Les Sages Apalants

Marie-Sabine Roger et Brunot Pilorget

Éditions Sarbacane

Quand j’ai commencé à redécouvrir la fabuleuse diversité de la littérature jeunesse, en 2009, j’ai croisé des albums surprenants. Parmi les premiers à avoir rejoint mes étagères : Les Sages Apalants.

J’ai été immédiatement enveloppée par un sentiment de sérénité devant cette couverture aux tons chauds et apaisants. Et j’ai rencontré les Apalants : c’est une tribu pacifique qui va à pas lents, qui est pacifique et qui se nourrit de « musique et de miettes de temps perdu ».

Le narrateur raconte le voyage de son grand-père, voyageur explorateur des quatre coins de la planète, qui dort dans une valise et a pour compagnon un dromadociphère (ne cherchez pas dans google, il n’y a que dans cette histoire que vous rencontrerez un tel animal. C’est un hybride entre le dromadaire, la girafe, le zèbre et le cheval, du moins est-ce ainsi que je le perçois).

Lors d’un voyage où il fut pris dans un ouragan, il arriva au pays des Apalants. Peuple chaleureux et silencieux, ils accueillirent leur visiteur avec des sourires et lui firent partager leur vie. Au plus proche de la nature, capables de saisir les murmures du vent, les Apalants vivent de légèreté et de patience. Le grand-père appris la contemplation, l’instant présent.

Il laissa la précipitation dans sa vie d’avant.

Prendre le temps d’observer, d’écouter, de sentir, d’être soi, d’être ensemble…les Apalants sont proches de la nature. Pour eux le temps, c’est être en pleine conscience, c’est ici et maintenant, c’est être attentif, à l’écoute, délicat. Pour comprendre leur vie, il faut être en mesure de s’intéresser à eux.

La différence peut dérouter, déstabiliser. Ça a été le cas pour le grand-père au début. Mais il a pris le temps, il s’est intéressé, il a fait ce pas vers eux pour mieux les comprendre. Une pincée de volonté semble nécessaire pour aller vers l’autre.

Si le vieux monsieur peut changer, ça devrait être possible pour tout le monde.

Les illustrations en double-page de Bruno Pilorget invitent à se poser et à profiter du paysage. Associées aux mots de Marie-Sabine Roger, elles questionnent notre rapport au temps. Comment vit-on notre propre présent : en mode « tout feu tout flamme-speed-pressé-stressé-je n’ai jamais le temps » ?

Est-ce qu’on prend le temps de regarder autour de soi ?

De poser les yeux sur le paysage alentours ?

Qu’en est-il des gens qui nous entourent ?

Les choses évoluent, lentement pour certains, rapidement pour d’autres. Avec cet album, c’est un temps magique qui s’offre à nous.  

Le changement est subtil et s’opère avec le temps. Si le temps nous échappe ou qu’on le laisse filer, pas de panique, faire autrement c’est possible. Changer ses habitudes, ralentir, cela permet de profiter différemment du temps à notre disposition. Et si l’on en croit l’expérience du grand-père, une fois ce rythme pris, il reste acquis.

Le pays des Apalants n’existe pas géographiquement parlant, pour autant, serait-il si difficile de les rejoindre…je vous pose la question. 😉

Chocolat

Benoît Charlat

École des loisirs, Loulou et Cie

Pour faire durer encore un peu le plaisir de Pâques avec un livre pour les tout-petits, aujourd’hui voici Chocolat de Benoît Charlat.

Tout au long de ce livre cartonné (rudement pratique si on veut le croquer) on suit un petit pingouin qui rencontre du chocolat sous toutes ses formes.

On commence avec les classiques de Pâques, puis on élargit les présentations : glace, tablette, gâteau, chocolat chaud…Pas de doute il est accro !!!

On s’interroge aussi : est-ce que tout ce qui est marron c’est du chocolat ? (peut-être pas…)

On apprend que le chocolat ça peut se partager avec quelqu’un (ou pas), ça peut se convoiter, se manger devant la télé (ça c’est moi un peu trop souvent en ce moment).

Et truc terrible, les parents peuvent le ranger : en hauteur !

Du coup quand on en est (un peu) privé, on peut en rêver. Mais qu’est-ce qui se passe si on abuse du chocolat ??? Gare à l’estomac !

