Gilbert c’est le tonton de Yann. Gilbert est clown. Pour Yann, son oncle et son prénom sont pourvoyeurs de joie, de rire, de légèreté, de « prenons la vie du bon côté ».
Yann conçoit donc la vie comme binaire : il y a ce qui est Gilbert, et ce qui ne l’est pas.
Une coupe de cheveux toute fraîche, un repas d’anniversaire au restaurant, lire sous la couette c’est Gilbert voire super Gilbert ! Il est chouette Yann. Il décide de focaliser sur les petits pourvoyeurs du bonheur. Où les trouve-t-il ? Dans le quotidien, dans les moments de partage, dans des moments plus personnels, dans son cœur qui bat lors d’un baiser…
Par contre la voisine ronchonchon de mamie, le râleur du supermarché, le chien d’à côté qui grogne non-stop : pas Gilbert du tout…On ne peut pas rendre rose une météo pluvieuse ou celle qui se lève du pied gauche. Loin de plomber l’ambiance, voilà qui est susceptible de rendre encore plus agréable les petits bonheurs !
Le texte est gai, riche d’une imagination à hauteur d’enfant. Les illustrations expressivement colorées éclairent joyeusement ce quotidien Gilbert.
Décider d’être heureux, c’est un art de vivre qui demande un certain entraînement. Il est tristement facile de se laisser contaminer par la morosité, le spleen ou le négativisme. J’ai très envie de prendre la main que nous tend Myriam Picard, celle qui entraîne sur le chemin des « joies quotidiennes » (merci Mathé Altéry). Vous laisserez-vous tenter par la Gilbert-attitude ?
Alors faites des crêpes, émerveillez-vous du soleil printanier, chantez à tue-tête, lisez sur ou sous la couette, écoutez les oiseaux le matin : je crois qu’en ce moment on a tous besoin de voir du Gilbert dans la vie !
Oyé Oyé, c’est le moment de faire connaissance avec le valeureux chevalier Edmond et Aristote, son non moins valeureux destrier de cochon.
Enfin chevalier, c’est vite dit. Edmond doit faire ses preuves. Pour ce faire, le chambellan Gonfalon et le roi Fulbert l’envoient en mission « princesse en détresse ». Ce qui n’est pas franchement du goût d’Edmond mais présentement, qui se soucie de son opinion ?
Le voici donc parti, chevauchant fièrement son cochon, étudiant sérieusement la carte de l’empire du sucre maléfique et ses terribles contrées. Bien lui en prend car le parcours est semé d’embuches toutes plus collantes, sucrées et terrifiantes les unes que les autres : lac du Caramel maudit, gouffre de la Méchante Chantilly, précipices des Sucettes tranchantes…On se croirait dans une annexe de la maison en pain d’épices de la sorcière d’Hansel et Gretel !
Sans Aristote et sa présence d’esprit, Edmond aurait eu du mal à s’en sortir vivant ! Point question de s’apitoyer : le château est en vue. Encore une fois, rien de ne se passera comme prévu…à un détail près : cette fois-ci c’est le prince qui décide de la direction à donner à sa vie !
En avant la parodie de conte. Le prince rechigne à devenir chevalier, la princesse n’en fait qu’à sa tête, le dragon est remplacé par un danger autrement plus moderne : les sucreries (là j’avoue ignorer s’il y a une intention volontairement engagée de la part de l’auteur contre le sucre à gogo…mais ça me plaît beaucoup !). L’amitié et l’entraide y ont le beau rôle : mine de rien, elles nous susurrent que la noblesse de cœur n’a que faire des apparences !
Oh comme il est délicieux et rafraîchissant ce conte : une véritable fraise tagada grouik-grouik au texte entraînant et rebondissant. Allergique aux sucreries : vous abstenir (ou pas). Avec des illustrations où le vilain défaut nommé gourmandise ne pèse pas lourd à côté des expressions hilarantes des personnages. Jess Pauwels nous offre une chouette tranche de comique à chaque page. Ajoutez-y le texte truculent et Richard Petitsigne et vous obtenez un album à croquer !
