Le Phare à Voile

Mickaël El Fathi

Éditions la Palissade

Il était un phare immuable et son gardien dévoué à sa mission. L’histoire aurait pu rester ainsi.

C’était sans compter sur un poisson volant venu s’emmêler les nageoires dans la lumière du phare. Catastrophe pour le gardien : la lumière si essentielle pour guider les bateaux a plongé dans les eaux de l’océan accrochée au poisson volant. Un phare sans lumière : impossible. Il faut absolument la récupérer !

Un drap, une nappe et des rideaux en guise de voilure, le gardien devenu capitaine de phare s’élance à la poursuite de la lumière tout autour de la Terre. Quel voyage pour celui qui n’avait jamais quitté son rocher. Le poisson brillant lui fait faire le tour des océans. Il découvre d’autres horizons, de nouveaux gens.  Affrontant courageusement tempêtes et icebergs, le gardien n’aspire pourtant qu’à reprendre sa mission d’éclaireur depuis son rocher.

Un jour enfin il le retrouve. Il constate que les hommes ont érigé un nouveau phare qui éclaire efficacement les flots, sans nécessité d’un gardien. Soit. Que faire alors : trouver un nouveau rocher ? Recommencer ailleurs une vie consacrée à voir les autres passer ?  Plutôt que de se poser à nouveau dans l’immobilité, il ajuste sa voilure et en avant l’Aventure !

Qu’il y a-t-il de plus figé qu’un phare ? Alors un phare qui voyage, impensable ! Pourtant Mickaël El Fathi l’a fait. Et ce faisant, il tire un coup de chapeau à ces tours de pierres qui veillent sur les mers depuis la nuit des temps. Avec ses illustrations aux couleurs éclatantes, tantôt ensoleillées, tantôt explorant les nuances de l’océan, il nous convie à ressentir l’éblouissement et les cheveux dans le vent.

A la fin de l’album, vous découvrirez un petit clin d’œil à Cordouan et Ar-Men, gardiens des côtes françaises.

A partir de 4 ans

Éléphant a une question

Leen Van Den Berg et Kaatje Vermeire

Cotcotcot éditions

Il y a des livres qui me magnétisent : celui-ci en fait partie. Perdu au milieu d’un présentoir, cet éléphant et ses compagnons semblaient chuchoter : « viens nous rendre visite, tu ne le regretteras pas ». Fait et dit.

Donc Eléphant se pose une question existentielle : « comment sait-on quand on est amoureux ? ».

Heureusement pour lui, aujourd’hui c’est le jour de LA réunion annuelle. Cette année c’est Fourmi munie de ses lunettes qui préside en raison de l’absence de Monsieur Tortue.

Après quelques hésitations, il se lance. De Souris à Blanche-Neige en passant par les nuages, les étoiles, le pommier, le caillou et d’autres encore, les réponses se succèdent. Choc visuel ou variations thermiques, unions des contraires, délicatesse des gestes et mots doux offerts par-delà l’absence ou  dans une cour d’école, chacun y va de son petit grain.

En parlant de grain, Fourmi veille à ce que les échanges soient efficaces : pas de tergiversation ni de développement superflu. Eléphant semble avoir eu sa réponse, la réunion s’achève, chacun s’en retourne avec amour à ses occupations. Fourmi donne l’ultime coup de marteau, bienheureuse de pouvoir retourner enfin à ses priorités, toute seule mais surprise de se sentir un peu mélancolique.

L’amour se manifeste de bien des manières et c’est avec bienveillance que les réponses sont apportées. Les métaphores poétiques se déroulent, et les réponses des uns nourrissent celles des suivants. Après tout, chaque amour est unique et lié à ceux qui le partagent et l’entretiennent.

Les illustrations de Kaatje Vermeire, douces et foisonnantes de détails, sont un voyage où même après trente observations, je suis encore surprise. Les mots de Leen Van Den Berg sont une invitation à observer l’amour dans le quotidien des choses, pas seulement des humains.