(Bon médiateur si loulou-junior ne veut pas se raisonnerou pour me rappeler ce que je risque à faire de la tablette ma meilleure amie ! )

Le texte est court, rythmé et les situations drôlement quotidiennes parleront aux petits gourmands et à leurs parents. Un vocabulaire et un phrasé simple à s’approprier facilement pourront donner lieu à un petit jeu langagier vu que tous les énoncés se terminent par le mot « chocolat » !

Si vous êtes en panne de chocolat, à vous de voir si vous oserez raconter cette histoire, ou pas !

Une cuisine tout en chocolat

Alain Serres et Nathalie Novi

Rue du Monde

Tant qu’à être dans une période propice au chocolat, j’ai envie de vous parler de ce sublime et gourmand ouvrage : Une cuisine tout en chocolat. (Normalement rien qu’au titre vous êtes déjà en train de saliver).

L’ouvrir procure la même excitation que lorsque l’on se trouve devant sa récolte de Pâques, quand on considère avec des yeux pétillants d’excitation le plus gros œuf garni. Dans ce livre se mêlent informations, anecdotes, illustrations et recettes comme autant de petits sujets chocolatés à savourer une fois le ruban dénoué.

Avec ce livre, on apprend d’où vient le chocolat, ou plutôt le cacao : et oui le chocolat est le résultat de plusieurs transformations. De l’arbre cacaoyer aux cabosses, puis fèves, et enfin cacao : comment est-il arrivé jusqu’en France ? Cette denrée est voyageuse, encore aujourd’hui, même si les lieux de production se sont répandus et développés. Les plus vieux cacaoyers seraient dans les forêts tropicales mexicaines. Les animaux puis les hommes ont été les vecteurs de sa répartition sur la planète. Fascinant n’est-ce pas ? Paradoxalement, ce ni au Mexique ni dans aucun pays producteur que se situe le record de consommation par habitant. Attention : leçon d’histoire-géographie-sciences économiques en perspective.

(Ils produisent mais ils ne consomment pas…curieux…pourquoi ? Question de pauvreté, parce que le chocolat est un produit de luxe…il y a de quoi réfléchir pour sûr…)

De l’Amérique à l’Afrique, il y a quelques étapes avant que les fèves précieuses soient chargées sur bateau. (J’espère que vous avez un globe terrestre à proximité). Ce livre est une longue-vue sur ces ailleurs producteurs.

Ancienne monnaie d’échange, les fèves de cacao ont vite eu de la valeur aux yeux des hommes. Elles deviennent objet de convoitise et il faut les surveiller de près pour ne pas se les faire voler. Quand le cacao arrive en Europe au 16e siècle, son aspect peu ragoutant le fait bouder des nobles tables. (A quoi faisait-il penser d’après vous ?) Toutefois il suffira de quelques années pour qu’il devienne enfin très apprécié et qu’il quitta sa fonction de médicament (oui oui vous avez bien lu ! Vous l’ignoriez je parie : moi aussi !).

Du cacao au chocolat, faisons encore quelques pas. Au fil du livre Alain Serres nous explique comment le sucre a pris son rôle dans la préparation de cette gourmandise – par qui la présentation en tablette a été popularisée – et l’intérêt de son utilisation en cosmétique…et plein d’autres choses encore ! L’auteur nous transporte au pays de l’imagination avec des historiettes où il sera question de récolte, d’esclavage, d’anniversaire, de chocolaterie (mais pas celle de Mr Wonka), ou encore de sirène, de princesse : faites votre choix.

Fantastique mine de recettes, cet ouvrage en propose pour toutes les papilles et sous toutes les formes. Que vous soyez plutôt gâteau ou douceur, libre à vous de choisir de vous lancer dans la confection d’une tarte au chocolat au lait et aux framboises ou de préférer le piquant de caramels au chocolat et piment d’Espelette. A moins que vous préféreriez agrémenter quelque plat salé de quelques notes cacaotées ? Je vous avoue que je suis bien tentée par la recette du Saint-marcellin « poires et pépites ».

