Les Avions de Papier

Jim Helmore et Richard Jones

Editions Kimane

Qui n’a pas plié et replié des feuilles de papier pendant son enfance dans le but de la transformer en avion ? Petite nostalgie de mes sept ans, tu es venue te loger aux coins de mes lèvres quand mes yeux ont croisé le titre de cet album.

Louise et Valentin sont amis et ils occupent leur temps libre à jouer dehors, faire du bateau sur le grand lac, et faire voler des avions de papier. Les avions il faut que ça vole haut. Quand les oies sauvages passent, ils essayent d’envoyer leurs avions jusqu’à elles. Après leur migration, ils les envoient jusqu’à leurs maisons. Les projets s’échafaudent : et si un jour leurs avions arrivaient à traverser le lac ?

Il semblerait qu’il ne doive pas y avoir de réponse à cette question. Car Valentin déménage, très loin du lac, très loin de Louise. Avant de partir, les enfants échangent leurs avions préférés.

La vie continue tristement pour chacun, dans la nostalgie de leur amitié. Jour après jour, nuit après nuit, les paysages sont les mêmes pourtant rien n’est pareil. Comment se remettre dans le présent quand on rêve aux jours passés ? Le retour des oies ravive les émotions et la solitude de Louise. Tout cela déborde et Louise jette l’avion de Valentin par terre, qui se brise.


Les oies seraient-elles un peu magiciennes ? Après une nuit riche d’aventures, Louise découvre que la distance n’altère pas l’amitié que son ami lui porte, et qu’il peut encore y avoir des projets partagés. La fin ne sera que le commencement de la suite : à Louise et Valentin de poursuivre.

(un petit clin d’œil de l’illustrateur nous renseignera sur le devenir de cette amitié dans le temps).

« Loin des yeux loin du cœur » : pas dans cette histoire.

Ils peuvent être douloureux les chagrins d’enfants, surtout quand on perd quelque-chose d’aussi précieux qu’un ami. Si rien ne remplace la présence, il y a des façons de dire « tu es encore mon ami(e) même si tu es loin ». L’amitié active ne connaît pas de limite, surtout pas celle de la distance.

C’est un livre pour tout ceux qui ont vu un ami partir loin, et qui ont un faible pour la délicatesse un peu rétro des illustrations de Richard Jones.

Encore un album qui parlera aussi bien aux enfants qu’aux grands.

A partir de 3 ans.

Le troisième fils de Monsieur John

Nadine Brun-Cosme et Christine Davenier

Éditions Sarbacane en partenariat avec l’association Amnesty International

Est-il besoin d’être grand, droit et conforme pour être aimé ?

Monsieur John a trois fils. A la naissance de chacun d’eux il plante un arbre dans son jardin. Comme le premier fils, le premier arbre pousse grand et droit. Il fait la fierté de Monsieur John ! Le deuxième arbre suit le chemin du premier : Monsieur John recueille les compliments du quartier et cela lui plaît. Bouffée d’orgueil, autosatisfaction et voilà un papa fier comme un paon.

Et le troisième arbre dans l’histoire ? Le troisième arbre n’a pas poussé grand et droit mais tout tortillé tarabiscoté : là pas de fierté et rapidement il fut déterré pour être soigneusement relégué au fond du jardin (pour éviter les quolibets du quartier of course). Ah cette terrible angoisse du regard des autres à la sauce du « qu’en dira-t-on » !

Un jour les deux grands fils qui ont grandi comme leurs arbres, prennent le chemin de leur vie : ils s’en vont de la maison. Monsieur John se sent triste, la solitude s’invite. Ah voilà, les chemins droits ont un revers semble-t-il.

Comme de juste, le troisième fils est à l’image de son arbre. Alors chut on ne l’écoute pas, on ne le regarde pas. Donc auprès de son arbre le troisième fils suit son bonhomme de vie rien qu’à lui. Il rêve et chante, avec les chats pour compagnie. Au départ de ses frères, depuis les branches de cet arbre remarquable, le troisième fils de faire de résonner le jardin de ses poèmes et chansons pour le tout nouveau plaisir de son père et des gens du quartier !  

Il a la dent dure le désir de conformité. Être comme tout le monde, susciter envie et fierté chez les voisins. Ne surtout pas faire de vagues, ou donner matière à cancaner : combien sommes-nous à être tenté par une vie lisse et droite ? Pourtant, y aurait-il un chemin différent, autre que tout tracé ? C’est réconfortant de lire une histoire où les yeux du père finissent par poser un regard apaisé et bienveillant sur son propre fils.

Ce thème pour le moins dur de cette exclusion par le silence et les yeux baissés est porté par les mots sobres de Nadine Brun-Cosme et les images tendres de Christine Davenier.

Une graine de différence, ça peut donner un étonnant résultat. Tant qu’il y aura des gens (et des chats) pour reconnaître la richesse de la singularité, peut-être sera-t-il possible de faire germer les graines de la tolérance ? (espoir espoir espoir !!!).