C’est peu courant d’aborder cette question sous cet angle. L’Amour dépasse le vivant pour unir toute chose. Il se pourrait qu’on en découvre bien d’autres en gardant les yeux ouverts sur le monde autour de nous. C’est un livre apaisant, qu’on ait un amoureux ou non…

Pour petits et grands évidemment !

Entre chien et poulpe

Martin McKenna

Editions Père Fouettard

Ce titre, ce titre !!!!!

Je crois que c’est la première chose qui a fait que mes yeux se sont scotchés sur ce livre, au détour d’une allée du salon de Montreuil. Il a fallu que je le ramène avec moi !

Donc je vous présente un poulpe nommé Jarvis : « pour vous servir » ! (vous avez remarqué cette classe so british de Jarvis sur la couverture ??).

Enfin pour servir Edgar, son jeune maître. Lequel n’est pas content car il voulait un chien. Un chien classique, qui se couche quand on lui dit « couché », qui donne la patte quand on lui demande « donne la patte » …Vous voyez bien quoi : un chien chien à son maîmaître qu’il voulait Edgar.

Sauf qu’un poulpe ce n’est pas un chien. Ça énerve Edgar, puis ça l’insupporte, ça l’exaspère car Jarvis est tellement plein de bonne volonté qu’il fait tout TROP bien. Mais Edgar voudrait juste que Jarvis fasse tout comme un simple chien, ce n’est pourtant pas compliqué.

(Edgar, s’il te plaît, parle-le-lui correctement à ton poulpe sinon…)

A trop vouloir le faire rentrer dans un moule canin, Edgar va se retrouver tout déconfit. C’est dans les toilettes que Jarvis trouve sa porte de sortie. Poulpe désespéré de ne pouvoir faire le bonheur de son maître, il choisit de s’en aller. Il laisse un petit mot à Edgar pour s’excuser de l’avoir déçu.  Parfois il vaut mieux avoir le courage de partir par les WC plutôt que de rester.

Edgar se retrouve tout seul. Passer de trop à rien, la leçon est piquante. Surtout quand un petit œil jeté en arrière lui fait réaliser à quel point son poulpe il l’aime en fait. Edgar découvre la culpabilité, la solitude et une résolution : il veut retrouver Jarvis et pour cela, il est prêt à retourner terre et mer.

Ce qui est chouette avec les histoires c’est qu’il n’y a point d’erreur qu’on ne puisse corriger avec un pardon sincère à genoux devant la cuvette. Je vous laisse devinez la fin (il paraît que le poulpe n’est pas rancunier).

Donc un texte efficace et des illustrations qui ne le sont pas moins. C’est dynamique et comiquement cruel. Parce que Martin McKenna ne mâche pas les mots d’Edgar. Jarvis s’en prend plein les tentacules. C’est tellement gros que ça ne manquera pas de faire réagir les lecteurs, petits ou grands. En parallèle, Arturo Brachetti n’a qu’à bien se tenir : personnellement j’ai un faible pour Jarvis en Sherlock et en Queen Victoria.

C’est un sport à temps plein pour que les poulpes que nous sommes ne deviennent pas des chiens-chiens. Et réciproquement, pas simple de respecter le côté poulpe de chacun. Que faire du regard des autres quand il semble dire « pourquoiiii tu n’es pas un chien ? » ? Peut-être qu’il y a une petite question à se poser à soi-même : Moi qu’est-ce que j’en pense ?

Je pourrais développer pendant trois heures sur les thèmes de la différence comme qualité, c’est quoi la tolérance, reconnaître ses torts, le courage de s’excuser, ne pas chercher à s’adapter à tout prix, pardonner cultiver sa singularité, rester soi-même…etc. Intéressant ce livre pour faire de la médiation isnt’it ? !

 Merci Père Fouettard et vive la poulpitude, zébritude, girafitude, écureuillitude, hérissonitude, marmottitude, sauterellitude…Toc ! 

Pour tous les petits poulpes et les autres à partir de 3 ans.