Tant mieux, on peut en abusez : alors allez-y et savourez cette histoire sans modération !
Impossible pour moi de résister à ce nouvel opus des aventures de l’écureuil de Sebastian Meschenmoser !
Après L’écureuil et la lune, l’écureuil et le printemps, l’écureuil et la première neige, l’écureuil et le roi de la forêt, l’écureuil et l’étrange visiteur…, voici notre ami confronté à une nouvelle surprise comme seule la forêt peut en offrir. A l’intérieur d’un arbre il découvre LA plus grosse, LA plus belle noix qu’il a jamais vu de sa vie !
Quand il reprend ses esprits, il décide que cette noix sera sienne. Pas question de risquer qu’un autre ne la trouve et ne la revendique. Pour s’assurer cette possession, il faut la cacher.
Mais trouver la cachette parfaite s’avère ardu. Il lui faut de l’aide. Heureusement hérisson, qui dormait à proximité, se réveille. Qui a bien pu lui envoyer une motte sur la tête ? Ni une ni deux, écureuil oublie La grosse noix et La cachette à trouver pour venir en aide à son ami. Voilà les compères occupés à une chose, puis à une autre. Les priorités changent au gré de la journée. Tout est prétexte à se laisser distraire : quelques feuilles qui tombent et hop, c’est la fête avec les amis. Dans un tourbillon de couleurs, ce qui compte c’est de s’amuser !
Et la noix dans tout ça ?
C’est un grand plaisir de retrouver le coup de crayon de Sebastian Meschenmoser. Dans cet ouvrage, il glisse moult détails en annexe de l’histoire : ça fourmille, ça se faufile, ça sautille. Les chevreuils nous observent de loin, les lièvres sont tapis sous les grandes feuilles, et finalement, le hérisson atterrira où il n’aurait pas dû. Tout est invitation à vous se promener, à vous perdre dans la contemplation des lieux.
Qu’est-ce qu’on en retiendra : peut-être qu’un objet de grande valeur vaut moins qu’un bon moment partagé avec des amis.
J’ai trouvé cette histoire tombée du nid. Je l’ai accueillie, et j’ai murmuré entre ses pages qu’ici, elle serait en sécurité. Alors le livre m’a dévoilé de quel trésor il était habité. Main-oiseau raconte la rencontre avec l’enfant tant attendu, l’enfant rêvé, chéri, idéalisé. Lorsque la petite fille vient au monde, elle est tout cela. Tout est parfait, à une petite exception…presque rien se dirait-on.
Pourtant…
Deux doigts en moins, ce n’est rien. Le bébé a une jolie frimousse, deux bras, deux jambes, deux yeux pour explorer le monde.
Deux doigts en moins c’est terrible, c’est l’option non facultative, la différence à vie.
C’est le papa qui raconte en poésie ce double bouleversement de vie. Car quoi de plus à propos que quelques rimes pour souligner le tumulte des émotions qui accompagnent son tout nouveau rôle de père qui veut préserver son enfant de toutes les moqueries de la terre. La pince de homard sortira de l’eau pour devenir une main-oiseau. Libérée de sa carapace, une petite intervention pour optimiser les chances et voici l’enfant prête à laisser de côté les qu’en dira-t-on pour mieux s’envoler.
Trois doigts au quotidien, c’est parfait pour les ombres chinoises, pour faire du stop, pour attraper la main de ce papa un peu magicien. Puisqu’il faut vivre avec, dépasser les difficultés est une nécessité. Père et fille font équipe pour élaborer des astuces, pour que la vie hors du nid se fasse toutes ailes déployées !
Pour illustrer ce lumineux texte, Marianne Ferrer souligne l’intime et l’injuste dans un camaïeu de bruns et de bleus, transformant les larmes en plumes.
