Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !
Ce blog, je le considère comme mon journal de lecture. J’y pose ce qui vient après avoir lu un bel ouvrage (impressions, réflexions)… Je chronique en amatrice, mais ne critique pas.
Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !
Et si vous avez envie de me laisser un petit mot, je le lirai avec joie !
Entrons, le spectacle commence. Dans le théâtre de la vie, les spectateurs n’ont pas tous tiré le gros lot du carré or. Sur scène, un discours lissé, engagé, humaniste tente de convaincre les gens que la tapette est une bénédiction pour la souris. Mais dans l’envers du décor, dans les bas-fonds, l’ouvrier meurt à petit feu à cause de cette poudre jaune qu’il doit extraire jour après jour. L’Occident en a grand besoin et en échange d’un quignon de pain envoie cent gars dans les tréfonds de la Terre.
Pile, les jolis discours de propagande industrielle – face, la misère d’un enfant qui voit mourir son père.
Que faire ?
Vivre sa vie à pile ou face ?
Face : fuir. Survivre à la fuite est une gageure. Survivre dans les pays occidentaux aussi. Le remède serait-il pire que le mal ? Que disent-ils tous ces étrangers échoués, planqués, désespérés ? La provocation des puissantes voix n’a de limites que le plafond de leur compte en banque. Parce que le pauvre gars qui ne veut pas crever dans la mine, ici il n’y a pas de place pour lui. La voix puissante se veut paternaliste, engagée, responsable, mielleuse à souhait pour mieux planter son poignard dans les mains enfarinées du pauvre gars qui apprend à être boulanger.
Avec un tissage d’intentions, les voix s’enchaînent. Elles laissent se dessiner plusieurs réalités : celle qu’on vend, celle qu’on persuade, celle qu’on veut, celle qui est, celle qui endort, celle qui ouvre sa porte…
« Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son » dit le proverbe. Nathalie et Yves-Marie Clément en font sonner plusieurs et qu’on se le dise : celle qui sonne le plus beau le plus fort avec paillettes et arcs en ciel vaut-elle son pesant de cacahuètes ?
Tant qu’à se retrouver dans le pétrin, je choisis les mots aux illusions, le pain à la poussière, la tolérance à l’exclusion. Et demain ? Que ces textes, ces poèmes-pamphlets fassent entendre leurs voix aux enfants et à quelques adultes de maintenant.
Chez les éditions du Pourquoi Pas, parfois on concocte des livres à double-face, double couture et revers pour deux histoires cousues de mots. Marie Colot fait d’un jean le trait d’union entre une fille qui coud et une fille qui râle… parce qu’une poche de son nouveau jean est fermée.
Quelque-part dans le monde, une jeune fille voit son horizon bleu. Bleu comme celui des pantalons en jean qu’elle assemble du matin au soir.
Quelque part dans un autre monde de ce monde, une ado kiffe de flamber son argent de poche pour avoir le même fute que ses cops.
Même âge – deux réalités. L’une imagine la future acheteuse et sa joie ; l’autre prend conscience qu’aimer son pantalon va lui demander plus d’efforts que prévu. Pourquoi ? Parce qu’il est venu ce jour où on comprend que les vêtements ne naissent pas d’amour et d’eau fraîche mais de sueurs et de doigts trop jeunes qui travaillent trop tôt.
Des vêtements à la chaîne à des essayages qu’on enchaîne, il suffit de quelques mots pour relier deux réalités qu’on s’échine à séparer. Sur l’autel de la consommation, les grands commerçants invisibilisent soigneusement les petits maillons de la fabrication. Sans juger, sans imposer, sans culpabiliser, Marie Colot appuie sur l’interrupteur de la prise de conscience. A chacun.e de faire ensuite son chemin…
N’être fille ou peu de chose, c’est un peu pareil dans certaines parties du monde.
Être fille, chose, objet ou monnaie, c’est kif-kif.
Il y a des contrées si pauvres que pour survivre, on peut décider de marier une toute jeune fille à un vieux monsieur riche.
Sans joie. Sans choix.
Jack Chaboud nous raconte Wajma, son sourire, ses cheveux libre et l’annonce de son mariage prochain avec un homme qui possède des terres. Son mariage est la condition de survie pour son bébé de petit frère et sa petite sœur malade. Le sourire éteint, Wajma n’a plus qu’une route à suivre : celle qui l’amènera à la ville chez son mari.
Ce récit c’est celui du point de bascule entre l’enfance et nécessité implacable. Dans un pays au sort rongé par la domination d’un régime brutal, que deviennent les sourires des enfants et celui des filles en particulier. Il se vend. Même si c’est encore l’âge où l’on tient une poupée dans ses bras.