Une pierre moins une pierre

Giuliano Ferri

Minedition

On parle beaucoup de murs ces temps-ci dans l’actualité. Il paraît même qu’un certain mur s’effondrerait…trop de vent…mais chut…(ah oui il y a eu la chute de ce mur aussi aussi en 1991 : CHUUUUUT).

Alors j’ai eu envie de parler de cette histoire de mur.

Souris se promène le long d’un mur. Il est grand ce mur : on n’en voit ni le début, ni la fin, ni la hauteur. Pourtant, tout de pierres qu’il soit fait, des fleurs poussent entre deux briques de pierre.

(Et toc, le pouvoir des fleurs…tralala…)

Souris cueille une fleur et se faisant, une brique en pierre tombe par terre.

Souris commence par être désolée, puis elle se rend compte qu’il y a quelque-chose derrière le mur. Mais quoi ? Pour mieux voir, il faut enlever d’autres briques. Chat passe par là, puis Cochon : Souris leur demande de l’aide pour porter les briques.

D’autres encore les rejoignent : ensemble ils ôtent tant de pierres que du mur, il ne reste bientôt plus grand-chose.

Et derrière il y a…tant de possible : le ciel, une colline, la mer et de l’autre côté de cette dernière, de nouveaux amis. Comment se rejoindre ? Il n’y a pas de pont. Et si on le construisait ensemble ?

Peu de mots en réalité dans cet album, les images parlent d’elles-mêmes. Si je digresse un peu sur un versant mathématique, l’idée me plaît que d’une soustraction (on retire, on retire) on parvienne à une addition (on ajoute on ajoute). Que du « moins » on se retrouve à « plus ». Que de la solitude on parvienne à l’union. Que d’une fleur on arrive à l’amitié.

Alors à vous qui me lisez, je vous souhaite plein de fleurs dans les murs, et de belles constructions.

A partir de 3 ans et plus … si vous aimez les ponts !

Mon Papa est un Zarzouilleur

Séverine Vidal et Eléonore Thuillier

Éditions les P’tits Bérets

Hummmm Miam le plaisir de prononcer « Zarzouilleur » : ça chatouille la bouche, c’est gourmand aux oreilles. Une vraie friandise ce mot !

Tout comme l’histoire de Zoé qui découvre les avantages et les demies-teintes d’avoir papa à la maison car il n’a plus de travail. Fraîcheur de l’enfance devant les doutes des adultes, Zoé tente les jeux de mots pour égayer les situations où « ça coûte les yeux de la tête », ou quand « son vélo est vendu pour pouvoir « mettre du beurre dans les épinards ». Toutefois, ses parents ne sont guère réceptifs à ses blagounettes.

La joie de la fillette commence à s’émousser devant les tracas des grands, et la tristesse s’installe quand elle comprend à quel point son papa est découragé. Car un papa ça ne peut pas être malheureux. Zoé entreprend de lister les potentiels métiers que son papa pourrait exercer. En tête de la liste qu’elle a accrochée sur le frigo : zarzouilleur !

Il semblerait qu’elle ait fait mouche Zoé. Le lendemain, c’est en équipe magique père-fille que des lettres ont été soigneusement mises sous enveloppe puis envoyées. Affaire à suivre…

Les illustrations d’Eléonore Thuiller égayent ce texte à l’aide petites touches comiques (je vous laisse découvrir la marque de l’eau qui pique, ou les engagements de la Poste). Séverine Vidal campe une Zoé déterminée, décidée à aider son père jusqu’au bout, parce que hein, il le vaut bien. (tout clin d’œil à une publicité célèbre serait totalement le fruit du hasard).

Peut-être que quand les grands perdent leur lumière intérieure de vue, les enfants découvrent qu’ils sont de bons rallumeurs. Le chômage peut bouleverser bien des vies. Celles des adultes sans aucun doute mais par ricochet, celles des enfants qui ne sont dupes de rien. Dans une société où l’on existe socialement à travers sa profession, comment se définir quand on n’a plus de travail ?  Comment ne pas se laisser abattre ? Peut-être avec la magie des enfants…il paraît que la vérité sort de leur bouche après tout !

