Découvrir la vie, s’émerveiller de ce qu’on rencontre avec ce regard unique des tout petits : voici le tout doux Ours de Tiphaine Boilet.
Sur la banquise, quelques flocons tombent du ciel. L’un d’eux atterri sur le nez d’un petit ourson polaire. Étonnement avec point d’exclamation, tout à sa joie voici l’ourson en chemin et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y en a du monde sur la banquise.
Où va-t-il avec son flocon sur le nez ?
Pourquoi fait-il si attention ?
Ah l’émerveillement des premières découvertes. On oublie parfois que ce qui nous entoure, qui paraît si ordinaire peut-être, un jour on l’a certainement considéré avec la même émotion pure que celle de ce petit ourson.
Une joie, quand on est petit, n’a d’intérêt que si elle est partagée ! Dès lors rien n’est plus important que de rejoindre son parent. Pour cela il faut se dépasser, l’objectif étant de préserver la position du flocon tout en circulant à travers un groupement de goélands, une foule de pingouins et un attroupement de morses. Un dernier effort, plus que quelques mètres à parcourir en nageant, et enfin les retrouvailles, le partage et le câlin !
Qu’est-ce qui pourrait sembler plus banal qu’un flocon au Pôle Nord ?
Ou qu’un grain de sable dans le désert ? Ou encore, des chapeaux de glands en forêt…(je pourrais continuer maisvous avez saisi l’idée 😉)
Merci Tiphaine Boilet : avec cet album on se reconnecte aux jolies petites choses qui nous entourent…Cela me rappelle les nombreuses coquilles d’escargots ramassées et amenées à mes parents avec la fierté d’Artaban (je ne vous raconte pas le jour où il y avait encore un escargot dans la coquille…j’avais même entrepris un élevage, mais là c’est une autre histoire !).
Voilà, à toi qui es de passage sur ce blog j’espère que tu tomberas sous le charme de ce joli petit album paré des couleurs du Grand Nord. Au cœur de l’hiver, il scintille aussi sûrement que des yeux d’enfants pétillants !
Album pour les petites mains grâce à ses pages cartonnées et pour les plus grands qui aiment regarder la neige tomber.
Aujourd’hui dans l’assiette, ce n’est pas le brocoli l’objet du délit. Ce sont les spaghettis !
Et Mademoiselle l’a dit d’un ton catégoriquement assumé, assuré, refusé :
Face à cette détermination, la maman a une réponse pour le moins surprenante : « c’est un plat de girafe » !
Et sous sa fourchette habile, la voici la fameuse girafe !
Mais le repas n’est pas fini, et la petite demoiselle n’en a pas fini avec son assiette. De la salade ? Ah non ça ne va pas être possible. C’est sans compter sur l’habileté de la maman…
Mais l’assiette tortue je ne vous la montre pas…il vous faudra la découvrir dans l’album !
Ce n’est pas l’histoire d’une enfant qui chipote pendant le repas que nous offre Reza Dalvand. C’est un moment de partage, un temps que la maman prend pour être vraiment présente avec son enfant. Ici point de montre, de top chrono il faut se dépêcher. Le temps passé ensemble est propice à ce que l’enfant et l’adulte se rejoignent.
A aucun moment la maman contredit son enfant.
Nul passage en force, il n’y a que de la bienveillance. L’émotion négative est accueillie, et par un tour d’imagination, devient curiosité et gourmandise !
Les illustrations sont tout en douceur, comme une invitation à créer de l’extraordinaire. Du coup je m’interroge : à qui parlera le plus ce dialogue : aux enfants ou aux parents ?
Mais au fait : elles ont oublié le dessert !
Devant des assiettes aussi sympathiques, je suis absolument frustrée de ne pas pouvoir rentrer dans l’histoire pour voir de quels ingrédients ledit hippopotame de demain sera fait…
Il ne me reste plus qu’à me le préparer. Voyons qu’est-ce que j’ai dans ma cuisine…Un potimarron, du riz et des billettes de mozarella. J’espère que ça suffira…
C’est l’histoire d’un albatros qui n’arrive pas à voler.