Alors, est-il nécessaire d’être grand, droit et conforme pour être aimé ? La discussion est ouverte avec les enfants à partir de 5 ans.





La Petite Renarde

Un conte des Indiens Cree

Muriel Bloch et Izou

Editions Magnard Jeunesse

Que dirions-nous si notre destin dépendait de notre capacité à respecter l’animal ?

C’est une histoire de loin, c’est une histoire du Froid, c’est une histoire de renard et d’enfant, d’hommes et de choix, d’écoute et de considération. C’est une histoire qui commence mal.

Pour sauver une fillette très malade, les hommes ont osé partir dans le grand froid de l’hiver impitoyable pour trouver la renarde. C’est le guérisseur qui l’a dit. La vie de l’enfant est liée à celle d’une renarde, une renarde qui respire mal, une renarde à bout de force. Tant que l’animal fuit et s’épuise, le mal gagne chez la fillette, inexorablement. Sa vie ne tient plus qu’au fil de souffle de vie qui tremblote chez la renarde, telle une flammèche dans un courant d’air.

A bout de force, la renarde tentera tout pour échapper aux hommes. Trop épuisée, elle finit par être attrapée. Une nuit de plus se passe, dans l’angoisse pour le père que la renarde ne survive pas. Au village, l’enfant délire. Son père s’oppose à la faim de ses compagnons qui auraient bien fait de la renarde leur souper.

Dans les bras du père le lendemain, la renarde se demande pourquoi on la laisse vivre alors qu’elle se meurt. Elles sont longues et froides les heures avant le retour au village. Rentreront-ils à temps ? Quand enfin la renarde est amenée auprès de l’enfant, le guérisseur enjoint de la réchauffer, de la nourrir, de la laisser se reposer…et d’attendre.

L’histoire se finira bien pour la renarde et pour l’enfant…mais est-ce vraiment la fin ?

Je suis très émue par ce conte. Je remercie infiniment Muriel Bloch de nous l’offrir et Izou pour ses incroyabilipoustoufflantes illustrations. C’est un voyage à chaque page, où les étoiles et les grands esprits accompagnent le lecteur avec bienveillance.

 A l’heure où en France les renards sont officiellement si mal considérés par certaines instances officielles, cette histoire fait réfléchir à notre lien aux animaux, voire au Vivant de manière générale. Là on a un père capable de tout pour sauver son enfant, y compris de partir dans des conditions extrêmes et de s’opposer aux siens pour ramener l’animal vivant coûte que coûte. Côté lecteur, on retient son souffle à chaque page car rien n’est moins sûre qu’un épilogue heureux.

Le guérisseur chamane montre que ce n’est pas dans la médication ou dans les prières que se trouve le remède pour cette maladie. Et plus subtilement avec la question qu’il pose aux parents avant de s’en aller : « A votre avis, qui des deux a soigné l’autre : votre fille ou la renarde ? ».

Il en découle des réflexions suite à cette lecture, je n’en ai pas encore fait le tour. Pour autant, j’ai hâte d’échanger à ce propos avec des enfants et avec des grands. 

Il y a de l’espoir, pour peu qu’on s’autorise à regarder, écouter, ressentir un cœur qui bat, quel qu’il soit.

On peut en profiter de 5 à 105 ans

Adieu odieux dîner

Delphine Bournay

École des Loisirs

Attention livre désopilant !

Ouvrir ce livre c’est prendre le risque de ne plus considérer la purée de brocolis ou de tout autre légume vert avec la même innocence.

Flora est à table et son papa lui a préparé, pour son dîner, devinez quoi…….de la purée de brocolis pardi ! Toutefois, à voir la mine dégoutée de la demoiselle, aucun doute sur sa motivation pour ne serait-ce que goûter. .? (non mais quelle idée franchement les parents)

Hein parce qu’on ne doit pas dire qu’on n’aime pas si on n’a pas goûté…etc…vous êtes tous au courant n’est-ce pas ?

(Et là je ne sais pas pourquoi mais j’ai la vision du film d’animation Vice-Versa avec Riley petite qui accueille de la même manière les brocolis. Y a un truc avec les brocolis…)

Enfin toujours est-il que le dîner est qualifié de « dégoûtant ». Et là, le dîner en question, et bien il n’apprécie pas, mais alors pas du tout le qualificatif. Il a du caractère le légume vert  donc il se rebiffe. D’abord, non mais c’est quoi cette petite fille, qui se croit tout permis…et qui…et qui… Parce que si Flora a ouvert les hostilités, le dîner lui il balance, il décharge, il dégomme !

Je ne spoilerai pas la suite. Tout ce que je peux vous dire c’est que ça finira mal pour lui. Parce qu’elle a du caractère Flora. Un dîner rebelle et autoritaire dans son assiette :  et puis quoi encore. Elle ne va pas se laisser faire. Et quand vient le moment du dessert…Mmmmm suspense !

Je ne souhaite à personne de rencontrer des odieux dîners, mais celui-ci est quand même bien sympa, avec des illustrations simples et un texte pour le moins efficace. A lire lire et déguster sans se modérer.