A partir de 3 ans.

L’Arbre m’a dit

Sophie Lescaut et Thanh Portal

Editions Le Grand Jardin

Chut…Tendez l’oreille…Ecoutez les mots que l’arbre dit à l’enfant.

Une vie qu’est-ce que c’est ? 

La vie c’est grandir, voir passer les saisons, recommencer encore, comme la nuit succède au jour inlassablement.

La vie c’est la joie mais pas que…

La vie c’est plusieurs possibles et aussi la patience.

La vie c’est accueillir les paradoxes.

La vie c’est être bien enraciné pour pouvoir mieux envoyer ses branches vers le ciel.

Dans sa grande sagesse l’arbre parle de la vie. Avec philosophie, il nous dit « qu’il faut beaucoup beaucoup de temps pour grandir ».

Les illustrations de Thanh Portal s’harmonisent avec la sagesse des mots de Sophie Lescaut. Quelques mots tels des graines qui, une fois accueillies par le lecteur, germent et s’éclosent dans un sourire.

Apaisement : c’est ce que je ressens à chaque fois que j’ouvre cet album. Peut-être parce qu’il me rappelle que vie d’arbre ou vie d’homme, ça reste la vie. Et que je n’ai pas fini de grandir…

Un livre pour ceux qui cultivent l’ancrage à la terre et la tête dans les nuages.

Les Avions de Papier

Jim Helmore et Richard Jones

Editions Kimane

Qui n’a pas plié et replié des feuilles de papier pendant son enfance dans le but de la transformer en avion ? Petite nostalgie de mes sept ans, tu es venue te loger aux coins de mes lèvres quand mes yeux ont croisé le titre de cet album.

Louise et Valentin sont amis et ils occupent leur temps libre à jouer dehors, faire du bateau sur le grand lac, et faire voler des avions de papier. Les avions il faut que ça vole haut. Quand les oies sauvages passent, ils essayent d’envoyer leurs avions jusqu’à elles. Après leur migration, ils les envoient jusqu’à leurs maisons. Les projets s’échafaudent : et si un jour leurs avions arrivaient à traverser le lac ?

Il semblerait qu’il ne doive pas y avoir de réponse à cette question. Car Valentin déménage, très loin du lac, très loin de Louise. Avant de partir, les enfants échangent leurs avions préférés.

La vie continue tristement pour chacun, dans la nostalgie de leur amitié. Jour après jour, nuit après nuit, les paysages sont les mêmes pourtant rien n’est pareil. Comment se remettre dans le présent quand on rêve aux jours passés ? Le retour des oies ravive les émotions et la solitude de Louise. Tout cela déborde et Louise jette l’avion de Valentin par terre, qui se brise.


Les oies seraient-elles un peu magiciennes ? Après une nuit riche d’aventures, Louise découvre que la distance n’altère pas l’amitié que son ami lui porte, et qu’il peut encore y avoir des projets partagés. La fin ne sera que le commencement de la suite : à Louise et Valentin de poursuivre.

(un petit clin d’œil de l’illustrateur nous renseignera sur le devenir de cette amitié dans le temps).

« Loin des yeux loin du cœur » : pas dans cette histoire.

Ils peuvent être douloureux les chagrins d’enfants, surtout quand on perd quelque-chose d’aussi précieux qu’un ami. Si rien ne remplace la présence, il y a des façons de dire « tu es encore mon ami(e) même si tu es loin ». L’amitié active ne connaît pas de limite, surtout pas celle de la distance.

C’est un livre pour tout ceux qui ont vu un ami partir loin, et qui ont un faible pour la délicatesse un peu rétro des illustrations de Richard Jones.

Encore un album qui parlera aussi bien aux enfants qu’aux grands.

A partir de 3 ans.

Le troisième fils de Monsieur John

Nadine Brun-Cosme et Christine Davenier

Éditions Sarbacane en partenariat avec l’association Amnesty International

Est-il besoin d’être grand, droit et conforme pour être aimé ?