On arrive tous à la vie avec un truc en moins ou un truc en plus. Parfois ça se voit tout de suite. Des fois ça met du temps avant d’apparaître. Ici la fillette aura à apprendre plus tôt que les autres à tenir tête aux attitudes offensivement dédaigneuses. Si ça n’avait pas été à cause de sa petite main, ç’aurait sûrement été pour autre chose. C’est ainsi, la moquerie fait partie de la vie. L’adaptation est la clé-solution. Avec un papa poète qui sait faire des ricochets au ciel, je pressens que la route de la demoiselle sera belle !
A la veille du 14 février, au milieu de toutes les injonctions dégoulinantes, collantes, suintantes de « l’amour c’est doux – c’est beau – ça dure toujours », heureusement que les Éditions Chocolat sont là pour rétablir l’équilibre. Car, il faut quand même vous le dire : l’amour ne rime pas toujours avec happy end et étoiles dans les yeux !
Dans ce collectif grand format, quinze histoires d’amour balbutient et se consument sous les yeux hilares, compatissants ou absolument désolés du lecteur. Comme un guide dans le côté obscur de ce sentiment, les contes se succèdent. Entre nouvelles et poèmes, l’ouvrage nous raconte les brochets et vampires alias « psychopathes manipulateurs », l’implacable force du destin qui sépare définitivement des amoureux transis, la parfaite vanité des filtres d’amour…
Et c’est pas tout !
Il paraît qu’à trop attendre, certains amours n’attendent pas. Un peu de spontanéité pour éviter des années de regrets, ça mérite d’y réfléchir. Tout escargot que nous sommes, le jeu vaut peut-être le coup de sortir un tantinet de sa coquille ?
Il paraît aussi qu’il y a des amours plus profonds que d’autres. Quand certains s’enracinent au plus profond des êtres, d’autres ne dépassent pas le seuil épidermique. Je vous laisse imaginer les conséquences en cas d’éruption intempestive d’un furoncle sur la joue !
Il paraîtrait également que toutes les grenouilles ne sont pas bonnes à embrasser, que la subtilité d’un cœur en sucre n’est rien devant un petit singe gourmand, et que le romantisme d’une flamme déclamée pourrait bien pâtir à cause d’une haleine trop chargée.
A l’instar du nom de la maison d’édition, ce recueil est un délice : acidité parfaitement dosée, le croquant de la dérision saupoudrée d’ironie est une joie si l’on s’essaye à la lecture à haute voix. Merci Chocolat jeunesse pour cet ouvrage magnifique autant poignant que désopilant. Entre les Rita Mitsouko (les histoires d’A) et vous, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas…
Je présente essentiellement des albums pour enfant. Parfois je digresse vers la littérature jeunesse, quand un roman s’imprime particulièrement dans mon cœur de lectrice. Aujourd’hui, parce qu’il m’a bouleversée, j’écris sur un ouvrage atypique. Il tient du documentaire mais il est bien plus en vérité. On l’ouvre et on découvre des photographies, un récit d’anticipation, des tranches de vie sous forme de nouvelles et pour ajouter de l’authenticité à tout ceci : des enregistrements-collectages d’échanges sur le terrain. Quel terrain ?
Un terrain humain.
Un terrain mystérieux, peu connu, injustement méconnu.
Celui des gens du voyage.
On les appelle manouches, romanichels, gitans, tsiganes…
Ils nous appellent « les sédentaires », gadjos ou gadjés…
J’ai lu ce que Julia Billet a écrit.
J’ai regardé ce que Patrick Jacques a saisi via les photographies.
J’ai écouté les captations directes de Nicolas Côme.
Et…j’ai pleuré, j’ai écarquillé les yeux, j’ai ri aux éclats !
Mais ce n’est pas tout.
J’ai aussi eu honte en me retrouvant face à certains préjugés.
Honte par solidarité, parce que personne ne mérite le racisme ordinaire.
Honte que ces pensées, par ignorance, aient pu m’effleurer par le passé.
Honte de leur avoir prêté l’oreille sans réagir quand j’entendais autrui les proférer.
Parce que c’est facile O combien facile, quand on ne connaît pas, de céder à la méfiance plutôt qu’à la tolérance.