Comme la cerise vient embellir le gâteau, les illustrations gourmandes de Nathalie Novi sont un enchantement pour les yeux et pour les papilles. Nous sommes transportés de page en page entre Sao Tomé-et-Principe et la Côte d’Ivoire, des quais du Costa Rica à un salon de dégustation viennois, des abords de la cascade chocolat à l’atelier d’un artiste…

Un album multi-facette qui régalera les curieux, les gourmands d’histoire et les inconditionnels du chocolat, évidemment !

Bon voyage, belles découvertes et bonne dégustation 🙂

Amani faiseur de pluie

Ghislaine Roman et Anne Romby

Milan jeunesse

Envie d’une fenêtre sur ailleurs…

Amani est un jeune Touareg. Depuis qu’il est petit il voit son père et son oncle partir avec la caravane sur la route du sel. Sans lui. Trop jeune. Il attendra leur retour avec sa mère, près de la ville, où ils vivent depuis plusieurs mois. Tous les jours il surveille les chèvres. Or ce soir il en manque une dans l’enclos. Catastrophe !

Il faut la retrouver. Amani part à sa recherche. Il arrive devant Moussa, l’ancien forgeron devenu aveugle. Le vieil homme perçoit la détresse d’Amani : l’enfant se confie. Moussa l’écoute, puis lui explique où se rendre pour retrouver sa chèvre. Demain il lui faudra partir vers le puis de la Girafe. Amani rentre prendre un peu de repos. Sous la tente sa mère fait chanter l’imzad. Amani s’endort.

Le lendemain, Amani se met en route. Rapidement il croit avoir retrouvé sa chèvre mais la désillusion guette : point de chèvre sur le chemin, mais une gazelle.

La leçon est amère. La journée est trop avancée pour rebrousser chemin. Il faudra dormir dans le désert et rationner l’eau car le puits de la Girafe est à sec. Un peu d’eau pour son âne, il ne faudrait pas malmener son seul compagnon. La nuit tombe et la vie nocturne s’éveille. C’est sa première nuit dans le désert.

Quand le soleil se lève, Amani est saisi d’une curieuse émotion. Il se remet en route. Un moula-moula apparaît et se pose sur l’âne. C’est un bon présage. Quand soudain l’oiseau s’envole vers les montagnes. Bien prend Amani de le suivre car une tempête du désert se lève. Entre les parois de la montagne, un passage se distingue. Amani s’y engage et retrouve son âne et l’oiseau dans une clairière de pierre : un oued asséché. Il va falloir passer encore une nuit loin du campement. Le moula-moula veille.

A son réveil, il découvre sur la roche de curieux dessins. Un en particulier retient son attention : un homme joue de la flûte en dessous de ce qu’il lui semble être de la pluie. Amani décide de gagner le sommet des roches pour jouer de la petite flûte qu’il a avec lui. Si la musique pouvait faire tomber la pluie, ça serait fantastique.

Amani joue.

La musique se diffuse et son pouvoir apaisant se répand.  

La descente sera ardue mais une surprise de taille l’attend en bas : son père.

La caravane a fait halte non loin d’ici. Amani rejoint les hommes. Il va pouvoir reprendre quelques forces avant de tout raconter. Point de moqueries devant son récit, mais une confidence collective qui va surprendre l’enfant : tous les hommes ont essayé un jour de faire tomber la pluie après avoir découvert le dessin. Tous ont essayé d’être des faiseurs de pluie.

 Le lendemain matin c’est la pluie qui réveille Amani.

Ce livre est un voyage. Point besoin de billet d’avion, il suffit d’ouvrir l’ouvrage pour se laisser happer par les remarquables illustrations d’Anne Romby. Il y a tant de grâce dans ses dessins que j’ai l’impression de sentir la chaleur du désert sur mon visage, la sensation de la corde effilochée de l’âne sur mes doigts, la rugosité de la roche, la fraîcheur de la pluie…Images intemporelles pour rendre hommage à la relation entre les Touaregs et le désert. Merci Ghislaine Roman de nous embarquer entre musique et silence dans cet Orient brut, rude, magnifique, authentique !