Monsieur John a trois fils. A la naissance de chacun d’eux il plante un arbre dans son jardin. Comme le premier fils, le premier arbre pousse grand et droit. Il fait la fierté de Monsieur John ! Le deuxième arbre suit le chemin du premier : Monsieur John recueille les compliments du quartier et cela lui plaît. Bouffée d’orgueil, autosatisfaction et voilà un papa fier comme un paon.

Et le troisième arbre dans l’histoire ? Le troisième arbre n’a pas poussé grand et droit mais tout tortillé tarabiscoté : là pas de fierté et rapidement il fut déterré pour être soigneusement relégué au fond du jardin (pour éviter les quolibets du quartier of course). Ah cette terrible angoisse du regard des autres à la sauce du « qu’en dira-t-on » !

Un jour les deux grands fils qui ont grandi comme leurs arbres, prennent le chemin de leur vie : ils s’en vont de la maison. Monsieur John se sent triste, la solitude s’invite. Ah voilà, les chemins droits ont un revers semble-t-il.

Comme de juste, le troisième fils est à l’image de son arbre. Alors chut on ne l’écoute pas, on ne le regarde pas. Donc auprès de son arbre le troisième fils suit son bonhomme de vie rien qu’à lui. Il rêve et chante, avec les chats pour compagnie. Au départ de ses frères, depuis les branches de cet arbre remarquable, le troisième fils de faire de résonner le jardin de ses poèmes et chansons pour le tout nouveau plaisir de son père et des gens du quartier !  

Il a la dent dure le désir de conformité. Être comme tout le monde, susciter envie et fierté chez les voisins. Ne surtout pas faire de vagues, ou donner matière à cancaner : combien sommes-nous à être tenté par une vie lisse et droite ? Pourtant, y aurait-il un chemin différent, autre que tout tracé ? C’est réconfortant de lire une histoire où les yeux du père finissent par poser un regard apaisé et bienveillant sur son propre fils.

Ce thème pour le moins dur de cette exclusion par le silence et les yeux baissés est porté par les mots sobres de Nadine Brun-Cosme et les images tendres de Christine Davenier.

Une graine de différence, ça peut donner un étonnant résultat. Tant qu’il y aura des gens (et des chats) pour reconnaître la richesse de la singularité, peut-être sera-t-il possible de faire germer les graines de la tolérance ? (espoir espoir espoir !!!).

Alors, est-il nécessaire d’être grand, droit et conforme pour être aimé ? La discussion est ouverte avec les enfants à partir de 5 ans.





La Petite Renarde

Un conte des Indiens Cree

Muriel Bloch et Izou

Editions Magnard Jeunesse

Que dirions-nous si notre destin dépendait de notre capacité à respecter l’animal ?

C’est une histoire de loin, c’est une histoire du Froid, c’est une histoire de renard et d’enfant, d’hommes et de choix, d’écoute et de considération. C’est une histoire qui commence mal.

Pour sauver une fillette très malade, les hommes ont osé partir dans le grand froid de l’hiver impitoyable pour trouver la renarde. C’est le guérisseur qui l’a dit. La vie de l’enfant est liée à celle d’une renarde, une renarde qui respire mal, une renarde à bout de force. Tant que l’animal fuit et s’épuise, le mal gagne chez la fillette, inexorablement. Sa vie ne tient plus qu’au fil de souffle de vie qui tremblote chez la renarde, telle une flammèche dans un courant d’air.

A bout de force, la renarde tentera tout pour échapper aux hommes. Trop épuisée, elle finit par être attrapée. Une nuit de plus se passe, dans l’angoisse pour le père que la renarde ne survive pas. Au village, l’enfant délire. Son père s’oppose à la faim de ses compagnons qui auraient bien fait de la renarde leur souper.