Et puis je me suis sentie envieuse, envieuse de cette liberté qu’ils cultivent, de ce sens de la communauté qui donne un sens à leur vie, de la confiance qu’ils accordent à chaque membre de la famille.
J’ai ri :
d’imaginer la grand-mère mourante qui réclame…une clope en plein milieu de la nuit.
des stratégies du gadjé amoureux transi qui achète plein de paniers juste pour approcher celle pour qui il a eu un véritable coup de foudre.
de la stupeur du producteur quand le jeune musicien prodige refuse la carte de visite parce qu’il ne sait pas envoyer de mail…
J’ai eu la gorge serrée :
en me représentant les enfants scolarisés pour quelques semaines, dans une énième école, relégués au fond des classes…
aux hérissons crayonnés pour remplacer le dessin de caravane qu’on leur demandait systématiquement de dessiner…
en apprenant le pourquoi d’une collection de petits chaussures de bébé…
en apprenant que sur les cartes d’identité sont inscrites trois lettres : SDF.
J’ai envié :
la chance qu’on donne à celui qui veut jouer de la guitare alors qu’il aurait dû passer sa vie à tresser des paniers…
qu’on accepte la réserve de celle qui ne veut pas parler…
le choix ou pas de la religion, qui se fait quand on est grand.
ce que représente le mariage à la gitane !
Entrer dans cette lecture, c’est lever le voile sur des gens qu’on imagine différents. C’est prendre conscience du dilemme qui peut titiller la conscience des enfants quand ils entrent dans le monde de l’écrit, ce monde resté étranger à leurs parents. C’est se rappeler que jadis il n’y a pas si longtemps,ils ont connu la persécution et la déportation…Est-ce que cet ouvrage remettrait quelques pendules à l’heure ? Assurément !
Qu’est-ce qui « dérange » le plus les sédentaires vis-à-vis du nomadisme ? Je m’interroge. Les questions tournicotent et s’entrechoquent.
La différence : c’est quoi la différence ? Et en quoi est-elle dérangeante ? Quand je regarde les photos, je vois des hommes, des femmes, des enfants. Leurs visages sont attentifs, graves, fendu d’un sourire, hésitants, fiers. Nous les rencontrons en noir et blanc. On en capte immédiatement l’essentiel. L’œil ne peut pas échapper à l’intensité de leurs regards. Noir et blanc donc : deux valeurs pour souligner la leur.
Julia Billet de tout cœur j’implore, que ce qui ouvre et conclu l’ouvrage restera à l’état de fiction. Cela m’a fait cruellement penser au « Village de Bamboula ». Espérons qu’Un Air de Voyage remplisse une belle et longue mission d’ambassadeur auprès du plus grand nombre, que les lecteurs auront le courage de s’aventurer entre ces pages éclairantes.
Je t’invite, toi qui passes sur ce blog, à oser plonger dans cet ouvrage passionnant. On n’en ressort « pas comme avant » et…c’est très bien comme ça. Une phrase m’a particulièrement marquée : « (…) si tu veux savoir qui tu es, le demande pas à un autre, demande-le à ton cœur.». Mon petit doigt me dit que je n’ai pas fini de méditer dessus.
Pour continuer, pour en savoir plus sur la démarche initiale, par ici il y a encore à en lire :
J’ai rencontré un album adorablement espiègle et tendrement déterminé.
Manon est dans sa chambre. Elle refuse de venir dîner. L’histoire révèle que la demoiselle a été punie par son papa.
Diabolo, mon chat lecteur amoureux des livres…qui m’aide à prendre les photos !
Pendant que son attentionné père lui prépare des spaghettis comme elle les aime, une conversation insolite est initié par la fillette. L’enfant joue, se prend pour une princesse, impose le vouvoiement, teste l’affection du parent. Le papa ? Il cède, pour un temps, à cette étrange exigence. Il faut rétablir le dialogue. Manon a eu son orgueil émoustillé mais bon gré mal gré, elle finira par convenir qu’elle n’avait pas eu une riche idée en….(stop, je ne vais pas spoiler la suite, ça ne serait pas marrant de vous priver du pourquoi et comment !).