Et un albatros qui ne vole pas, c’est balo…
Pourtant Albert s’entraîne. Il y met tout son cœur.
Rien à faire : ça ne marche pas.
Heureusement il y a Simon, son ami mouette qui lui dépose de quoi manger, à lui la risée de l’île. Parce qu’un oiseau qui ne vole pas, qui tangue et qui va cahin-caha sur ses pieds palmés, c’est la honte quoi !
Ceux qui ne se moquent pas compatissent, évoquent sans détour le tragique de la situation. Albert est consterné, et de s’auto mutilé…en vain. Et de sautiller pour tomber plus lourdement encore. Il s’entraîne avec la force du désespéré. Simon y va de ses encouragements jusqu’à ce que la tempête se lève et l’oblige à se mettre à l’abri. Dans la panique Albert veut suivre son ami mais le vent en décide autrement et le voilà propulsé dans le vide, à la merci des rafales tourbillonnantes !
Avec Albert on touche du doigt l’abîme de détresse qui enveloppe celui qui échoue. Le vide est autour, le vide est dedans. Pour oublier, il retourne son bec contre lui : quelques plumes, qu’est-ce que c’est, quelques plumes dans le vent pour exorciser sa douleur.
Ce qui me touche particulièrement dans cet album, c’est l’amitié façon envers et contre tout. La petite mouette prend sous son aile le roi des oiseaux. Il l’encourage, il reste présent. Il a vu lui, le potentiel de son ami. Il ne doute pas. Il sait de quoi Albert sera capable avec ses ailes majestueuses.
Les illustrations de Chin-Lun Huong sont stupéfiantes : je les trouve sublimement sensorielles. La rudesse du sol sur lequel Albert s’écroule trouve son pendant dans l’espace sans limite du ciel qui se déroule au-delà de l’île. La masse rocheuse compose avec les assauts des vagues et du vent et quand souffle la tempête, les doubles-pages paysages suscitent immersion, souffle retenu et fascination. Voir le monde avec les yeux d’Albert, c’est admettre que c’est tellement plus beau vu de haut.
C’est au cœur de la panique, quand tout bascule, quand tout semble perdu, qu’enfin Albert comprend. Il découvre que la solution n’est plus l’agitation. Du mouvement désordonné viendra la ressource. Il pourra en profiter, Albert le magnifique, de ses ailes superbement déployées !
Il aurait pu rester planter ainsi, l’albatros. Le destin météo aura décidé pour lui. Probablement parce que la vie c’est aussi de se retrouver pris dans des tumultes qu’on n’a pas vu venir, qui nous surprennent, qui nous font basculer dans un je-ne-sais-quoi terrifiant. Si on y réfléchit quelques secondes : qu’est-ce qui est le plus flippant : se lancer ou rester sur place ?
Merci Tuttistori ! « Vole, Albert, Vole ! » est un album qui distille des petites graines de confiance en soi (et qui donne furieusement envie d’aller se promener au bord de l’océan) à tous ceux qui hésiteraient encore à se lancer !
Le conte nous accueille, nous transporte auprès de Kimi et de sa grand-mère Unci. Nous voici en terre Sioux, là où le vent raconte les histoires d’hier et d’aujourd’hui. Unci connaît les plantes, les fleurs, le langage des arbres, les airs anciens qu’elle fredonne en racontant comment le monde a été créé à l’image de la carapace de la tortue Keya.