La question de l’eau est primordiale pour les peuples africains, et encore plus pour ceux qui sont semi-nomades, comme les Touaregs. La sécheresse pour eux n’a rien à voir avec celle que nous découvrons depuis quelques années. Quand on manque d’eau, chaque goutte est précieuse car elle conditionne les chances de survie. Pas d’eau, pas de vie. Plus d’eau, risque pour la vie. On développe un grand respect pour cet élément quand on côtoie des environnements où elle ne sort pas d’un robinet. On comprend qu’elle n’est pas une ressource infinie et que la pluie peut être une aubaine.

On suit Amani a travers un vrai parcours initiatique. L’enfant éprouve les dangers du désert, dangers dont son père voulait le préserver. Le désert ne s’improvise pas. Le désert s’apprivoise tout comme la vie s’apprivoise. Face au vent du désert, on est peu de chose. L’expérience fait l’homme. La théorie devient pratique. De la leçon découle des conclusions. Amani expérimente ses capacités, ses émotions et sa capacité à décider : dans sa vie il y aura l’avant et l’après. A-t-il réussi à faire tomber la pluie ? Peut-être que oui…et peut-être l’enfant a-t-il pris confiance en lui…

S’il y a une large part faite au parcours initiatique, il y a aussi l’aspect transmission qui est présent. Amani joue la musique de sa mère. Amani admire son père et veut marcher avec lui. L’enfant s’éloigne de la tente rassurante de sa mère pour rejoindre, sans le savoir, son père. Au milieu des hommes, il apprend que tous avaient joué pour la pluie avant lui. Magie de la filiation de la double-famille : Amani trouve sa place dans la caravane et auprès de son père.

Amani chemine seul. Mais le moula-moula veille. La spiritualité permet à l’enfant d’interpréter positivement la présence de l’oiseau. Quand l’environnement est rude, il convient de vivre dans le respect des compagnons. Je suis touchée par la délicatesse qui ressort de la relation homme-animal : Amani partage son eau avec son âne, Sélim accueille l’animal avec « une certaine tendresse ». La conclusion de l’histoire reviendra à la chèvre par qui tout a commencé.

Ode à un oignon

Pablo Neruda et sa muse

Alexandria Giardino et Felicita Sala

Éditions Cambourakis

Je n’aime pas les oignons, mais alors pas du tout. Mon estomac ne les supporte pas. Aussi jugez de ma surprise en découvrant le titre de ce livre. L’approche fut un mélange d’attirance-répulsion, comme si en l’ouvrant j’allais être assailli de vapeurs pleurantes. Et puis j’ai aperçu « Pablo Neruda » et là, une partie de mes armes sont tombées. Pablo Neruda : personnage magique, réveillant la sécurité de l’enfance et quelques souvenirs de moments passés dans une école qui portait son nom. (Pablo Neruda, un prénom et un nom pour une madeleine de Proust)

Le poète est en proie à un tourment : écrire sur un sujet dur – les mineurs et leur labeur – empathie déferlante. Rien ne semble plus avoir de saveur en dehors de la douleur. Pourtant l’heure du déjeuner approche et il est temps de rejoindre Matilde, sa compagne, son sourire, son amour.

Matilde encourage le poète à revenir ici et maintenant, quitter pour un temps les émotions et les mots pour aller dans le jardin chercher quelques légumes. Il faut bien se nourrir. Direction le jardin à la rencontre des tomates et des fenouils. Leurs entremêlements semblent une bataille à Pablo alors que Matilde y voit un tango. Plus tard il s’attriste de la séparation du couple formé par l’ail et la rose puis il anticipe les larmes provoquées par l’oignon. Matilde s’amuse de la mélancolie du poète, et puisque le jardin n’a pas suffi à dissiper l’ennuie de Pablo, une nouvelle étape l’attend : couper l’oignon.

Album éminemment sensoriel. On entend tout du jardin, on sent la petite brise qui se faufile entre les rayons du soleil, on est capté par les couleurs de la terre et des fleurs, on respire l’instant présent avec la musique des bruissements. Les illustrations de Felicita Sala laissent transparaître toute la délicatesse du jardin potager et s’accord avec sensibilité aux mots d’Alexandria Giardino. Je les remercie pour cet album autant que le poète qui les a inspirées.

Pablo coupe l’oignon. La vapeur du légume monte jusqu’au poète et ce qui devait arriver…les larmes se mettent à couler.