Ce que je peux vous dire en revanche, c’est qu’avec une ferme bienveillance, on assiste à une reprise de dialogue après l’orage. On écoute ce papa cadrant (qu’on devine derrière la porte) tendre la main vers son enfant et très subtilement, il l’amène à dépasser sa jolie bouderie en admettant sa responsabilité dans l’affaire. La colère habillée d’imaginaire se fait rapidement oublier au profit d’un câlin et d’un repas partagé.
Le texte d’Arnaud Tiercelin se prête à jouer : il est à dire plus qu’à lire. Pour comprendre ce qu’est une négociation et la compromission, il faut y mettre le ton ! L’inspiration liée à cette scène quotidienne fera son chemin, j’en suis sûre, pour quelques identifications tant côté enfant que parent. Pour rencontrer cette mini « Raiponce aux spaghettis » enfermée dans sa tour d’ivoire, des pages à fond blanc accueillent les illustrations de Baptistine Mésange. Avec la douceur d’un câlin de chat, alias meilleur ami des enfants punis, elle nous fait entrer dans cette chambre un peu magique. On y découvrira des couleurs tendres, un miroir magique et comment des réponses un peu piquantes peuvent laisser place à un bouquet d’amour.
De ma petite enfance, je garde le souvenir des œufs à la coque de papa et des gougères de maman. C’est ce qui me vient à la fin de cette lecture. Voici un album à lire et jouer. Peut-être qu’il suggèrera à certains de idées pour mieux se réconcilier. Décidément, cette histoire je la trouve délicieuse comme une madeleine parfumée à la fleur d’oranger (à manger avec la crème la crème au chocolatdu papa) !
Un arbre vivait en ville. Les saisons lui offraient de quoi rayonner : couleurs, lumière du soleil, lueurs de lune ou compagnie des coccinelles. Quand la belle saison au loin s’étire, ce sont les animaux de la ville qui font une pause de quelques minutes sur ses branches nues. L’arbre est heureux : il aime avoir de la compagnie.
Au moment de l’hiver, plus rien ne semble pouvoir égayer l’arbre de la ville. Il s’en persuade jusqu’à ce que dans toute cette grisaille, une tache colorée retienne son attention. Quelle chance que cet objet rouge vif qui virevolte à proximité des longues branches. Voilà qu’il s’y accroche. Voici l’arbre réconforté d’être paré d’un sac en plastique !
Ce n’est que le premier…Une abondante troupe multicolore ne va pas tarder à le rejoindre.
Comment ne pas être tristement ému de voir l’arbre se réjouir de ce cadeau empoisonné ?
Comment lui expliquer que ce qui l’égaie aujourd’hui demain, certainement, l’asphyxiera ?
Point d’explication, le temps se charge de lui faire comprendre quel revers de médaille accompagne ces faux-amis. En quelques mois, la superbe des sacs plastiques s’est muée en guenilles, qui dorénavant pendouillent tristement sur les branches en étouffant leur hôte. Les branches basses en sont incapables de jouer avec le vent.
Soit. Si la brise urbaine n’y a plus sa place alors le vent soufflera en tempête. Le moment est rude mais nécessaire. Les bourrasques douloureuses nettoient, dégagent, délivrent le pauvre arbre de son empoisonnant plastique.
Comment rester hermétique au message écologique ? A l’heure où le plastique a pris tellement de place sur la planète, où ce n’est plus un mais plusieurs continents de plastique qui témoignent sur les océans de la folie des hommes, on en oublierait presque les conséquences sur notre environnement proche. Le message de l’arbre devient particulier, comme un écho d’un quotidien devenu banal.
Je m’interroge : face à la pollution ordinaire, arriverait-on à éprouver une once de révolte ?
Est-ce qu’on prend encore le temps de regarder les arbres ?
Est-ce qu’on remarque le plastique qui gît au pied du tronc ?
Est-ce qu’on ose s’offusquer de l’état des bas-côtés des routes ou des bouteilles vides jetées en forêt ?