La chamane apprend à sa petite fille à reconnaître le sacré dans la nature qui les entoure. De la transmission dépend la sauvegarde des savoirs. Kimi fête ses dix grands soleils. Cela signifie que le moment est venu de lui révéler quelque-chose. Unci semble détentrice d’un rare don : pour que Kimi puisse à son tour le découvrir, les voilà cheminant vers une clairière posée sur le flanc des collines noires. Unci étant une vieille dame, il lui faut le soutien de l’enfant pour marcher et l’aide de ses jeunes yeux pour ne pas se tromper à mesure qu’elle prélève de précieux pollens. C’est une fois ce rituel accompli qu’installées dans la clairière, sous la bienveillance des grands arbres, que la magie pourra s’exercer.
Pour accompagner les mots de Corbeau il y a les illustrations de Christian Offroy, dont la force poétique n’a d’égale que la puissance évocatrice de la Nature ici célébrée. J’effleure à peine de mes yeux les pages que je suis frappée par l’ambiance d’un quotidien intrinsèquement reliée entre les générations. Je perçois dans les visages ridés d’Unci et de l’Ancien tout l’émerveillement de l’enfance derrière la sagesse de l’âge.
Les mots de Corbeau, choisis avec une absolue finesse, suscitent l’ouverture à l’autre avec la légèreté d’une plume dans la brise. Le souffle philosophico-écologique susurre à l’oreille du lecteur que peut-être, il existe différentes façons d’écouter le vivant. C’est ainsi que Kimi devient papillon, kimimila en lakota, le temps de quelques précieuses heures. L’enfant devenu papillon dansant dans le ciel, en communion avec les ombres et les rayons du soleil vivra cette expérience avec la fraîcheur de l’évidence. Elle y entendra une chose que les hommes ne perçoivent plus…un chant qui assurément changera profondément sa vie.
La force incontestable de cet ouvrage réside, à mon sens, dans la mise en lumière des liens entre individus. De la grand-mère qui partage son au quotidien avec Kimi pour ensuite lui montrer comment elle pourra faire elle-même son chemin aux relations avec la tribu qui respecte la guérisseuse. Il y a la famille, il y a la communauté, il y a l’environnement. Le respect du vivant, qu’il soit animal ou végétal ne peut fonctionner que s’il est porté par le groupe. Il y a de quoi réfléchir à nos pratiques n’est-ce pas ?
Le lien absolument fondamental entre les Amérindiens et la Nature m’était vaguement familier. Après cette merveilleuse lecture, il m’apparaît impossible de détourner les yeux du papillon, de la coccinelle ou de la mésange qui joueraient à proximité. A moi de découvrir comment ouvrir mes ailes pour les rejoindre…
Ce magnifique album devrait faire écho à tous les amoureux de la nature. A lire et contempler sans modération.
On croit souvent que le père Noël est un modèle de dynamisme et constance : erreur. Comme tout le monde il lui arrive d’avoir des jours sans, des coups de mou, des « creux de-la-vague »…
Et aujourd’hui, justement, c’est le cas : le Père Noël ne se sent pas dans son assiette. Genoux, barbe, abdominaux : tout semble en berne, y compris le moral. Faut dire que des années et des années de service, il y a de quoi se sentir fatigué.
Pour pallier cette baisse d’énergie, Papa Noël adresse sa supplique à la magie de Noël (rien que ça). Le résultat ne se fait pas attendre : en trois coup de PIF, PAF, POUF le voilà avec dix, vingt, cinquante ans de moins. Super !
Ah non ce n’est pas fini : il rajeunit encore, encore…mais quand va-t-il s’arrêter au juste ? Oups…vers dix ou onze mois vraisemblablement !
Au revoir Papa Noël : bonjour Gaga Noël !
L’équipe de lutins se retrouve avec un chef en couche-culotte, adepte du gribouillage, machouillage et babillage. Juste avant LA grande nuit de l’année évidemment. Panique à bord !!!
Comment faire pour que Gaga Noël bénéficie d’une croissance accélérée ? Parce qu’en terme de management et organisation, c’est carrément impossible.
Va-t-il falloir…annuler Noël ?
