imiter les feuilles. Quelles surprises nous réserve-t-il ?

Parce que la vie est faite de hauts et de bas, de grandes envies qui contrastent avec des moments d’ennui, Angelo Mozzillo et Marianna Balducci font jouer ce petit bonhomme avec des feuilles d’automne. Ou serait-ce ces dernières qui, de par leurs positions et couleurs, joueraient avec lui ?

J’aime énormément la créativité exprimée avec ces feuilles d’automne. L’automne, la saison de transition par excellence. Dans ces pages le rouge côtoie la fin du vert, l’ambré et l’orangé. Les feuilles se déplient, deviennent bateau, monture galopante, parachute ou parapluie ! Les rimes se succèdent, insufflant un rythme léger et joueur à cette lecture. Texte et illustrations se répondent parfaitement, comme une évidence.

Avant l’arrivée de l’hiver et la renaissance du printemps, la nature et les êtres vivants se préparent au repos. Il me plaît que la représentation des émotions passe par cette saison. Comment ne pas être séduit par l’universalité du thème ? Cet ouvrage s’adresse aux enfants. Pourtant, j’ai la quasi-certitude qu’il saura toucher celles et ceux qui s’émerveillent toujours des feuilles virevoltantes. Tout comme la vie, qui nous fait évoluer en permanence, il faut osciller, être déstabilisé. Parfois comme les feuilles, il nous faut lâcher la branche, se laisser porter par le vent… avant de trouver une branche de confiance pour nous accueillir.

Merci A2mimo pour offrir aux lecteurs et lectrices francophones le plaisir de cet album qu’on ait 3 ou 113 ans !

Une histoire de regards

Clémence Sabbagh et Bérengère Mariller-Gobber

Le Diplodocus

Des questions aux réponses qui contemplent longuement, observent patiemment, scrutent intensément, dévorent avec gourmandise, dévisage amoureusement, remarquent curieusement.

Des questions ritournelles qui rythment l’ouvrage, maintiennent en haleine en piquant indéniablement (et efficacement) notre curiosité !

Les pronoms dansent, partagent, s’alternent comme on danse : « elle » singulièrement, « ils » ou « elles » quand la vie est plurielle.

Le monde dévoile des choses grandes, minuscules, des jeux, des bêtises, des joies conjuguées à l’amitié, une pierre qui rappelle l’absence…

On retrouve nos propres moments à travers leurs regards. On s’émeut, on accroche un sourire ou une ombre de nostalgie, on rit. L’enfant grandit et on suit la vie avec ses yeux ou avec ceux de ses parents. La vie défile, se fait découverte, expérience, nouvelles rencontres. Est-ce réaliste – poétique – philosophique… un peu tout ça à la fois ?

Clémence Sabbagh et Bérengère Mariller-Gobber jouent avec leur lectorat car qu’on soit enfant ou plus grand, à chaque page « elles » nous intriguent par la répétition des questions. On a alors le choix de tourner tout de suite la page, ou laisser un temps propice aux hypothèses.

Qu’il est doux cet album. Il raconte le présent à tous les temps. Il nous rend sensible aux regards : le nôtre évidemment, celui des autres probablement. L’ouvrage se lira seul ou en famille. A tout âge on peut s’y rencontrer.

Je l’ai lu en prenant mon temps, en faisant des va et vient avec mon histoire. J’ai souri, j’ai été émotionnée, amusée, interloquée par les souvenirs que cette lecture a réveillés. J’en souris encore, et c’est les yeux dans le vague que je continue de de les revivre. Où se cachaient-ils pendant toutes ces années ? Quel plaisir de les revoir… et vivement demain, les découvertes, les moments partagés qui s’enregistreront avec ou sans appareil-photo, yeux plissés ou grands ouverts !

Dans tes yeux

Birgit et Christian Offroy

Éditions Couleur Corbeau

Ils ont tous les âges : nourrissons chauves, enfant curieux, adolescent rebelle ou adulte au visage encadré de cheveux blancs. Au gré de vingt-neuf portraits et poèmes, Birgit et Christian Offroy se font raconteurs d’histoires, de ces histoires de vie qu’on devine dans les regards. Les émotions sont palpables selon que les yeux seront écarquillés, larmoyants, provocateurs, frondeurs, rieurs…

Avec une palette de mots, Birgit dit la joie, la souffrance, le désir, la défiance…

Ses poèmes expriment l’amour, la complicité, l’intériorité, les préjugés…

De face ou de profil, derrière une vitre ou un rideau de pluie, les portraits se succèdent, exposant la diversité humaine dans ce qu’elle a de fascinant. Qu’on soit jeune ou vieux, noir ou blanc de peau, avec des yeux clairs ou profonds, Christian nous fait faire le tour du monde et des âges. L’humanité ainsi représentée s’admire pour le meilleur parfois le pire. Car s’il y a la bienveillance, il y a aussi son revers. Dans la palette des émotions c’est ainsi.

L’ouvrage est d’art, humaniste, magnifique !

S’il ne peut laisser indifférent, il intrigue aussi énormément.

Il murmure « et toi, qu’as-tu bien pu voir ? » quand on croise cet œil bleu encadré de rides profondes.

Il susurre « comment veux-tu être regardée » à cette jeune fille aux cheveux noirs soyeux…

Il suggère que ce bambin risque de leur en « faire voir de toutes les couleurs », quand on découvre l’air malicieux de ses yeux.

Dans tes yeux ce sont vingt-neuf rencontres sur papier, en miroir ou en opposé, pour un ouvrage de toute beauté !