Alors voilà, je l’ai feuilleté un peu par hasard en librairie, et j’ai commencé à rire, mais à rire et je suis repartie avec… Merci Delphine Bournay !

Moralité, les brocolis ont plus de caractère qu’on le croit. Et puis peut-être que les légumes méritent un peu respect, même s’ils ne s’accordent pas avec nos papilles.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

A déguster à partir de 3 ans.

Le Traité des 7 Lotus

Eric Boisset

Editions Plon

Le week-end dernier j’ai ouvert Le Traité des 7 Lotus, qui trônait sur ma pile à lire depuis quelques mois (non je ne suis pas toujours pressée, il faut que l’envie de lire soit à point). Pratiquant le yoga depuis plusieurs années, un titre pareil ne pouvait que me faire de l’œil. Toutefois il semblerait que ma pratique soit un peu moins risquée que celle qui est décrite dans Le Traité des 7 Lotus, un ouvrage rarissime écrit au début du 20e siècle par un certain Paramahansa Jojoba, grand maître hindou.

Quelle n’est pas la surprise de Timothée lorsqu’il découvre ledit ouvrage dans la vitrine de monsieur Balsamo, son ami libraire. Devant la valeur de l’ouvrage et persuadé qu’il sera vendu en un rien de temps, Timothée en réalise une copie numérique. Oui car les postures décrites dans ce traité permettraient d’acquérir des pouvoirs (rien que ça !). Bien lui en prend (à première vue) car un incendie très localisé détruira le traité dès le lendemain. Jusque-là, tout va bien pour Tim. Ça va un peu se gâter lorsqu’il décide d’étudier concrètement le Traité via la copie numérique qui occupe sa clé USB en forme de fraise (information capitale pour la suite de l’histoire). Car à avoir trop bien réussi la posture Lokutara, qui permet de visiter la doublure du monde, et bien le voilà coincé dans la doublure justement. Enfin son corps éthérique ou son esprit, au choix. Son corps par contre est retrouvé figé en position lotus, avec des pinces à linge qui ornent ses narines et ses oreilles. Le choc pour sa mère qui le retrouve ainsi le matin suivant…Et c’est parti pour l’hôpital où les hypothèses pour expliquer son état sont…cartésiennes, mais à côté de la plaque.

Devant l’absence de conception spirituelle de la médecine, Timothée pourra compter sur Badis son meilleur ami, geek-accro au Red Bull et à tout ce qui se mange ou boit pourvu que ça ne soit pas bio. Ah oui parce que Badis a des aptitudes en médiumnité (information qu’il ignorait jusqu’à la malheureuse aventure de son pote), ce qui lui vaudra quelques monologues en solitaires et quelques regards dubitatifs de son entourage. Les deux amis seront épaulés par Jojoba lui-même, le seul qui sache comment quitter la doublure du monde. Les voilà tous les trois embarqués dans une chasse à la copie numérique de ce fameux Traité. Et elle va leur en faire voir la clé USB en forme de fraise sur laquelle est enregistrée la fameuse copie. De visite de chamane à séance de cinéma clandestine, apprivoisement du don de passe-muraille à prouesses en skate, le rythme ne faiblit pas pour Tim et Badis. Les rebondissements se succèdent jusqu’à la fin où on se surprendra à avoir de l’indulgence pour les vendeurs de hamburgers douteux.

Il y en a de l’amitié dans ce roman, et de l’amitié à la sauce « les contraires s’attirent ». La richesse et les ressources se cultivent merveilleusement dans les différences.

Monde du numérique ou ouvrage papier ? La question est posée…les deux cohabitent dans ce livre.

Qu’en est-il du karma ? De la nécessité de s’inspirer de maître Yoda pour les hommes ? De l’adolescence et des relations entre frère et sœur ?

Mes zygomatiques ont eu un peu de mal à se détendre car l’humour est généreusement présent dans ce roman. Les joutes verbales des ados sont délicieusement incisives.

Roman pour jeune ado. Sûrement, et je pense qu’il peut faire passer un très bon moment aux plus grands, adeptes du yoga ou non !

Bienvenue chez Clara sur la Lune.

Quand j’étais petite, on me disait tout le temps que j’étais dans la Lune. J’ai un peu grandi (mais pas trop), je suis toujours rêveuse et j’ai envie de partager les émotions que les histoires m’offrent !

Je vous souhaite bien des étoiles dans les yeux avec les livres que vous croiserez ici !

Tant qu’il y aura des livres…

Qui ne suis-je pas ? Qui suis-je ?

Je ne suis pas libraire, pas bibliothécaire, pas pâtissière (mais j’y songerai pour une autre vie).

Je suis rêveuse, bouquineuse, très curieuse.

Je suis tombée toute petite dans la marmite à livres.

Et j’aime avoir les pieds dans l’eau !

J’ai trois petits chats chats chats qui m’aident énormément à lire et qui gardent les livres au chaud quand je ne suis pas là.