Que nenni, tout gaga qu’il soit, le petit Noël a plus d’un tour dans son bonnet. Avec un bon harnais et l’aide de ses lutins : en avant la distribution de cadeaux !
Le récit est drôlissime, rebondissant, rafraîchissant ! Comment imaginer plus déroutant que de passer d’un Papa Noël ventripotent à un moutard rampant qui adore dire « NON » ?
Pauvres lutins : les voilà investis d’une curieuse mission de baby-sitting.
Il faut se méfier des souhaits : un oubli de précision et oups, on risque de se retrouver dans de beaux draps…Pourtant pourtant, il a le droit le vieux barbu de se sentir fatigué. Depuis combien d’années se dévoue-t-il sans compter pour le bonheur des plus jeunes ?
Justement, c’est peut-être là que se trouve la clé qui sauvera cette fête : y a-t-il plus gratifiant que de participer à la création de souvenirs de joie pour les enfants ?
La vie se sont des étapes rituelles, des initiations, des rendez-vous. Noël en fait partie. Recevoir des cadeaux une fois par an, c’est quand même chouette. On offre pour profiter de la joie ineffable des cris d’enthousiasme et pour semer l’idée qu’offrir et faire plaisir crée une circularité positive. Celui qui a éprouvé la joie de recevoir pourra un jour devenir celui qui offre. Transmission de tradition, générosité partagée : tels sont les éléments qui vont permettre au père Noël de réaliser la puissance positive de sa mission !
Et par ricochet (ALERTE SPOILER), une fois la magie ressentie, d’effectuer un retour en âge de raison.
Je suis tombée sous le charme de cet album qui associe le père Noël, tout de sagesse et expérience, à un bébé qui lui a tout à apprendre. Le choc de la situation est extra et la réactivité de l’équipe de lutins est à saluer. A noter leur désespoir via certaines illustrations, dans lequel se retrouveront tout ceux qui ont eu à gérer un bébé au quotidien : les parents devraient apprécier le clin d’œil !
Pour cet album intergénérationnel, merci Jonathan Stutzman, Heather Fox et les éditions Père Fouettard. Le récit est tonique, les paroles balbutiantes et le rire irrésistible !
Pour ceux qui seraient inquiets : tranquillisez-vous. Pour la nuit à venir, tout se passera bien. L’équipe de Noël est comme toujours au taquet !
Anouk Alliot et Seunghee Choi pour les illustrations
Éditions du Pourquoi Pas
Où mieux que sur la plage pour préparer ce billet… ?
Par-delà les vagues, c’est le récit d’un regard.
Regard sur soi, regard de l’autre.
C’est le monde du tout ou rien.
C’est le souffle retenu pendant la chute du verre…
…le sourd ralenti, comme au cinéma…
…l’attente de l’explosion dont on sait parfaitement qu’elle se produira……
…sur le sol quand il l’atteindra.
C’est la bascule d’un bout à l’autre, du néant à l’extrême, du noir totalement broyé qui devient en un claquement de doigt une aveuglante boule à facette.
C’est incontrôlable, indomptable, abominable.
Ça isole, affole, extrapole les rapports aux autres…ces autres qui ne comprennent pas.
Les autres qui ne peuvent pas envisager avec quel genre de vagues « IL » se débat. Ces vagues qu’il fuit un instant, dans lesquelles il se précipite la minute suivante au mépris de toute prudence.
Ce que Catherine Grive écrit sans la décrire, c’est la bipolarité (alias, trouble bipolaire, maniaco-dépression pour d’autres). Sublimant le point de rupture, elle convoque la représentation du tsunami intérieur. C’est une alternance étourdissante pour l’entourage, ravageuse pour celui qui la subit : celui qui, après chaque épisode, se demande s’il n’a pas épuisé le potentiel d’amour de sa famille. Car il comprend bien qu’il fait subir aux autres, il ne sait pas trop quoi, mais il voit la souffrance, la fatigue et l’appréhension de la prochaine « crise ».