A travers leur rideau au début, il ne voit rien. Petit à petit il distingue ce qu’il n’avait pas vu. Dans le sein du noir de la terre l’oignon s’est développé, attendant sa mise à la lumière pour être révélé, et sa mise en bouche pour être aimé. Bouleversé, Pablo songe : dans les petites choses se trouve le bonheur. Dans les petites choses se trouvent nos ressources de joie et la possibilité d’éloigner les soucis.

Quand la tête s’échauffe, il faut revenir au corps. Quand l’esprit et les idées s’emballent, il convient de ressentir, en pleine conscience :  

Qu’est-ce que je vois ?

Qu’est-ce que je sens avec mon nez ?

Quelle est la sensation du couteau dans ma main ?

Et quand je coupe l’oignon ? Et quand je le croque ?

Matilde l’a dit : « Mais d’abord mangeons ». C’est un sujet sur lequel tous les hommes s’accorderont : il faut manger pour vivre. Faute de réconcilier mes papilles avec les oignons, cet album a le mérite de me rappeler une chose essentielle :  la considération d’une chose dépend de l’angle avec lequel on la regarde et de la bienveillance qu’on lui accorde à un instant T. Puisque l’oignon a révélé sa sensibilité au poète, ce dernier lui rendra hommage avec des mots, avec une ode.

Cet album est un hommage aux choses simples, telles que Pablo Neruda les a célébrées et qu’il continue à le faire à travers sa poésie, intemporelle, éternelle.

Pour tous les poètes de la vie !

Le secret de Léon

Émilie Soleil et Cécile Becq

Gecko Jeunesse

Aujourd’hui dans ma bibliothèque j’ai retrouvé Le secret de Léon.

Léon a une vie sans mystère. Il cultive des pommes de terre qu’il vend le samedi sur la place du marché de son village. Le samedi soir il rejoint les musiciens sur cette même place avec son accordéon et en avant la musique. Tout le monde danse, surtout Eulalie !

Elle danse toute la nuit, longtemps après que la musique soit finie dans le cœur de Léon…

Le lendemain, Léon découvre un secret à côté de lui, un petit secret rouge. « Un petit secret : OK, je devrais pouvoir gérer » se dit Léon. Ou pas.

Au début le secret ne se fait pas trop remarquer, puis il veut qu’on le considère, qu’on s’occupe de lui. Alors il se fait sentir, il se fait entendre, et la vie de Léon est toute perturbée. En prime le secret est actif de jour comme de nuit. C’est fini les nuits paisibles ! Le secret ne laisse aucun répit. Impossible de s’en débarrasser !

Léon décide de partir : raté, le secret a vite fait de le retrouver. On ne se débarrasse pas d’un secret comme ça…Léon décide de l’avaler : encore raté. Le secret le rend tout barbouillé, il est encore plus difficile à supporter au fond de l’estomac.

Au village les gens commencent à s’inquiéter de ne plus voir Léon au marché, surtout Eulalie qui vient aux nouvelles…Léon essaye de la rassurer mais il est vraiment mal en point. Pourtant il va travailler : les pommes de terre doivent être ramassées. Cela lui donne une idée : il va enfouir le secret dans son champ. Ah enfin débarrassé ! Ou pas…

Le secret ne veut pas être oublié alors il va se transformer. Quand Léon découvre son champ, il prend une grande décision…Parfois les secrets ça a du bon.

Vaste sujet que la gestion des sentiments. On voit fleurir de plus en plus de livres-albums-films sur le sujet des émotions. C’est bien mais quand il s’agit d’amour, on aurait bien besoin d’un mode d’emploi. Qu’est-ce que cette histoire nous apprend ? Qu’un amour naissant connaît différents moments qui ne laisseront pas son humain indifférent. On commence par un peu de déni, on s’active pour ne plus y penser, on se met en colère pour l’oublier, on croit s’en être débarrassé et non. Rien à faire. Le sentiment est toujours là. En prime il se fait sentir dans le corps (ah les fameux papillons dans l’estomac…oups, Léon n’a pas eu l’air d’apprécier la sensation).