Une vie sans plastique, l’arbre l’a compris, ça laisse de la place à la vie. Les bruissements des sacs ont laissé place aux pépiements. Luna Granada offre à son arbre et au lecteur la joie de la renaissance sur fond de ciel bleu !
Cet album me confronte à ma conscience écologique. Le vent fait son œuvre. Quelle est la mienne ? Il se pourrait qu’on ait tous la possibilité d’agir, à notre mesure, en face de chez nous peut-être. Rêver d’un monde meilleur c’est bien. L’aider à le devenir, c’est beau. Du moins c’est ce que moi j’ai envie d’entendre : l’invitation à ramasser plus souvent ce qui traînerait à mes pieds pour lui interdire d’étouffer les arbres, les animaux ou les fleurs.
D’après Charles Perrault, adapté par Anne Jonas et illustré par Anne Romby
Milan jeunesse
Il y a peu d’artiste devant lesquels je me pâme d’ouvrage en ouvrage.
Pourtant côté illustrations, celles nées de la main d’Anne Romby font exception : avec elle je rêve sans modération.
J’ai déjà présenté deux albums dont les merveilleux textes sont accompagnés par ses dessins enchanteurs : Amani faiseur de pluie et La nuit du prince grenouille.
Aujourd’hui j’ai envie de vous dévoiler un peu de la magie de Peau d’Âne.
Tout le monde connaît le conte : un roi et une reine vivaient dans le bonheur absolu. Parents d’une ravissante fillette, leur royaume vivait dans la prospérité et la confiance. Pour parfaire ce tableau, le roi prenait grand soin d’un animal au pouvoir étonnant : un âne qui, loin de souiller sa litière, donnait chaque jour des louis d’or en quantité. Pourtant cela ne devait pas durer : un jour funeste, la reine se trouva mal. Sentant ses forces l’abandonner, elle fit promettre à son époux que, quand le temps serait venu où la douleur du deuil se serait éloignée, il n’épouserait pas une femme moins sage et belle qu’elle.
Le mari promit.
La reine mourut.
Le temps passa.
La peine s’estompa.
La folie du père s’éveilla. Devant l’impossibilité de tenir sa promesse, il réalisa que seule leur fille réunissait les qualités qui surpassait sa défunte mère. Il résolut donc de l’épouser…(là tout le monde admettra que ça se gâte pour la princesse…). Pour échapper à l’inceste promis par son père, la princesse demanda conseil à la fée Lilas sa marraine.
Mais les stratagèmes échouèrent, la folie du père ne semblant pas avoir de limites. Il en sacrifia même son précieux âne.
C’est dissimulée sous sa peau que la princesse prend la fuite, seule échappatoire aux projets de mariage de son père. Ainsi enlaidie, méconnaissable, elle marche sans s’arrêter. Réduite à la mendicité, elle trouve une place de souillon dans une ferme. Loin de son royaume, elle vit une existence misérable.
Son seul plaisir dorénavant sera de revêtir, le dimanche, une de ses robes que, grâce à la magie de sa marraine, elle avait pu emmener avec elle. De cet accès de coquetterie naîtra l’amour du prince qui passait par là…La suite vous la connaissez !
Les illustrations sont à la mesure du conte : merveilleuses même dans les moments les plus sombres. Le regard se pose ici et là, pour revenir contempler le raffinement des inspirations orientales que l’illustratrice nous offre. Tant de grâce dans le mouvement des étoffes précieuses, que de délicatesse des ailes de la fée Lilas faites de pétales et fines feuilles.
Certaines doubles-pages font vagabonder mon esprit vers les Très riches heures du Duc de Berry. D’autres, de par leurs perspectives adaptées, oriente mon vagabondage visuel vers la Perse ou bien quelques estampes me suggèrent une ambiance japonaise. Un dépaysement à la hauteur de la magie des contes n’est-ce pas ?