Dans la forêt viens…

Lenia Major et Thanh Portal

Le grand jardin

Promenons-nous dans les bois… pendant que le soleil est là…

Aujourd’hui j’ai plongé dans une promenade éminemment sensorielle. Grâce à ce magnifique album, j’ai réveillé mes sens dans la forêt.

Mon nez a été invité à se brancher sur les odeurs du sous-bois…

Mes yeux se sont focalisés sur des petits trésors ou sur la majesté des grands arbres.

Mon toucher s’est amusé des différentes textures moussues.

Mes oreilles ont été mises au défi de reconnaître les chants des oiseaux.

Mon corps a repris conscience de la fraîcheur extérieure, de la douceur des zones ensoleillées, des contrastes entre les zones ombragées et celles où courent les discrets ruisseaux.

Ouvrage qui reconnecte à l’instant présent, avec Dans la forêt viens… la promenade se veut respectueuse de la faune : celle que l’on voit, celle qu’on devine, celle qui se dissimule prudemment dans les fourrés et broussailles.

La promenade ouvre la porte aux grandes questions : « d’où viennent les arcs-en-ciel », et autres réflexions plus personnelles. On nous suggère tout doucement, en cas de souci, de venir faire une pause auprès des arbres. En se branchant sur l’ici et maintenant qui règne dans ce palais naturel, on peut faire une pause, mettre en suspend les préoccupations qu’elles soient contrariétés, drames ou chagrins. Peut-être que sans raison, on peut répondre au besoin de se poser, de profiter de l’instant présent…

Dans une vie qui se veut trépidante, parfois il est bon de juste profiter. Avec les poèmes de Lenia Major et les paysages apaisants aux mille jolis détails de Thanh Portal, les éditions du Grand Jardin nous ouvrent encore une fois les portes d’un plaisir simple, si simple qu’on en aurait presque oublié de quelle magie il est riche en vérité !

J’y étais tellement bien que je vais y retourner : vous me rejoignez ?

Mademoiselle Vole

Laurence Gillot et Emma Morison

Imane Allouche pour la traduction des dialogues en arabe

Éditions du Pourquoi Pas.

Hana vit au gré des mêmes verbes que tous les enfants : elle dort, mange, joue, apprend sur les bancs de l’école, lit, écrit, taille des crayons, fait ses devoirs, reçoit une invitation pour un anniversaire…

Hana a sept ans.

Hana est une enfant comme tous les autres enfants.

Mais contrairement aux autres enfants de sept ans de son école, Hana n’a pas de foyer, pas d’endroit où se poser au chaud pour faire ses devoirs, pas de lit douillet où dormir en sécurité.

Heureusement, l’histoire nous épargne les nuits à la belle étoile. Chaque soir le même rituel se répète pour assurer une nuit « au chaud ». Comment ont-elles eu l’idée, la mère et la fille, de s’introduire dans ce musée ? Depuis combien de temps font-elles cela ? Mystère… mais au moins ici Hana se réchauffe, et surtout elle se réconforte auprès de Mademoiselle Vole. La gigantesque statue de femme ailée rassure l’enfant et accueille ses confidences. De ses ailes elle abolit les frontières, elle ramène les saveurs des biscuits du pays, le souvenir doux-douloureux d’une vie qui fut heureuse… Fin du demi-rêve quand Hana se réveille un matin avec des bottes de policier devant les yeux.

La précarité de la mère et l’enfant est de celle qu’il est difficilement supportable à lire. Ce sentiment s’exacerbe d’autant plus que c’est la plume sensible de Laurence Gillot qui porte leurs voix, ces voix qui restent délibérément effacées, discrètes le plus possible de peur qu’on ne les renvoie d’où elles viennent. L’intégration doit-elle vraiment être à ce prix ? Car il s’agit bien de cela quand la maman d’Hana se rend à la gare chaque soir après l’école pour que sa petite puisse faire ses devoirs à la lumière des lampes du hall. Ses fameux devoirs sur lesquels elle ne peut pas l’aider car elle parle à peine français.

Hana et sa maman ont le droit d’être en France : les papiers officiels sont en règle. Mais entrer en douce dans un musée pour y dormir, ça c’est interdit. Est-ce que ça y est : le rêve occidental est-il brisé ? On pourrait le croire, jusqu’à l’hésitation qui perce dans l’attitude de Gabrielle, une dame en vert alias la directrice du musée… Et si la grande Mademoiselle Vole avait décidé de venir à l’aide de sa jeune amie ?

Le récit est pudique, poignant. Des phrases en écriture arabe renforcent la portée du texte : pour une fois ce sont les lecteurs francophones qui vont être un peu mis à distance, cette distance au parfum de barrière linguistique que se prennent de plein fouet tous les migrants. Les vies d’Hana et de sa maman ne tiennent qu’à un fil, ce fil qu’Emma Morison fait apparaître ponctuellement, avec ses nœuds, son aiguille, lien ténu avec la vie de là-bas, la vie d’avant et celle de maintenant…

Même si on ne se connaît pas, j’ai le sentiment qu’un peu ce fil nous relie donc… MERCI Laurence, Emma, Imane et l’équipe Pourquoi Pas pour la naissance de ce livre aux grandes ailes, et pour me faire profiter du début de son envol.

Encore une fois mes émotions ont été mises à contribution à la lecture de ce récit. Lire la solitude et l’isolement me bouleverse. Lire le précaire équilibre entre enfance insouciante et insécurité également. Enfin, lire la solidarité et l’amitié me fait… pleurer.

Si vous croisez ce livre, n’hésitez pas, ou pas longtemps…et s’il vous plaît partagez-le !