Il souffre de lui.
Il est mal pour les autres.
Il voudrait autre chose.
Il accepte un jour, enfin, « les petits coquillages », les médicaments qui recréent de la stabilité quand son propre organisme ne sait pas comment faire.
Par-delà les vagues, c’est la tempête dépressionnaire puis la montée maniaque, avant de retrouver un ancrage, une exploration du calme.
J’ai vécu une lecture en déferlante, en immersion, en apnée souvent. Bouleversée j’ai été car j’ai une merveilleuse amie bipolaire, surtout tellement solaire ! Et quelques patients via mon métier aussi… Le paroxysme émotionnel m’a cueillie, a affolé mes battements cardiaques, fait monter le sel à mes paupières…
Comme souvent, il y a la mer…cet endroit où l’incorruptible miroir est tel qu’on y trouve un reflet pour chaque joie ou mal de l’âme. Il y a un texte, des dialogues qui incitent, plongent dans l’abîme profonde du Trouble. Et il y a les illustrations d’Anouk Alliot et Seunghee Choi qui happent, montrent le morcellement, la noyade intérieure, l’euphorie aveugle, la main tendue, l’épaule sur laquelle s’appuyer. Du bleu au rose, plonger et remonter pour rencontrer un autre possible : celui qui apparaît quand le soleil éclaire la pluie…
Merci chère Catherine pour ces quelques mots échangés, à la faveur du Livre sur la Place (Nancy 2021)…je n’ai pas oublié.
(« L’enfant qui sait se pencher sur l’animal souffrant saura un jour tendre la main à son frère ». Albert Schweitzer)
L’hiver rime avec flocons. Dans ma contrée de l’Est de la France c’est souvent le cas.
L’album s’ouvre sur une clairière paisible. Dans le cocon de silence qui suit le lever du jour, les rayons du soleil illuminent le paysage hivernal et ses promesses. Dans la maison, Myra-Belle trépigne de rejoindre l’extérieur. Elle a un grand projet auquel consacrer sa journée. Sous le ciel pastel, Myra-Belle rassemble, sculpte, retouche, peaufine. Sous ses doigts, peu à peu, Monsieur Snow, le cheval de neige apparaît !
La fillette rêve d’un vrai cheval. Chaque jour elle espère une réponse positive de ses parents quand elle leur parle de l’animal tant souhaité. Pour l’heure il faut songer à se reposer. La nuit ouvre la porte des possibles et au pays du sommeil, Myra-Belle rêve que Monsieur Snow s’éveille.
Elle est parfois mince la frontière entre rêve et réel. Le lendemain matin la fillette découvre des traces de sabots autour de Monsieur Snow. Intriguée, elle attend la tombée de la nuit pour observer par la fenêtre et peut-être, obtenir une réponse. Elle n’aura pas trop à patienter. Au clair de lune, Monsieur Snow de se lever, s’ébrouer et de rejoindre le sous-bois au grand galop. Ni une, ni deux, voici Myra-Belle dehors sur les traces de son ami. Elle finit par le rejoindre mais il n’est pas seul : autour d’eux dans une ambiance joyeuse des enfants et leurs créations de neige s’amusent, se mélangent, s’échangent. Monsieur Snow entraîne Myra-Belle dans une extraordinaire promenade : une chevauchée à vive allure sous les étoiles !
L’hiver se poursuit, les retrouvailles de l’enfant et du cheval ont lieu chaque nuit. L’amitié se nourrit, l’attachement grandit jusqu’à cette nuit où la tempête arrive. Qu’adviendra-t-il de Monsieur Snow face au déchaînement du vent ? Pour protéger son ami, l’enfant sort dans la nuit déchaînée et, se perd…
Je n’en dirai pas plus…il serait injuste de spoiler la suite de l’histoire !