Elle me plaît la personnification de ce sentiment. Evidemment il est rouge, la couleur de l’amour… Il est petit mais il prend beaucoup de place. (Petit mais costaud comme dirait une ancienne publicité…). Et il ne fait pas bon ménage avec la confiance en soi. L’amour réduit souvent à néant les certitudes. Pauvre Léon : il accumule les mauvaises stratégies et il est tellement déstabilisé-chamboulé qu’il n’arrive même plus à travailler.

Règle d’or : plus on l’ignore, plus il est lourd le secret !

Alors que faire ? Au lieu de perdre de l’énergie dans le déni, on pourrait peut-être lui faire une place dans sa vie…Libre à chacun de le transformer en champ de coquelicots, roses, poème ou autre chose…

Merci Émilie Soleil et Cécile Becq : cette histoire amoureuse et son p’tit air d’accordéon réveillent des envies de bals de village et petites attentions.

A partir de cinq ans.

Sacha a rendez-vous avec Esther

Xavier Bruyère

L’école des loisirs

Parfois dans la bibliothèque d’une amie on trouve une petite merveille. C’est ainsi que j’ai rencontré Sacha et Esther. En avant pour une histoire d’amitié, d’anniversaire, et plus si affinités.

Sacha a préparé un cadeau pour l’anniversaire de son amie Esther : un poème. Il a très envie de lui lire mais il n’est pas arrivé le premier. Auprès d’Esther il y a déjà Odilon, et Rémi, puis Anne qui les rejoint. Décidément !

Sacha propose à Esther une promenade sur son radeau : enfin un peu d’intimité. C’est sans compter sur la météo et la chute dans l’eau. Oh c’est bête, ils vont devoir passer la nuit sur une petite île. Sacha est ravi, il s’apprête enfin à dire son poème…ou pas. Esther, elle, s’endort vite laissant Sacha déconfit.

Le jour se lève. En attendant le réveil de Sacha, Esther s’éloigne pour cueillir quelques fleurs. Bien mal lui en a pris : elle se retrouve nez à nez avec un loup pas content du tout ! Pour défendre son amie, Sacha attaque : en avant les coups de parapluie (faut pas le chercher Sacha !).

Le loup s’excuse : c’est un malentendu. Il aime ses fleurs c’est tout, il ne voulait pas faire peur. Il va même les aider à rentrer en leur prêtant une barque. Esther en profite pour demander à Sacha ce qu’il voulait lui dire la veille au soir…Sacha se prépare, le poème s’envole, ils sont arrivés, les amis sont là, Esther et tous sont tout ouïe :  y a plus qu’à : Sacha se lance. (Mission accomplie). Esther est conquise semble-t-il… C’est-y pas mignon tout ceci ?

Encore une histoire qui se déroule au fil de l’eau. Même s’il y a des imprévus sur le chemin, notre héros chat ne se décourage pas. Les phrases sont courtes, le rythme est varié, c’est agréable à lire et à raconter.

Le cadeau sous forme de mots : j’adore ! Pas besoin d’offrir un bien matériel. Une belle intention, ça peut être très chouette et faire tomber les demoiselles. Sacha qui voulait de l’intimité pour lire son poème : c’est réussi. Il aurait pu se dégonfler, repousser, abandonner : même pas. Il a assumé le poème et les sentiments.

Ce qui a fait mouche chez moi : les illustrations ! Ce petit côté « à l’anglaise » m’a renvoyée dans l’univers de Béatrix Potter et Kenneth Grahame. Les animaux sont humanisés et évoluent dans un environnement relativement bienveillant où le méchant ne l’est pas vraiment. Les petites anicroches se finissent bien. C’est bucolique, romantique et poétique.

La promenade champêtre est terminée, je referme le livre avec  comme une envie de lire de la poésie au bord de l’eau.

(Merci à mon amie Esther pour la découverte de cet album)

A partir de trois ans.

Réveil

Hector Dexet

Éditions Amaterra

Il faut regarder et inventer l’histoire car ici, point de mots. Comme le printemps vient d’arriver, c’est le moment de vous présenter ce Réveil.

Des traces de pas dans la neige, celles d’un homme.

Puis celles d’un plantigrade.

Un phoque au loin, un igloo et un trou pour la pêche.

Le soleil, timide au début qui se dévoile au fil des pages, ces pages découpées qui nous accompagnent sur la lente transition entre l’hiver et le printemps. La neige commence à fondre là-bas. Les rennes grignotent les éparses brins d’herbe pendant que le harfang des neiges guette le lièvre pour en faire son petit déjeuner.