Via les illustrations d’Alca, notre regard se perd au loin ou tantôt il se heurte aux murs délabrés. L’avenir en Afghanistan semble sec pour tout le monde. Et pourtant, au milieu de cette désolation, Wajma croise un enfant grelot. Un garçon libre, nomade, qui ne doute pas qu’elle apprendra un jour à lire, que l’avenir lui appartient encore.
C’est vrai, certains y croient encore. C’est peut-être ce qu’il faut retenir. Ce à quoi il faut s’accrocher : l’espoir est ténu mais tout n’est pas perdu.
Pour elle, pour lui, pour elles, pour eux (pour nous, sait-on jamais) : croyons-y !
Après les turpitudes adorées des premiers émois à la sauce collégienne dans Le cœur, le corps et tout le reste , j’ai plongé dans le labyrinthe émotionnel de Benjamin Prade, 16 ans.
La vie de Benjamin rime avec une mère dans le gouffre du burn-out, un père qui roucoule en Argentine, un skate sur lequel il danse, les deux potes Enzo et Taieb, Djam la quasi frangine et des attaques de panique qui lui tombent régulièrement dessus. Parentalisé un tantinet trop tôt, Benjamin est écartelé entre des responsabilités vis-à-vis de sa mère et l’insouciance qui a foutu le camp. Le quotidien de lycéen pourrait s’avérer extrêmement inintéressant s’il n’y avait pas Alicia. Alicia qui est en première et qui ne calcule pas d’un iota Benja… lequel se consume sur pied dès qu’il l’aperçoit. Imaginez le drame intérieur quand Benjamin aperçoit Alicia dans le parc alors qu’il est en plein rencard foireux avec Laura.
Sans ambages, Julie Rey nous raconte le fossé entre un virilisme à la dent dure et féminisme (porté par un garçon qui s’ignorait féministe). Quand le porno montre un certain chemin vers la sexualité… quand les seules discussions entre gars tournent autour d’une sexualité détachée de sa part émotionnelle… quand une fille se passe du consentement pour toucher un garçon… quand l’éconduite fait courir des rumeurs aux relents de vengeance… quand un garçon est intimement troublé par une fille qu’il juge inaccessible… quand page après page, il découvre la réciprocité de l’attirance et le souhait de la demoiselle d’y aller doucement…
À l’âge où les relations amoureuses et la sexualité commencent à fusionner, à l’âge où il est plus facile de poser des questions à ChatGPT qu’à ses proches, comment répondre ? Comment donner confiance ? Que faire d’une sensibilité hors case ? Où trouver des adultes sécures ? (Big up à la documentaliste. J’aurais aimé en croiser une comme elle jadis…)
Julie Rey fait plus que nous offrir une énième bluette adolescente. Elle évoque le trouble de la naissance de l’amour et la prise de risque qu’il suscite : se mettre à l’écoute de l’autre. Parce que, parfois, le résultat peut se révéler si beau que ça mérite de se pencher un peu plus intensément sur l’effet slow love.
Merci beaucoup Julie Rey et L’école des loisirs. Quelque chose de beau n’est pas seulement beau : il est doux, magnifique, inspirant… J’espère que les lecteurices seront en nombre à le considérer comme d’utilité publique !
Il était une ville imaginaire née sous les pinceaux d’Anne Montel. Prenez votre passeport de fantaisie : ici on ne se prend pas au sérieux. On partage des gentillesses, on y cultive l’accueil et la tolérance. Le tout dans une ambiance des plus délicieuse (ou ragoutante, cela dépendra du point de vue). Pour celles et ceux qui auraient quelque difficulté à s’orienter, une grande carte de la ville attend au centre du livre de pouvoir se déployer.
Pour parfaire la saveur de ce lieu enchanteur, les mots se font facétieux, taquins, malins ! Les expressions se refont une beauté où sont prises au pied de la lettre. Les chenilles concessionnaires ont trouvé, semble-t-il, un carburant sportif et gourmand qui pourrait bien répondre aux enjeux écologiques du moment.
Ouvrez l’œil : l’humour se niche également sur les étagères de la parfumerie pour putois, dans le journal qu’on lit chez le coiffeur pour chauves-souris et dans les mots-doux du distrilove (d’ailleurs, je plébiscite la diffusion de ce dispositif à grande échelle).
A l’instar de l’ouvrage Les maisons imaginaires, la minutie poétique de l’artiste s’affirme. On reçoit une invitation à déambuler dans ces rues colorées et à laisser l’imagination de chacun.e tricoter la suite des histoires…
A lire, à regarder : encore et encore et encore et…
Être un garçon, avoir treize ans et avoir une addiction au porno : le décor est planté. Jonas se prend la puberté en pleine poire et en plein froc. Sauf que… si les beaux gosses peuvent se permettre de fanfaronner, quelle posture adopter quand on est un freluquet acnéique ? Dans la tête de Jonas, c’est le chaos. Le porno régit ses jours, hante ses nuits, s’immisce dans les couloirs du collège. Difficile de se contrôler quand une fille passe à proximité.