Tristan Gion nous embarque dans un hiver chaleureux (oui oui, j’ai bien écrit « chaleureux »!). Il y toujours un peu de lumière même dans les moments sombres et désespérants. Les illustrations invitent à rentrer dans cette clairière joyeuse et à partager un moment cette fête avec les enfants.
Qu’est-ce qui vous tenterait : un petit tour en fusée ? Voguer sur le voilier glacé ?
Je choisis le câlin sous les étoiles…
L’attachement envers un animal peut être immense. Monsieur Snow répond en tout point aux espérances de sa jeune créatrice. J’aime particulièrement que l’affectivité trouve une réciprocité : que l’enfant soit prête à tout tenter pour protéger son ami. L’enfance, jusqu’à un certain stade, est le monde de l’auto-centrage. Le développement progressif de la théorie de l’esprit et de l’empathie entraînent une perception, une ouverture différente au monde et vis-à-vis d’autrui. Myra-Belle oublie toute prudence lors de la tempête, cherchant à braver les éléments pour venir à son secours. C’eût-été une tocade, on peut supposer qu’elle serait restée au fond de son lit…
Sortir en plein milieu de la nuit pour sauver son cheval de neige, en faut-il de la détermination ! Vient le jour où les enfants s’affirment, font des choix, défendent des points de vue, acquièrent des convictions parfois, prennent des petits ou gros risques aussi. C’est ainsi qu’on apprend !
Si au pays des rêves tout est possible, je peux en dire autant de la délicate créativité de Bernard Villiot. Avec lui, les histoires sont enveloppantes, réconfortantes comme la tasse de thé ou le bol de chocolat chaud que l’on sirote de retour au chaud quand les frimas de l’automne et l’hiver sont là. Pour les uns, cette histoire rappellera ces moments de bonheur quand feuilles, branchages et boules de neige devenaient un monde. Pour d’autres, peut-être qu’ils saisiront l’occasion de transférer quelques rêves dans la réalité.
Quand j’étais petite, j’avais un cheval imaginaire : Rosalie. C’était un grand cheval noir, qui m’accompagnait dans toutes mes activités et à qui je confiais tous mes états d’âmes. Occasionnellement, elle était mise à contribution pour guider mon père sur le chemin des vacances.
J’ai grandi.
J’ai laissé Rosalie s’éloigner.
Puis j’ai rencontré Brise, belle espagnole au doux regard de velours. Un jour il m’a fallu la laisser partir, un aller simple pour la voûte céleste. Avec cet album et les souvenirs qu’il réveille, elle n’a jamais été si proche…
Quelquefois ils fredonnent, bourdonnent, carillonnent.
De loin on les entend raconter, inviter, illuminer les choses, les êtres, les lieux.
Ils nous habillent, nous comprennent, nous abandonnent parfois…
Mo-Mo, un matin, découvre qu’il a perdu ses mots. Après maintes recherches, il renonce à s’accommoder du constat de perte. Si ses mots n’y sont plus, c’est qu’un voleur est passé par là. Assurément. Sauf qu’au commissariat, on ne le croit pas. Pire, on lui explique qu’ils ont dû s’enfuir – que c’est classique de nos jours – et puis on le congédie car on a autre chose à faire.
Donc, puisqu’il ne peut compter que sur lui-même, Mo-Mo part en quête de ses mots. Comment, lui le poète, comment pourrait-il vivre sans eux ? Il se rend au pays des mots : devant lui se déroulent des chemins pavés d’alphabets du monde entier. Ce n’est qu’un bref aperçu de ce qui l’attend à destination. Au terme d’un long voyage, il arrive dans un pays qui me semble familier. C’est qu’il ressemble étrangement à celui exploré par Jeanne et Thomas dans La Grammaire est une chanson douce (merci Erik Orsenna). Dans ce Mot-Zambique là, il y a partout des mots et les gens qui vont avec. Ces derniers ne tardent pas à remarquer que Mo-Mo n’est pas comme les autres. Sans ses mots, Mo-Mo dérange, dénote : comment ose-t-il s’exhiber « dé-mot-er » ?