Le soleil est là, le vert tendre devient prairie et terrain de jeu de la faune. Plus il chauffe, plus il réchauffe, plus les découpes rétrécissent, plus les traces de pas se réduisent. Mais au fait, qui suit-on ?

Encore quelques pages, les insectes et les volatiles déplient leurs ailes comme les fleurs leurs pétales et là, dans le pré, une paire de bottes délaissées pour une reconnexion à la terre, une pause au soleil. La progression dans les découpes page après page : j’adore ! La nature fait les choses progressivement, aussi on découvre de pas en pas, les petites touches du printemps qui s’affirme.

Merci Hector Dexet pour cette fin d’hiver rassurante qui donne envie d’attraper ses bottes pour sauter dans les flaques et flâner dehors. Le froid et le blanc cèdent peu à peu aux couleurs vives et franches. Le petit homme est présent en filigrane laissant libre cours aux animaux d’apparaître, de jouer, de profiter eux aussi de l’arrivée du printemps.

Que faire du champ libre du « sans texte » ? C’est une bonne occasion de créer l’ambiance : plutôt mode « enquête » (à qui sont ces empreintes) ou plutôt mode « description » (alors là dans le cercle polaire pour pêcher il faut faire un trou dans la glace…), ou autre chose, ne trouvez-vous pas. ? C’est chouette, ça laisse plein de portes ouvertes.

Cet album sans parole se fait médiateur de communication : il serait dommage d’en faire un outil de torture pédagogique avec une injonction à la dénomination (c’est quoi çaaaaaa ?). Comme pour la surprise de la découverte à chaque page tournée, laissons-nous surprendre par le moment de partage. Merci l’instant présent.

Ce livre est une promenade, une redécouverte. Il est propice à l’observation de ce réveil de la vie végétale et animale après le sommeil hivernal. Peut-être que le silence l’emportera, auquel cas l’histoire restera à l’intérieur des esprits…Peut-être que les mots accompagneront la promenade…Peut-être autre chose !

Je vous souhaite de belles promenades (dès que cela sera à nouveau possible) avec les yeux grands ouverts et des pauses nez au soleil.

Mon animal TOTEM

Virginie Téoulle et Claire Le Roy

Magellan et Cie

Ce n’est pas un album classique que je vous présente aujourd’hui.

Et c’est par une question que la présentation va commencer : c’est quoi un animal totem ?

Il y a plusieurs angles de réponses. Je n’aurai la prétention d’être exhaustive sur ce sujet. Voici quelques éléments pour comprendre : l’animal totem se retrouve dans certaines cultures comme les amérindiens, les inuits, certains groupes africains…dans les populations autochtones qui vivent en considérant que l’homme est en échange avec tout ce qui l’environne : éléments, terre et ciel, monde végétal, minéral et animal.

S’il concerne une tribu, l’animal totem est vénéré comme un dieu, un ancêtre. Il a un rôle protecteur et est respecté en tant que tel.

Si on parle de l’animal totem d’une personne, c’est un peu pareil que pour la tribu mais à une échelle individuelle. Chacun, pour peu qu’on ait une conscience spirituelle-chamanique-énergétique (choisissez le terme qui vous convient) peut avoir un (ou plusieurs) animal totem. Il ne s’agit pas de l’animal préféré, mais d’un animal dont les qualités, l’énergie feraient écho à notre personnalité profonde, essentielle. Comme tout cela est lié à notre état d’esprit, c’est potentiellement évolutif.

Les chamanes disent que nous ne choisissons pas notre animal totem : c’est lui qui se manifeste (désolé si vous adorez les chevaux et que vous avez un totem ours…). Étant une grande amoureuse des animaux et curieuse sur le sujet de l’animal totem en général, vous comprendrez l’attrait immédiat que cet album a exercé sur moi.

Qu’on y croie ou pas, là n’est pas la question ni le débat. Le duo Virginie Téoulle et Claire Le Roy nous proposent de rencontrer plusieurs animaux. Qu’ils évoluent sur terre, dans les airs ou dans la mer, qu’ils viennent d’un pays chaud ou froid, qu’ils soient tout petits ou bien plus grands que nous, il y aura de quoi faire écho à bien des sensibilités.