Cela fait plus de dix ans que je possède cet album et je continue d’en découvrir à chaque lecture : mille merci Anne Romby pour votre Art qui parvient profondément à séduire petits et grands. J’espère que vos ouvrages traverseront le temps et que dans vingt-trente-cinquante ans, ils réjouiront encore les lecteurs. D’ailleurs, avec lequel vais-je présentement poursuivre le rêve ?
La Belle et la Bête, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont/Anne Romby
La princesse sans nom, Hugues Paris/Anne Romby
Fleur de Cendre, Annick Combier/Anne Romby
Zhao l’enfant-peintre, Anne Jonas/Anne Romby
Kahalim l’Opulent, Gérard Moncomble/Anne Romby
Je pourrais vous en montrer d’autres (oui oui il y en a encore…) mais je préfère vous laisser découvrir par vous même l’univers fabuleux de l’incroyable Anne Romby !
Vengeance au féminin : il a tué son cheval. Il devra payer de son sang.
Fin de l’enfance, début de l’itinérance avec pour seule motivation : le retrouver. Mais elle n’est pas seule à le traquer. La tête du bandit est mise à prix. Il faudra être plus rapide, plus discrète pour arriver la première. Rémi Courgeon nous emmène dans l’Ouest Américain : vous les entendez les talons qui claquent contre le sol et l’écho de l’harmonica ?
Aaron Blake voulait la fille : c’est le cheval qu’il a tué. Pour la fille, le cheval était sa famille. Quand un lien aussi fort existe entre un humain et un animal, il ne peut être rompu brutalement sans générer une suite de conséquences. Après avoir offert à son frère cheval le repos de la terre, après s’être cousu un vêtement avec sa peau, elle commence sa longue recherche.
Le danger rôde. Il est partout. Il va falloir survivre au désert, aux hommes qui n’ont que faire de respecter une femme. Mais le sort en est jeté, elle ne peut pas reculer. Dormir dans les arbres, se fabriquer une arme, pister les traces du malfrat sans se faire repérer : tout cela est risqué d’autant plus qu’elle va à pied, et que le manteau en peau de cheval pèse sur ses épaules.
C’est « elle » qui parle. Elle qui dialogue avec l’arbre qu’elle déleste d’une branche pour se fabriquer un arc. Elle dont les sens sont en permanence aux aguets. Elle qui semble avoir basculé dans cette violence. Mue par son désir de vengeance, elle poursuit dont but. Un nouveau cheval sur sa route qu’elle libèrera du joug des hommes et de l’agression du harnachement : une jument. A cru sur son dos, elle avancera plus vite. Le western n’est pas fini…
Quand on aime profondément les animaux, chevaux ou autre, je comprends qu’on puisse avoir l’intention de devenir mauvais envers ceux qui par habitude ou sciemment les brutalisent. Dans les faits divers sordides de ces dernières années, il y avait ces chevaux mutilés, laissés agonisants dans leur pré avec une oreille coupée. Je crois que la bouffée de haine ressentie n’avait d’écho que la profonde incompréhension pour ce genre d’agissement. Que s’est-il passé dans notre société pour qu’on en arrive à mépriser à ce point le vivant, animal ou environnement ?
Que de suggestions à reconsidérer ce qui nous entoure comme un don et non comme un dû. Un peu d’animisme, de féminisme, une alternance bien orchestrée entre les paysages nimbés de cette chaleur écrasante propre au Far-West et les nuits glacées où le bruissement d’ailes des chauves-souris répond au crépitement des feux de camp : la lecture est addictive. La plus magnifique des revanches ne se trouve pas dans l’élimination du truand.
Le dénouement sera grand.
Plus puissant qu’une balle quand j’ y songe…
Ce livre me touche au cœur, aussi sûrement qu’une flèche.
Parce que depuis des années je trouve tellement réconfortante l’odeur des chevaux et la douceur de velours de leurs museaux.
Parce que pendant des années j’ai eu le privilège inouï de cheminer à côté d’une belle jument espagnole, au regard d’une douceur sans pareil. Son départ pour la voute céleste m’a laissée assurément orpheline. Probablement parce que je suis de ceux qui se sentent davantage eux-mêmes avec les animaux.