C’est dans ce chaos que Mo-Mo va repérer un chemin pris par les mots…et une silhouette : c’est la femme-Gazelle. Orpheline elle aussi de tout moyen d’expression, ils se reconnaissent et c’est ensemble qu’ils vont continuer de suivre leur chemin tel des Petits Poucets. Parviendront-ils à retrouver leurs mots au terme du voyage ?
C’est donc un album sur les mots. Ils sont omniprésents, ils font socle, fondation de l’illustration. Du chien au phare, du vélo au Paque-mot, ils sont bases, fondations, armes ou caresses. Les mots définissent le monde et les êtres.
Sans mots, comment définir, expliquer, aimer ?
Sans nos mots, qui sommes-nous ?
Sans les mots, que devenons-nous, pauvres êtres fondamentalement communicants ?
Si Mo-Mo est très touchant dans sa détresse, je m’interroge sur le pourquoi de la fuite des mots. Qu’est-ce qui peut pousser à prendre le large ? Mo-Mo le poète aurait-il, à son insu, perdu de vue leur lumière ? Parfois on malmène les choses qui nous sont chères. Les conséquences échappent à notre conscience…mais n’en sont pas moins terrible. Quand le mutisme, le bégaiement ou l’aphasie frappe, c’est un abîme d’angoisses qui s’installe. Le dialogue devient intérieur. Il faut se rencontrer soi-même pour pourvoir changer.
Dans mon « Qui suis-je ? » je vous dis que je ne suis pas bibliothécaire, pas libraire, pas pâtissière. En fait, une partie de mon métier c’est de prendre en soin ceux qui ont perdu leurs mots à cause d’un problème de santé. C’est ainsi, il se passe des choses pas drôles dans la caboche…Je ne suis pas guérisseuse de mots, mais j’ai conscience de leur absolue valeur et du labeur que c’est pour les récupérer.
Les mots retrouvés donnent des ailes et réveillent la couleur, la vraie nature des choses, des gens, des sentiments.
Merci Mickaël El Fathi pour cet hommage aux mots, ces paysages chaudement lettrés, sublimement dépaysants. Je me suis délectée (et me délecterai) avec cet album : quel merveilleux mot-ment !
La Rue Kétanou n’a qu’à bien se tenir !
(Pssst : vous saviez qu’au Mozambique il y a 43 langues et dialectes ??).
En français, en italien et en anglais, nous suivons ses pérégrinations et états d’âme à travers la ville.
Dans un format à l’italienne, les pages au papier pelliculé emmènent le lecteur-voyageur dans un trajet à travers les méandres urbains. Avec sobriété, le texte évoque la monotonie d’une vie qui ne connaît de la ville qu’un même trajet, identique jour après jour. Les verbes sonnent, matérialisent le trajet, le mouvement : » je glisse (…) je cahotte (…) je brinqueballe (…) ». Objet réduit à une fonction utilitaire, transparent aux yeux du monde il fait ce qu’on attend de lui. Après tout, qui se soucierait de savoir s’il ressent quelque-chose ?
Est-ce que la vie c’est suivre inlassablement les rails imposés ?
Quand on avance « dans un cercle sans fin », la conclusion c’est qu’on tourne en rond. Il semblerait que le but n’en soit plus un. Monotonie et ennuie prennent le devant. Fatalité de la prédestination du moyen de locomotion ? P’être ben…que non.
Il prend sa destination en main, le tram. Il choisit de dépasser son cercle pour aller voir plus loin.
Dans une ville géométriquement abstraite, il est laissé à chacun a possibilité d’interpréter les lieux. Les couleurs éclatent sur le fond blanc, matérialisant figurativement la ville. Des silhouettes collées amènent un soupçon de vie de part et d’autre de la voie.