Comment envisager le réel quand la fiction devient le chef d’orchestre ?… et la branlette, une drogue.
Et cette vidéo violente où la fille hurle…
A qui en parler ?
Jonas vit avec son père. Sa mère est partie alors qu’il était petit. Sur ce sujet, nous n’en saurons pas davantage. Le père est gentil mais taiseux. Reste à Jonas la synchronisation entre masturbation et vidéos, seule échappatoire pour tenter de calmer des ardeurs incontrôlables.
Qu’on ne s’y trompe pas : Eric Pessan écrit cash.
Cru.
Culs serré.es et béni oui-oui : passez votre chemin.
Si la pudeur étreint (encore) trop l’intimité des familles, les réponses arriveront peut-être aux ados via les mots. L’empreinte de la solitude est bien ce qui étouffe le dialogue. L’accès aux vidéos X à la sauce open bar et une stratégie de dissimulation ultra rodée nous cueille. Entre plaisir et écœurement, Jonas est écartelé.
Je lis.
Je souris.
…Car j’ai toujours rêvé de savoir ce qui se passait dans la tête de ces crétins lourdingues qui peuplaient mes classes de quatrième et troisième.
Puis de ces boules d’hormones en fusion qui hantaient les couloirs du lycée.
Leurs obsessions, leurs mains baladeuses, leurs rires gras : nausée permanente à l’époque. Comment ce gentil pote a-t-il pu muter en phacochère fier de son rut ?
Je souris et soudain, je rencarde ma colère, mon dégoût. Un soupçon d’empathie pointe le bout de pif. Les mecs, les meufs : le même bateau en réalité. Sauf qu’à force de silences et d’images choquantes, comment apprivoiser « sainement » les fondements de la sexualité.
Consentement ?
Respect ?
Dialogue ?
On fait quoi quand le corps semble doué de volonté propre ?
Quand les orgasmes solitaires rythment la journée ?
Quand les pensées auto-dévalorisantes tournicotent ?
Quand on est tenu de vivre « les uns avec les autres » mais que cet autre semble aussi incontournable qu’inatteignable ?
Paradoxe.
Un pas en avant… deux en arrière… une main dedans… un souffle qui se perd.
Se toucher : comment ?
Avec qui : une plus âgée ? Une prostituée ?
Suis-je hétéro – homo – bi ?
Et les autres, ils pensent-ressentent quoi ?
Jonas en est là. Dans la ville, un chevreuil s’échappe. Le fait divers sera sa planche de salut. Le trait d’union avec Lilou. Lilou qui n’est pas Manon-Noun-Jade…. Pas la plus excitante du lot mais qui, pourtant, est bien réelle. Elle.
Sans entourloupette littéraire bien ficelée, je vous dirai tout simplement, dans un soupir (de soulagement) : oh put… que cette lecture fait du bien ! On ne clamera jamais assez que fille/gars, même combat. A l’heure où je crois naïvement qu’on progresse sur ces sujets, des étendards s’élèvent pour museler, censurer, bâillonner les ambassadeurs de l’éducation à l’intime. Pour une fois, je vais moi aussi user d’un ton cash : lisez-le!
Si si ! Y a pas d’âge pour se dépoussiérer les représentations et faire une mise à jour. Pour les jeunes d’hier et pour celleux d’aujourd’hui, pour les adultes de demain il faut craquer les tabous. Puisque la clé est dans la communication, pour mieux vivre, dormir, danser, se cajoler, se comprendre… on n’a plus rien à perdre !
Dans ma chronique précédente Charlie la fée du logis, on découvrait des logis très en bazar de certains personnages incontournables des contes. Nouvelle étape à franchir avec cet album : la bobologie. Et oui, qui a dit que nos héros favoris n’étaient jamais malades ?
Un doigt brûlé, un gosier irrité, une migraine carabinée, des échardes dans le derrière à cause d’une chaise qui se casse ou un morceau de pomme bien mal croqué ? Docteur Fantastique arrive à la rescousse pour prodiguer onguent, potion, pansement et même bain de pied pour danseuse effrénée qui à minuit a perdu un soulier…
Néanmoins, le meilleur des médecins peut aussi tomber malade. Quelle idée de circuler au chevet de tout le monde par temps de pluie ? Mais par chance, les personnages des contes ne sont pas ingrats et pour accompagner une convalescence, ils sont très bons compagnons !