A chaque double page, un animal apparaît avec une courte description faite sous un angle symbolique, s’accordant sur les qualités et potentialités. Trois mots sous l’animal résument le profil de personnalité auquel on pourrait, peut-être (ou pas) s’identifier.

Cet album n’aborde donc pas les animaux sous un angle descriptif documentaire. C’est autre chose. C’est une passerelle vers une magie universelle : l’i-magie-nation. D’ailleurs je ne sais pas comment les enfants peuvent réagir à la découverte de cet album, au demeurant sobrement magnifique. Pas de déferlante colorée ici, la sobriété du noir, du blanc, quelques touches de sépia, un brun léger le tout sur fond blanc suffisent pour mettre en valeur les représentations de la chouette harfang, de la mygale, du gorille, de la panthère des neiges, du zèbre, du béluga et de quelques autres…

Au premier abord, on peut ne voit qu’un animal. Si on s’attarde à regarder d’un peu plus près, on pourra repérer que des petits humains se sont invités auprès des animaux. Il n’y a pas de domination, juste un échange, un accompagnement mutuel entre éléments vivants.

C’est un bel album qui nous met sur un chemin de possible rencontre avec nous-même, avec notre part mystiquement animale. Quel passionnant voyage !

Le bateau de Monsieur Zouglouglou

Coline Promeyrat et Stefany Devaux

Didier Jeunesse

Valeur sûre !

De tous les contes randonnées rencontrés, il fait partie de mon top !

Presque dix ans que je travaille avec lui : je ne m’en lasse pas.

D’une coquille de noix Monsieur Zouglouglou fait un bateau. (Monsieur Zouglouglou, un délice à prononcer ! Souvent il est rebaptisé Mr Glouglouglou par les petits : j’adore !!)

Dans son bateau il chante. Son chant attire une souris, qui demande si elle peut le rejoindre pour la promenade. Monsieur Zouglouglou est ravi !

Ils auront ensuite la compagnie d’une rainette, puis un lapin et même un chat, même si pour ce dernier ils ont tous hésité. Devant le gros chagrin du chat, ils ont trouvé une solution mais il faut faire attention : le bateau n’est jamais qu’une coquille de noix. Et les compagnons de promenade sont de plus en plus gros. S’ils allaient chavirer ?  

Entre chaque compagnon qui rejoint le bateau, Monsieur Zouglouglou chante :

(libre à vous d’inventer votre musique, ou de suivre celle laissée par Coline Promeyrat à la fin du livre…)

Si la souris, la rainette, le lapin et le chat ont demandé pour aller sur l’eau, ce n’est pas le cas du dernier passager…qui fera tout chavirer ! Qui a osé ?

L’histoire finit toute mouillée !

Donc voilà ce simple petit conte randonnée ponctué de moments chantés.

Il est simple, progressif, cumulatif. La syntaxe est hyper adaptée aux jeunes enfants. D’ailleurs en général, leur participation vient spontanément au fil de l’histoire. L’intérêt de cette histoire c’est vraiment de la dire. Issu de la tradition orale, le conte randonnée trouve son intérêt dans l’implication du conteur qui entraînera l’adhésion et le plaisir de l’auditoire. Les phrases sont courtes et dynamiques, le rythme est régulier donc on s’y habitue très vite.

Coline Promeyrat nous offre une jolie histoire de rencontre, de tolérance et nous donne une petite leçon : ce qui est trop chargé finira par se renverser…et ce n’est pas toujours la faute du plus gros !

Le déroulé de l’histoire suit le cours de la rivière. Comme dans la vie, au fil de l’eau on fait des rencontres, il y a des surprises et des imprévus… Les ingrédients pour l’imagination sont là : une coquille devient bateau (tout est possible) et surtout : qui va-t-on rencontrer à la page suivante ?

Hop hop hop les parents, c’est le moment de fabriquer des petits bateaux avec les enfants ! Avec une vraie coquille de noix ou avec des découpes de papier et matières, pour reprendre l’esprit des illustrations de Stefany Devaux : vous avez l’embarras du choix !

Pour les tout petits enfants dès que les parents ont envie de raconter des histoires !