Dans les bras du père le lendemain, la renarde se demande pourquoi on la laisse vivre alors qu’elle se meurt. Elles sont longues et froides les heures avant le retour au village. Rentreront-ils à temps ? Quand enfin la renarde est amenée auprès de l’enfant, le guérisseur enjoint de la réchauffer, de la nourrir, de la laisser se reposer…et d’attendre.

L’histoire se finira bien pour la renarde et pour l’enfant…mais est-ce vraiment la fin ?

Je suis très émue par ce conte. Je remercie infiniment Muriel Bloch de nous l’offrir et Izou pour ses incroyabilipoustoufflantes illustrations. C’est un voyage à chaque page, où les étoiles et les grands esprits accompagnent le lecteur avec bienveillance.

 A l’heure où en France les renards sont officiellement si mal considérés par certaines instances officielles, cette histoire fait réfléchir à notre lien aux animaux, voire au Vivant de manière générale. Là on a un père capable de tout pour sauver son enfant, y compris de partir dans des conditions extrêmes et de s’opposer aux siens pour ramener l’animal vivant coûte que coûte. Côté lecteur, on retient son souffle à chaque page car rien n’est moins sûre qu’un épilogue heureux.

Le guérisseur chamane montre que ce n’est pas dans la médication ou dans les prières que se trouve le remède pour cette maladie. Et plus subtilement avec la question qu’il pose aux parents avant de s’en aller : « A votre avis, qui des deux a soigné l’autre : votre fille ou la renarde ? ».

Il en découle des réflexions suite à cette lecture, je n’en ai pas encore fait le tour. Pour autant, j’ai hâte d’échanger à ce propos avec des enfants et avec des grands. 

Il y a de l’espoir, pour peu qu’on s’autorise à regarder, écouter, ressentir un cœur qui bat, quel qu’il soit.

On peut en profiter de 5 à 105 ans

Adieu odieux dîner

Delphine Bournay

École des Loisirs

Attention livre désopilant !

Ouvrir ce livre c’est prendre le risque de ne plus considérer la purée de brocolis ou de tout autre légume vert avec la même innocence.

Flora est à table et son papa lui a préparé, pour son dîner, devinez quoi…….de la purée de brocolis pardi ! Toutefois, à voir la mine dégoutée de la demoiselle, aucun doute sur sa motivation pour ne serait-ce que goûter. .? (non mais quelle idée franchement les parents)

Hein parce qu’on ne doit pas dire qu’on n’aime pas si on n’a pas goûté…etc…vous êtes tous au courant n’est-ce pas ?

(Et là je ne sais pas pourquoi mais j’ai la vision du film d’animation Vice-Versa avec Riley petite qui accueille de la même manière les brocolis. Y a un truc avec les brocolis…)

Enfin toujours est-il que le dîner est qualifié de « dégoûtant ». Et là, le dîner en question, et bien il n’apprécie pas, mais alors pas du tout le qualificatif. Il a du caractère le légume vert  donc il se rebiffe. D’abord, non mais c’est quoi cette petite fille, qui se croit tout permis…et qui…et qui… Parce que si Flora a ouvert les hostilités, le dîner lui il balance, il décharge, il dégomme !

Je ne spoilerai pas la suite. Tout ce que je peux vous dire c’est que ça finira mal pour lui. Parce qu’elle a du caractère Flora. Un dîner rebelle et autoritaire dans son assiette :  et puis quoi encore. Elle ne va pas se laisser faire. Et quand vient le moment du dessert…Mmmmm suspense !

Je ne souhaite à personne de rencontrer des odieux dîners, mais celui-ci est quand même bien sympa, avec des illustrations simples et un texte pour le moins efficace. A lire lire et déguster sans se modérer.

Alors voilà, je l’ai feuilleté un peu par hasard en librairie, et j’ai commencé à rire, mais à rire et je suis repartie avec… Merci Delphine Bournay !

Moralité, les brocolis ont plus de caractère qu’on le croit. Et puis peut-être que les légumes méritent un peu respect, même s’ils ne s’accordent pas avec nos papilles.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

A déguster à partir de 3 ans.