Quel bonheur de suivre ce docteur zigzagant dans la forêt de l’imagination. Entre ces pages, il y a tout un monde qui donne plus qu’envie de se replonger dans les contes classiques… pour mieux les re-découvrir qui sait, les remodeler !
Merci Catherine Jacob et Hoang Giang pour la fantaisie de cet album et pour cette imparable leçon de vie : si tu sors par temps de pluie, n’oublie pas ton parapluie !
Oyé oyé lecteur.ices adeptes des mondes espiègles et enchantés !
Laissez tomber vos chiffons et vos balais !
Oubliez les jouets sous le lit et les moutons sous le tapis !
Avec la douceur qui la caractérise, Katerina Gorelik nous a mitonné un Cherche et Trouve aussi magnifique que facétieux. Tout commence avec Charlie, une petite souris docteur ès « rangement et propreté ». Toute la semaine, elle parcourt le Bois Sauvage et la forêt Enchantée pour aider Renard, Grenouilles, Loup, Licornes, Sorcières et bien d’autres infortunés étourdis à remettre de l’ordre dans leurs tanières, terriers, hangars, maison de sucre candy et j’en passe !
La mission de Charlie (et des lecteur.ices) est, outre le nettoyage, de retrouver des objets perdus. Chez Madame Dragon, ce sont cinq œufs rouges qui se carapatent entre la princesse du donjon et le coucou des bois. Chez Renard, bonne chance pour retrouver l’unique coquetier où la tasse fraise dans les pénates sucrées des licornes.
Bonjour l’amusement et l’exploration visuelle ! On y découvrira que certaines créatures sont peut-être moins sympathiques qu’elles voudraient le faire croire ; quand d’autres plus rassurantes sont des absolues bordéliques.
On traversera des envers de décors où l’on ne nous attend (manifestement) pas. Et telles des petites souris curieuses, on guette, fouine, furète avec Charlie puisque Katerina Gorelik nous y invite.
(Pssst : il se murmure même que Charlie ne serait pas fée chez elle toute la semaine… Déçu.e ?)
De vous à moi, je trouve la bazaritude de tout ce joli monde très rassurante pour la fée du logis que je ne suis pas.
Sauf dans ma bibliothèque : enfin, qu’allez-vous imaginer ?
Elise Peyrache et sa douce fantaisie sont de retour !
Des rabats-pétales, des flaps ailés, des surprises au cœur des corolles, voici ce que la petite fée Pomme d’Or nous emmène découvrir. Le monde minuscule du petit peuple de la terre et des champs fleuris se découvre au gré des explications disséminées au fil des pages.
Grâce à Pomme d’Or, nous découvrons l’organisation de la ruche, les astuces des insectes pour se fondre dans la nature et l’importance des vers de terre. La légèreté des illustrations sublime l’exploration. Et la lecture sera tour à tour gourmande, studieuse, joueuse et solidaire (et oui : tout ce joli monde est interdépendant !)
J’avais eu un grand plaisir à cheminer dans les pages de Nos Maisons : il s’est renouvelé et j’espère qu’Elise Peyrache nous reprendra par la main pour découvrir de nouvelles ambiances où l’imagination et l’émerveillement ont les premiers rôles !
Clap de fin pour « Un loup à ma porte », adopté il y a deux ans et avalé comme une citronnade un jour de canicule.
Désamour de soi, traumatisme, rupture sécuritaire : voilà le terreau des manipulateurs. Nadine Brun-Cosme nous immerge dans la vie de Sandra, lycéenne, dont le père vient de partir, comme ça, silencieusement au petit matin. Dans cette famille à la pudeur mal placée, aux silences pesants, aux faux selfs maladroits, personne ne perçoit l’abîme de détresse qui se niche corps et âme chez l’adolescente. Sa mère, sa sœur, les profs…
Tous aveugles.
Sauf Ben.
Ben dont nous pouvons suivre la cruelle ambivalence à la manière d’une lucarne qui éclairerait le grenier malsain de ses intentions.
Ben qui souffle le chaud puis le polaire, qui embrasse miel pour mieux mordre (à moins que ça ne soit l’inverse).
Ben qui tisse sa toile autour de sa marionnette pour mieux la laisser choir… en apparence.
Perrault, cité au début du roman , invite les jeunes filles à se méfier des loups doucereux – les plus dangereux.
Elles furent happantes ces quelques pages cinglantes… pour (re)mettre en garde la jeunesse éblouie par les beaux discours et les beaux sourires. La mécanique perverse se nourrit de l’incertitude. Et en moins de deux, on prend des chaises pour des fusées. Nausée !
Merci Nadine Brun-Cosme pour la maîtrise de la dimension psychologique. Lisez si vous l’osez !