Quand le quotidien devient frustrant, s’installe le temps du spleen. Et parfois il y a, le truc, le moment qu’il faut saisir, promptement, avec le soupçon d’audace qui va bien. L’opportunité est saisie et c’est le début d’un nouveau parcours de vie…Fascinant n’est-ce pas ?
Une fois l’ouvrage parcouru, je m’interroge sur le titre. Est-ce que « voyage » est un verbe, ou est-il un nom en apposition avec « Tram »? Finalement là encore, peut-être que c’est une ouverture laissée au lecteur…
J’ai eu la déception d’apprendre que les éditions La compagnie créative n’existaient plus. C’est bien dommage…toutefois je suis très heureuse d’avoir croisé cet ouvrage, véritable livre d’art pouvant toucher tous les âges dans bien des pays. Merci Chloé Franscisco Trenti pour tant de beauté accompagnée de la musicalité de trois idiomes. C’est un plaisir de dépasser, avec cet ouvrage, nos rails habituels.
Je l’avais déjà fait l’année dernière : partir en vacances au bord de l’océan et en profiter pour glisser quelques albums dans la valise.
Depuis la sublime plage de la Pointe Espagnole, face à l’océan j’ai sorti Julia à la plage.
Et pendant que les filleules faisaient un golf de sable, j’ai plongé dans les pages de Matt Myers…
(Hum, soleil sur papier brillant, parfois ça brille un peu…mais vous me pardonnerez j’espère ?)
L’album donne à voir plus qu’à lire, des doubles-pages à l’acrylique, intemporelles, d’où la brise marine et les petits coquillages s’échappent pour parvenir jusqu’au lecteur.
Julia joue dans le sable. Sous ses doigts, des formes apparaissent. L’enfant, imperturbable, laisse les choses prendre forme sans les anticiper. Cette spontanéité amène bien des questions…comme s’il fallait absolument savoir à l’avance. Les gens passent, et curieux la questionnent, l’interrompent. Laconique dans ses réponses, Julia prend son temps et poursuit, assemble, creuse, bidouille au fil des trouvailles : petits bâtons et coquille d’huître, algues ou capsule…
Il y a cette dame qui s’installe à côté d’elle. Elle a les bras chargés de matériel mais elle ne pose pas de question à l’enfant. Peut-être que des fois, l’important c’est juste de profiter de la musique des vagues, de la caresse du soleil, et de laisser faire les mains…quel que soit le processus de création à l’œuvre.
Le titre anglais est « Hum and swish » et présentement, j’avoue le préférer au titre français. Car je l’entends le fredonnement de l’enfant qui répond au bruissement des vagues, avec entre ses mains, un sable qui tantôt s’écoule, tantôt s’agglutine pour devenir château ou…autre chose…
Cet album me touche énormément. Matt Myers voulait réaliser un album qui évoque cette solitude nécessaire à l’émergence créative. Il nous montre que ce n’est pas immédiat, qu’il faut du temp. Ce temps difficile à appréhender pour les personnes même proches, ce temps qui permet tout, ce temps qui implique de maintenir les autres à une certaine distance…ou qui rassemble si on sait partager les silences !
Il y a Julia.
Il y a l’artiste.
Aussi cette petite merveille d’album peut parler aux enfants comme aux grands qui savent combien le temps peut être précieux. Il y a un certain mystère, c’est subtil l’introversion dans le présent. La lenteur offrira à Julia, à la peintre et au lecteur-spectateur la surprise des créations du jour à la fin du livre.
Avec Julia à la plage, il faut se laisser surprendre, accueillir. Le doux message de ces pages a fait son chemin jusqu’à mon cœur de rêveuse contemplative. C’était l’album parfait pour ce moment hors du quotidien en Charente. J’espère que vous arriverez à entendre son message, fait de ressac et de cheveux dansant au rythme du vent de l’océan !